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Largentiere

Extrait du livre "Histoire de Largentière" de Albin Mazon, impr. de C. Laurent (Privas), 1904 trouvé sur Gallica

L'auteur, ayant fait des traductions de documents, est souvent prudent sur les noms des personnages...

...La plus vieille mention de l'existence de Largentière se trouve dans le Bref d'obédience des chanoines de Viviers, un document du IXe ou Xe siècle où il est dit qu’ils possédaient à Largentière et Saint Pierre de Colombier un domaine avec habitation.

Les mines de plomb argentifère, qui ont donné leur nom à Largentière, dont un quartier au moins s’appelait Segualerae, étaient-elles connues à l’époque ou le chanoine Audebert de Viviers tenait la curte indominicata du territoire d’Argenteria, en même temps que l’église de Saint Pierre de Colombier et les deux églises de Genestelle? Les données certaines et les traditions locales sur les premiers mineurs restent confuses. Rien ne permet de faire remonter l’exploitation des mines aux Romains ou aux Sarrasins qui ont occupé le Vivarais, surtout dans les régions du bord du Rhône.

Quoi qu’il en soit, deux indices de l’importance de Largentière, à une époque plus ou moins contemporaine du chanoine Audebert, se trouvent, d’une part, dans les tours de protections élevées sur les hauteurs environnantes comme Tauriers, Montréal, Brison, Vinezac, etc…, qui sont d’époque carolingienne, et d’autre part dans une tradition locale, mentionnée par une délibération municipale de Largentière en l’an 1780, d’après laquelle la ville aurait subi un siège du temps de Charlemagne.

Largentière apparait dans l’histoire avec son importance de pays de mines d’argent seulement au XIIe siècle avec une charte de l’empereur Conrad, qui, en 1146, accorde à Guillaume, évêque de Viviers, son parent, les droits régaliens, entre autres ceux de battre monnaie et de droits de péage.

Ces privilèges furent confirmés à l’église de Viviers, qui se reconnaissait alors vassale unique de l’empereur d’Allemagne, par Frédéric Barberousse en 1177, et plus tard, en 1214 et 1235, par Frédéric II.

Or, pour battre monnaie, il fallait au Moyen âge, où les transports étaient difficiles, avoir en quelque sorte le minerai sous la main et Largentière permettaient aux évêques de Viviers d’avoir l’argent nécessaire. Une si riche possession ne devait pas manquer d’attirer les convoitises et les droits concédés fréquemment, par les chartes données aux évêques, étaient surtout des avertissements donnés aux ambitieux et envieux voisins.

Les empereurs prirent sous leur protection spéciale l’église de Viviers, son évêque et son clergé, ainsi que tous les habitants.

Mais si l’église de Viviers avait des droits sur les mines d’argent, elle n’en était pas la seule propriétaire, puisqu’une partie lui en fut donnée par Hugues d’Ussel, qui vivait en 1169, et une autre partie appartenait aux maisons d’Anduze, de Poitiers et de Montlaur.

Le comte de Toulouse Raymond V parait avoir laissé les uns et les autres tranquilles possesseurs des mines jusqu’à la mort de Frédéric « Barberousse »(1190), évitant sans doute d’entrer en querelle avec son puissant suzerain, pour une partie de ses terres. Mais à la mort de celui-ci, des documents attestent que son attitude changea avec son désir de mettre la main sur une proie depuis longtemps convoitée.

Le premier est une charte, revêtue du sceau de Robert, archevêque de Vienne, qui constate un accord intervenu entre le comte de Toulouse avec les autres seigneurs de Largentière, dont l’évêque de Viviers où le comte de Toulouse semble maintenir le statu quo entre les différents seigneurs.

Cet accord, sans date n’a pu intervenir que dans la période de 1186, date de l’avènement de Robert à l’Archevêché de Vienne à 1195, date de sa mort. Il est probablement de l’année 1193, où fut signé un autre accord entre l’évêque de Viviers et le comte de Toulouse, au sujet de la possession de Grospierres, Aiguèze et St Marcel.

Les termes de l’arrangement cité plus haut donnent une idée suffisante de la situation car on devine aisément tout ce que le comte s’était permis vis-à-vis de l’évêque et des autres seigneurs des mines par ce dont il promet de s’abstenir…

Le partage de la dîme entre l’évêque et le chapitre fut l’objet d’autres contestations qui furent ainsi réglées en 1197 par la médiation de Jarenton, évêque de Die, en donnant deux tiers de la dîme de toutes les mines d’argent prélevées sur le diocèse de Viviers pour l’évêque et un tiers pour les chanoines.

Les deux parties étaient fortement menacées dans leur propriété commune par Raymond VI, qui avait succédé à Raymond V en 1194, et qui refusait de reconnaitre les engagements pris par son père l’année précédente. Le différent parait avoir duré jusqu’en 1198.

Les conventions précédemment conclues par l’évêque de Viviers Nicolas et le chapitre avec Aymar de Poitiers, comte de Valentinois et Bermond d’Anduze, au sujet des partages et des bénéfices des mines de Largentière, sont annulées, du consentement de tous les intéressés.

Le comte de Toulouse revendiquant la totalité du fief de Segualieres avec toutes les mines d’argent de Segualieres, de Chassiers et de Tauriers et après négociation avec les différents intéressés, le différend se termina par la transaction suivante:

L’évêque, considéré comme propriétaire du château et des mines, avec l’approbation de son chapitre, d’Aymar et de Bermond, donne en fief au comte de Toulouse la moitié du château de Segualieres et la moitié de toutes les mines découvertes ou à découvrir dans la région, de manière à ce que le comte percoive la moitié du produit du fief provenant de hommes, des certificats, des justices, des fours, des moulins, des fonderies, des bans, des impôts, des tailles, des servitudes, des lods des marchés et de toute contribution, juste ou injuste. L’évêque donne en fief, sur la moitié restante, à savoir, un tiers à Aymar, un tiers à Bermond, le troisième tiers de cette moitié, soit un sixième, restant seul pour la part de l’évêque et du chapitre. Il est entendu que sur les dîmes, que l’évêque et son église affirment leur appartenir exclusivement, ils n’exigeront pas davantage en argent et en minerai, si ce n’est avec le consentement du chapitre de Viviers, du comte Raymond, de Bermond et d’Aymar. Sont exemptées de cette clause les possessions données par Hugues d’Ussel à l’église de Viviers, desquelles l’évêque ne fait aucune concession au comte de Toulouse.

Cela ayant été entériné, le seigneur comte a prêté serment de fidélité é l’évêque de Viviers, avec promesse de défendre son église, les chanoines et les clercs, leurs biens et leurs droits, de n’acquérir ni château, ni fief ni partie de fief, appartenant à ladite église sans le consentement de l’évêque et de ses chanoines, et de remettre, mais seulement par reconnaissance, le château de Largentière, à chaque changement d’évêque ou de comte. Tous ceux qui succèderont à ce fief devront en faire de même.

Il est convenu aussi que, si le comte de Toulouse voulait faire bâtir une tour en ce lieu, l’évêque, Bermond et Aymar pourraient, de concert ou non, faire faire bâtir leur tour, de même hauteur et de même épaisseur, et réciproquement…

Il est aussi convenu qu’on s’occupera de ce que Hugues d’Ussel aurait laissé à l’église de Viviers, afin de déterminer, selon les prescriptions de droit, ce qui revient à cette église, à Bermond, à l’évêque, à Hastrefract et à P. Guillaume, son frère.

Il est convenu également que tout ce que possédait Bermond dans la mines d’argent, avant que le château ou castrum fut construit, c’est-à-dire celles qu’il avait acquises de Guillaume de Balazuc et de Hastrefract, et celles qu’il possédait au lieu-dit Fumpa (région du pont de Bourret et du Reclus), lui seront laissées en entier domaine, sauf le droit de justice et autres droits appartenant au suzerain.

Il est convenu que si l’évêque parvient à établir que la mine d’argent donnée par Etienne de Tauriers au comte de Toulouse est un fief de son église, le comte n’aura droit qu à un quart de ce qu’on extraira. Dans le cas contraire, le comte aura cette mine en alleu. Mais droits ou pas sur cette mine, il ne devra pas réclamer de dommages d’aucune sorte à Etienne de Tauriers pour cette donation au comte etc…

Fait à Aubenas, sur la place du Trau, l’an de l’incarnation du Seigneur 1198, au mois de Juillet etc…

A noter que l’acte de 1198 mentionne comme déjà construit le castrum de Largentière. En admettant qu’il ne s’agisse pas d’un système de fortifications protégeant l’ensemble des habiattions de Largentière, ce mot ne pourrait indiquer que la tour carrée ou le donjon, aujourd’hui noyée dans le reste de l’édifice, et qui en fut le noyau, tour qui fut sans doute construite par les évêques de Viviers.

Les coseigneurs usèrent plus tard de la faculté qui leur avait été donnée de bâtir leur propre tour. On attribue au comte de Toulouse la construction de la tour ronde, qui s’élevait en face du donjon épiscopal, et dont on voit encore la trace sur la grande terrasse du château. Cette tour, qui avait conservé le nom d’Argenteria, parce que dit-on, l’atelier monétaire y était établi, ne fut détruite que vers 1820.

Les deux seigneurs, de Poitiers et d’Anduze, auraient fait bâtir de leur côté, deux autres tours rondes, aujourd’hui reliées par le balcon qui s’etend devant l’ancienne chapelle.

Plus tard, dans un acte de 1208, une partie de mines de Largentière est passée dans la maison de Montlaur.

La fin de l'épiscopat de Nicolas est entourée de nuages. Il parait avoir été l'objet de graves accusations, que les deux légats du pape, Raoul et Pierre de Castelnau, envoyés dans le midi de la France pour réprimer l'hérésie des Albigeois, eurent à examiner. Les légats convoquèrent une assemblée générale des chanoines et des clercs de Viviers, en leur faisant promettre par serment de dire la vérité. Tous déposèrent contre Nicolas, et on allait le destituer, lorsque l'archevêque de Vienne pria instamment les légats de se contenter de la démission du prélat. Le pape, à qui on fit part de cet arrangement, écrivit au chapitre, le 20 janvier 1206, une lettre dans laquelle il approuve la conduite des légats et permet aux chanoines d'élire un nouvel évêque, dans le délai de huit jours, en présence des légats.

C'est alors que Burnon, chanoine de Valence et archidiacre de Vienne, fut élu évêque de Viviers.

Dès son avènement, Burnon reçut l'hommage de nombreux seigneurs du Vivarais, entre autres celui de Raymond de Vogué et de ses enfants. En 1207, Pons de Montlaur lui fit hommage pour le château de Mayres.

Tout cela n'empêchait pas le comte de Toulouse de poursuivre ouvertement ses desseins sur Largentière. Contrairement aux conventions de 1198, il avait bâti le château de Fanjau sur le domaine de l'évêque et du chapitre et avait acquis, sans autorisation, les châteaux d'Etienne de Tauriers, de Pons de Rochefort, d'Alsaz (Aussan, sur le vieux chemin de Largentière à Tauriers), de Pierre de Vernon et plusieurs autres fiefs mouvant de l'Eglise de Viviers. L'évêque se plaignait de plus que des troupes à la solde du comte, les fameux Aragonais, eussent causé des dommages considérables à Largentiére.

Cependant la question de l'hérésie des Albigeois était venue singulièrement compliquer la situation au détriment du comte de Toulouse, surtout après l'assassinat du légat, Pierre de Castelnau (15 janvier 1208), qu'on attribuait aux instigations du comte. Le pape renouvela alors les excommunications déjà lancées contre ce prince par ses légats, déliant ses sujets de leur serment de fidélité et autorisant tout catholique à marcher contre lui, à occuper et garder ses domaines, «en vue de retirer de l'erreur les pays qui en avaient été infectés par sa méchanceté, jusqu'à ce qu'il promit de donner satisfaction et de prouver son repentir».

L'évêque de Viviers devait naturellement se préoccuper plus que personne de cette situation, par suite de la vieille rivalité qui divisait le comte et son Eglise. En homme prudent, il jugea qu'il convenait avant tout de se concilier la population de Largentière, troublée par les menées de son ambitieux voisin, et menacée aussi de subir l'hérésie albigeoise. De là, une des deux plus anciennes chartes de libertés et franchises qui aient été données en Vivarais ; l'autre est celle de Tournon (1211).

Les écrivains qui ont représenté l'Eglise comme essentiellement hostile à l'établissement des communes, paraissent avoir beaucoup trop généralisé quelques manifestations particulières, provoquées d'ailleurs le plus souvent par de véritables attentats contre les prérogatives ou les biens du clergé. Dans tous les cas, ce n'est pas en Vivarais qu'il faut chercher la preuve de ces appréciations plus ou moins injustifiées. Van der Haeghem nous paraît se rapprocher beaucoup plus de la vérité, quand, à propos de l'acte de 1208, il rappelle le noble usage que les membres de l'épiscopat firent habituellement au Moyen Age de l'autorité placée entre leurs mains, que leur gouvernement était en général juste et paternel, et que ce n'est pas sans motif que les Allemands disent qu'il est bon de vivre sous la crosse. Plus d'une ville doit ses premières franchises à un évêque, qui les donnait et ne les vendait point. L'évêque de Viviers en agit ainsi à l'égard des habitants de Largentière. La charte qu'il leur octroya est peut-être un des monuments historiques les plus remarquables, et certainement un des moins connus…».

C'est aussi, le premier ou le second en date des documents de ce genre en Vivarais. Les autres chartes de libertés sont celles de Tournon (1211 et 1292), Joyeuse (1237), Aubenas (1248), Privas (1281), Aps (1290), Naves, Villeneuve-de-Berg et Boucieu, trois bourgs créés ou émancipes par des partages royaux (1273 à 1294), Serrières (1299), Aubignas (1303), la Voulte (1305), Annonay (1364), etc.

Les chartes de libertés des XIIe, XIIIe et XIVe siècles ont été comparées non sans raison à de petites constitutions locales, puisqu'elles donnaient une base légale, précise et politique, à la vie communale trop livrée jusque-là à l'arbitraire des seigneurs.

La charte de libertés de Largentière se compose de deux parties distinctes, la première seulement (celle qui constate le serment de fidélité prêté à Burnon) se référant à 1208, et la seconde, où sont énoncées les concessions de l'évêque, portant la date de 1213. Quoi qu'il en soit, les deux dates comme les deux actes sont inséparables, et il y a tout lieu de croire que les concessions épiscopales remontent également à 1208, bien que n'ayant reçu leur forme officielle que sept ans plus tard. 

Voici la traduction de cette charte donnée par l’auteur du livre et qui montre bien les interactions entre les hommes vivant dans toute la région:

« Bernon, par la grâce de Dieu, évêque de Viviers-, à tous les fidèles en J. C., salut. 

Nous voulons qu'il vienne à la connaissance de tous qu'une divergence s'étant élevée entre nous et les hommes de Largentière, elle a été terminée par composition amiable, comme il est écrit ci-dessous. Qu'il soit connu de tous ceux, aux oreilles de qui ces paroles parviendront, qu'en l'année de l'Incarnation 1208, le 4 des Ides de Juillet, une controverse pendante entre messire B. évêque de Viviers et les hommes de Largentière, signés dans la main dudit évêque, en présence de messire Raymond, évêque d'Uzès, et Louis de Montlaur, constitués par ledit évêque de Viviers, experts dans cette affaire, a été apaisée de la manière suivante :

Les hommes de Largentière, ayant constitué pour procureurs Hugues de Chaise-Dieu, Lormegaud, Raymond Salgues, Louis Fabre, Guillaume d'Anduze, Louis Boucher, Guillaume de Champgris, le Valnaves, Guillaume Garnier, Benoit d'Alberge, Landri Guirard, Bloch, Etienne Mounier, Baudoin Boucher, Benoit Laurent, Guillaume Lévêque, Hugues Fabre Legur, Hugues Molinier, Etienne Pascal, promirent par serment personnellement prêté, de faire que tous les hommes de Largentiére qui y sont maintenant, ou qui y habiteront à l'avenir, à partir de 14 ans et au-dessus, jurent fidélité au seigneur évêque de Viviers et à ses successeurs et à l'Eglise de Viviers à perpétuité qu'ils jurent de l'aider contre tous autres hommes pour tout son droit, et de défendre ses droits contre tous à Largentiére, exception faite de la composition qui fut passée entre feu Nicolas, évêque de Viviers, et le comte Raymond de Toulouse, et Aymar de Poitiers et Bermond d'Anduze et Louis de Montlaur, au sujet de laquelle ils n'ont aucune obligation ni de l'aider ni d'être contre lui parce que, dans les matières dérivant de cette composition, ils ne sont tenus ni de l'aider ni d'être contre lui, comme il est dit ;

Item, ils promirent de faire que les hommes de Largentière jurent de défendre l'évêque et ses droits dans tout l'évêché de Viviers ;

 Item, que chaque année les anciens consuls, d'accord avec l'assemblée des conseillers, et du consentement de l'évêque, éliront les consuls dont l'évêque, s'il les trouve idoines, confirmera l'institution, lesquels, renouvelant personnellement le serment, seront forcés de jurer sous la forme prescrite, au moins ceux qui n'auront pas juré en corps. Fait à Jaujac où ont juré dans la l'orme prescrite une grande foule venue pour cela de Largentière. Témoins présents et convoqués pour cela Didier, archidiacre de Vienne ; Etienne, archidiacre d'Uzès ; Gaucelin de Cornillon, Gaufrin de Vogué, Garin de Joanas ; Gelon, vicaire de Viviers ; Guillaume de Montaigu, notaire de Largentière ; Albert de Jaujac et Guillaume, son frère; Ravmond de Vogué et Audebert, son fils ; Louis de Mirabel, Dalmas de la Gorce, Raymond de Charlas, Etienne de Chassiers, et moi Guillaume Sifred, notaire du seigneur évêque d'Uzès, j'ai apposé son sceau au présent instrument.

La composition lue, arrêtée, récitée, reçue de part et d'autre, approuvée et confirmée d'un commun accord, nous vînmes à Largentière, et là, l’université de la plèbe et du peuple convoquée et réunie ensemble, le texte de ladite composition fut lu, approuvé et confirmé par tous d'un pareil accord et libre volonté; les serments de fidélité furent prêtés par tous, et les consuls par nous institués, dans les formes indiquées plus haut.

Or, voyant, le dévouement et la fidélité de tous et chacun des hommes de Largentière qu'ils nous montrent et promettant de montrer à tous nos successeurs à perpétuité, nous leur accordons, en notre nom et au nom de nos successeurs, certaines immunités et libertés, pour cette cause, et sous la forme ci-après, à la condition que tous et chacun des hommes qui, en quelque temps que ce soit, seront à Largentière, observent tout ce qui est contenu dans ladite composition et s'y conforment strictement, à perpétuité, envers nous et nos successeurs au siège de Viviers.

1. En premier lieu, nous leur accordons, pour cette cause et pour les promesses ci-dessus à remplir en tout temps, qu'aucun homme ayant maison à Largentière et y habitant, ne puisse être forcé, pour achats ou ventes, de payer des leudes, si ce n'est de la boucherie et de ce qui tient à la boucherie.

2. Tout habitant jouissant de la plénitude de ses facultés a le droit de remplir, le cas échéant, les fonctions d'arbitre et par suite le droit d'exiger des cautions, de faire prêter serment par les parties, de citer les témoins et de rendre un jugement dans une affaire à lui soumise, à moins qu'il ne s'agisse d'une chose extraordinaire, de celles dont la connaissance est dévolue au bailli et aux juges féodaux.

3. Nous accordons qu'on ne pourra exiger que 8 deniers de tout homme du lieu pour une quarte de faune à cuire, portée ou remportée.

4. (Ce paragraphe, rendu encore plus obscur par les lacunes de la copie, parait signifier que :) lorsque deux mineurs, ou un groupe de mineurs, auront entrepris une galerie, et se seront partagé les ouvertures, si l’ un d'eux a besoin du concours de l'autre, soit pour la ventilation soit pour autre chose, le seigneur de la partie en souffrance pourra faire travailler sur l'autre partie, tous les droits du seigneur sur le terrain duquel on travaille étant réservés. 

5. Nous accordons que l'homme ou la femme adultères, pris en flagrant délit, devront courir nus de jour, à travers la ville de Largentière, toute accusation plus grave mise de cote ; aucune autre peine cependant ne sera infligée pour ce fait aux coupables qui auront couru…

6. Aucun revendeur d'avoine ou de denrées portées à Largentière ne doit acheter sur le chemin ou dans la ville, avant que la sixième heure du jour soit passée, exception faite des chairs de la boucherie le contrevenant perdra sa marchandise et le prix, et de plus il aura à payer cinq sols à la curie des seigneurs. 

7. Tout homme de Largentière pourra, dans la ville, sans encourir de peine, saisir son débiteur, à la condition toutefois de l'avoir fait sommer huit jours à l'avance, par la voie des baillis ou des consuls, d'avoir à payer son créancier. 

8. Si quelqu'un a avancé une somme d'argent à un autre pour une affaire, mais, avant la réalisation de l'affaire lui a retiré son crédit, si un second créancier survient, et permet par ses avances à son débiteur de réussir, ce second créancier devra être préféré au premier pour le remboursement de sa créance. 

9. Si quelqu'un dépose ses biens à Largentière, ils devront y être en sûreté, et le déposant ne peut les perdre par le fait d'une guerre de son seigneur, en dehors de sa propre faute. 

10. Si quelqu'un en dépouille un autre de son argent, le coupable sera obligé de payer les dépenses faites pour le lavage, le broyage et la fonte de l'argent nécessaire à la restitution (c'est-à-dire la main d'œuvre, l'évêque consentant à fournir le minerai).

11. Une affaire étant portée en justice, les dépenses du tribunal ne doivent pas être exigées des parties, tant que l'affaire n'est pas terminée, soit par composition, soit par jugement alors les frais seront exigés du perdant, et le gagnant n'aura rien à payer.

12. Quand quelqu'un meurt à Largentière sans testament, s'il n'y a pas d'héritier présent, ses biens seront mis en dépôt à la curie, pour être rendus à l'héritier légitime s'il se présente dans le délai d'un an ce terme expiré, les dits biens pourront être confisqués par la curie.

13. Si les biens d'un coupable avéré doivent être confisqués, ses créanciers passeront avant le payement des condamnations fiscales. 

14. Personne à Largentière ne sera obligé de payer la leude sur les poireaux, les choux, les racines, les aulx, les oignons, les raves. 

15. Toutefois, si les autres seigneurs de Largentière ne faisaient pas les mêmes concessions et n'accordaient pas les mêmes immunités, notre libéralité ne doit être en rien préjudiciable à l'Eglise de Viviers, bien que, d'après l'ancien droit, niello impedimento obstante, uti possimus.

16. Que si les autres coseigneurs voulaient s'opposer de quelque manière aux concessions et immunités par nous données à la ville de Largentière et à ses hommes, nous vous promettons de bonne foi de les maintenir de tout notre pouvoir et de les défendre. 

17. Item, nous vous promettons que nous agitons de bonne foi pour que les autres coseigneurs vous fassent les mêmes concessions. 

18. En outre, par équité, nous statuons que si une partie devant le tribunal a tous les avocats, les baillis assigneront, dans la forme légale, un avocat à la partie qui n'en a point. 

Et moi, Guillaume de Montaigu, notaire, d'après le mandat reçu du seigneur B. évêque de Viviers et des consuls de Largentiére, savoir, Louis Boucher, Louis Colomb et Louis Sun, j'ai écrit et signé cet instrument tel qu'il est ci-dessus, l'année de l'Incarnation de N. S. le 4 des Kalendes de Septembre 1215, en présence des témoins ci-nommés R. André, Guillaume Arman, Louis Julien, Etienne de Tauriers, Armand Violateur, Guillaume de Chase, Jean Templier, Benoît Boucher, Etienne Maschal, Bertrand d'Avignon, Guillaume Colen, Bruno Fabre, Guillaume Onosos, Rainaud de Lanas, Guillaume Bêcher, Hugon d'Aubusson, Robert Clerc, Louis Delisle.

 Cette période est aussi celle du début de la croisade contre les Cathares que le comte de Toulouse va subir de plein fouet dans toutes ses possessions.

Le  pape Innocent VIII, qui dès l'année 1198, avait pris une attitude très hostile au comte de Toulouse, et aux autres princes du midi de la France, soupçonnés de pactiser avec les hérétiques, provoqua une croisade contre eux, en 1209, à la suite du meurtre de son légat, Pierre de Castelnau, dont on rendait Raymond VI responsable. 

Au mois de juin 1209, Milon, légat du pape, réunissait un concile à Montélimar, en attendant l'arrivée des croisés. Le comte de Toulouse y vint, et fit sa soumission au pape. Le comte assura le concile de ses bonnes intentions et s'engagea à remettre, en garantie de sa bonne foi, sept de ses plus forts châteaux, parmi lesquels celui de Fanjau, qui fut confié à la garde de Burnon. Il reçut alors l'absolution et, dans la crainte de perdre ses Etats, il se joignit aux croisés pour combattre ses propres sujets…

Pendant que la guerre continuait en Languedoc avec des alternatives de succès et de revers, le comte de Toulouse cherchait toujours à se concilier l'Eglise pour sauver ses Etats. C'est dans cet ordre d'idées qu'il faut examiner la transaction suivante qui fut conclue, le 10 août 1210, à Saint-Saturnin-du-Port (le Pont Saint Esprit) entre lui et l'évêque de Viviers. 

Il y avait contestation entre le seigneur Burnon, évêque de Viviers, et ses chanoines, d'une part, et le seigneur Raymond, comte de Toulouse, d'autre part. Le seigneur évêque et ses chanoines se plaignaient de ce que le seigneur comte avait fait construire sur leur fonds le château de Fanjau, et ils prétendaient que, comme construit sur leur terrain, ce château leur appartenait. Ils se plaignaient aussi que le comte avait fait plusieurs acquisitions dans leurs fiefs, savoir, dans les mines de Largentière, d'une setzena, fonds dont la septième partie du produit était due au seigneur, que possédait Etienne de Tauriers, et d'une autre setzena appartenant à Pons de Rochefort, en outre, du château d'Alsaz, de la tour de Pierre de Vernon à Montréal, et du château d'Etienne de Tauriers, au mont de Brison. Ils prétendaient aussi que tout ce que le comte percevait soit à Fumpa soit à Largentière, il l'avait acquis injustement parce que c'était des alleux de l'église de Viviers. De plus l’évêque et les chanoines révoquaient la transaction faite entre l'évêque Nicolas, d'heureuse mémoire, et Raymond V père du comte, et conséquemment ils demandaient la restitution des châteaux d'Aiguèze, de Grospierres et de Remoulins, ainsi que des deux cents marcs d'argent et des six deniers, que le comte, en vertu de cette transaction, prélevait sur chaque marc d'argent qu'on tirait des mines de Largentière. Ils se plaignaient encore que le père du comte et le comte lui-même, leurs baillis et les Aragonais, leur avaient causé de grands dommages à Largentière et dans d'autres lieux du Vivarais en conséquence, ils demandaient que satisfaction leur fût donnée…

De son côté, le seigneur comte de Toulouse, au sujet de l'acte passé entre lui et le seigneur évêque Nicolas d'heureuse mémoire et les chanoines de Viviers, relatif aux conventions faites entre eux sur les mines de Largentiére, se plaignait que le seigneur Burnon et ses chanoines n'avaient pas voulu le ratifier en le scellant de leur sceau, bien qu'ils y fussent tenus par l'acte lui-même. 

Finalement le seigneur évêque de Viviers, les chanoines et le seigneur comte de Toulouse, après avoir exposé leurs raisons devant Hugues, évêque de Riez, légat de la cour romaine, et maître Thédise, tous les deux délégués par le souverain pontife, convinrent de mettre fin à leurs différends et prirent à cet effet pour arbitre Raymond, évêque d'Uzès, qui leur fit accepter amiablement les articles suivants.

Il fut convenu que l'évoque Burnon se désistait pour toujours, à l'égard du seigneur comte de Toulouse et de ses successeurs, de la demande qu'il avait faite au sujet du château de Fanjau, et qu'il lui donnait et confirmait ce même château comme fief, suivant les prescriptions énoncées plus bas. Il lui donne encore en fief, et suivant les mêmes prescriptions, la partie qui lui revenait de la maison sise près du château. Il lui concède aussi en fief, et suivant les dites prescriptions, les autres parties de cette même maison appartenant à Bermond d'Anduze ou à Pierre Bermond, son fils, ou à Aymar de Poitiers, si le comte en fait l'acquisition. Il lui accorde, en outre, le pouvoir de bâtir le château de Fanjau selon son bon plaisir, mais seulement dans l'enceinte des fossés qui environnent le château et de faire, en dehors des fossés, des murs de défense ou fortifications, mais à condition qu'il ne permettra de construire aucune maison d'habitation sur le sol qui est autour du château.

De plus, l'évêque se désiste de la demande qu'il faisait au comte relativement aux châteaux d'Aiguèze, de Grospierres et de Remoulins, aux deux cents marcs d'argent et aux six deniers que le comte perçoit pour chaque marc d'argent, lesquelles choses ont été stipulées dans le traité conclu entre feu l'évêque Nicolas et Raymond, père du comte. L'évêque fait remise au comte de toutes les prétentions et demandes susdites, et aussi des méfaits et dommages causés par le comte ou par son père, ou par d'autres en leur nom, suivant ce qui a été dit plus haut sont exceptées toutefois les réserves, faites par l'évêque et les chanoines, lesquelles sont énoncées plus bas.

De plus, l'évêque de Viviers donne en fief Largentière au comte Raymond, approuvant et confirmant par ce don le traité fait entre l'évêque Nicolas et le comte Raymond, sauf les articles auxquels il est dérogé et ceux qui sont abrogés par le présent traité. Cette donation comprend la moitié des mines de Segualières. de Chassiers et de Tauriers, ainsi que la moitié des mines maintenant ouvertes ou de celles qu'on ouvrira dans la suite, depuis la rivière de Lende jusqu'à Tauriers, et depuis le Roubrau jusqu'à Chassiers, de sorte que le comte percevra la moitié des produits ou redevances qui proviennent ou proviendront de ces mines, des hommes, des protections, des justices, des fours, des moulins, des farinières, des proclamations des impôts, des tailles, des servitudes, des lods, des ventes et de toute contribution juste ou injuste, de tous autres produits ou revenus, et de quelque manière qu'ils puissent provenir il faut excepter la dîme de la dîme que l'évêque et son Eglise se réservent et ce que Hugues d'Ussel a donné à l'Eglise de Viviers, sur quoi l'évêque n'a fait aucune concession au comte.

Et, en raison de ces concessions, le seigneur comte doit jurer fidélité au seigneur évêque, lui faire son serment de défendre son Eglise, les chanoines, les clercs, les biens et les droits de cette même Eglise, lui promettre de n'acquérir aucun château ou partie de château, aucun fief ou partie de fief qui peuvent se trouver dans la mouvance de l'Eglise de Viviers, sans le consentement de l'évoque et des chanoines, et lui rendre hommage de reconnaissance pour le château de Fanjau, à chaque changement d'évêque ou de comte.

De plus, le seigneur comte doit rendre au seigneur évêque la setzena des mines qu'il avait acquis d'Etienne de Tauriers, laquelle est du fief de Tauriers, retenant toutefois pour lui un quart de cette setzena en vertu de la concession que lui a faite l'évoque Nicolas, et lui rendre aussi la setzena des mines que le comte a acquise de Pons de Rochefort, laquelle est aussi du fief de Tauriers. Quant aux fiefs de Malet, du Mont Brison, de Pierre de Vernon et d'Alsaz, l'évêque de Viviers doit prouver qu'ils lui appartiennent, devant le seigneur évêque d'Uzès, soit en la présence ou en l'absence du comte, soit en la forme judiciaire, soit de toute autre manière, selon que le voudra le seigneur évêque d'Uzès.

Dans le cas où le comte devrait restituer ces fiefs à l'évêque ou le laisser jouir en paix de ceux qui sont en la possession de cet évêque, celui-ci devrait rembourser le prix que le comte a donné pour l'achat de ces fiefs. De plus, le seigneur comte a donné et concédé au seigneur évêque le tiers de tout ce qui pourra lui revenir à Fumpa ou dans les dépendances et, pour ce tiers concédé, l'évoque devra contribuer en proportion aux dépenses nécessaires à Fumpa, mais ne devra rien rembourser au comte. Toutes les redevances perçues à Largentière par le comte ou ses baillis et qui appartenaient à l'Eglise de Viviers, doivent être restituées par le comte à l'évêque et aux chanoines.

Quant à la demande faite par Gaucelin de Cornillon, le seigneur comte sera tenu de faire ce que voudra et ordonnera le seigneur évêque d'Uzès. De même, au sujet de la demande des enfants de Guillaume Ricam, le comte devra faire ce que connaîtra ou ce que lui fera connaître l'évêque d'Uzès, de sorte que tout ce que cet évêque décidera, de quelque manière qu'il décide, soit en forme de jugement, soit sur le rapport d'un juge commissaire, devra être exécuté par le comte, comme si la décision avait eu lieu solennellement en sa présence.

Le seigneur comte a concédé encore au seigneur évêque de Viviers de bâtir un château à Largentière ou dans les limites sus-énoncées (entre Lende et Tauriers, Roubrau et Chassiers), excepté sur la montagne où le seigneur comte a bâti le château de Fanjau ; il a promis de venir en aide à l'évêque pourvu que celui-ci veuille lui répondre pour les autres ayant-droit au sujet du château qu'il bâtira. Le comte doit, pendant tout le temps que l'évêque emploiera à faire construire son château, si d'ici lors celui-ci lui concède le château de Fanjau, livrer a Giraud Adhémar (seigneur de Montélimar) le susdit château de Fanjau pour l'occuper aux frais du comte depuis le commencement du carême jusqu'à la fête suivante de Saint Michel, et pour prêter à l’évêque le secours que le comte s'est obligé de lui donner. Après la fête de Saint-Michel, le comte rentrera en possession du château de Fanjau.

Dans le cas où Giraud-Adhémar ne pourrait ou ne voudrait occuper ce château, le comte doit le céder à Mascald ou à Pierre Boucher qui l'occuperont aux mêmes conditions et pendant le même espace de temps qu'aurait dû l'occuper Giraud-Adhémar, et ils devront jurer a l'évêque de lui prêter fidèlement leur secours et celui du château. L'évêque et le comte ont encore convenu entre eux qu'aucun d'eux ne pourra faire d'acquisition, de quelque genre que ce soit, dans le fief de l'autre, soit à Largentière soit ailleurs, sans le consentement de celui à qui le fief appartient mais, dans leurs fiefs respectifs, chacun peut acquérir justement et sans que l'autre puisse y mettre obstacle. Si l'un d'eux fait une acquisition dans le fief de l'autre ou au préjudice de son droit, il devra en faire restitution selon ce qu'en décidera l'évêque d'Uzès.

Sur ce, le seigneur comte de Toulouse a juré, en son nom et au nom de ses successeurs, que tout ce qui a été stipulé dans ce traité, soit en général soit en détail, lui et ses successeurs l'observeront perpétuellement et inviolablement envers l'évêque et ses successeurs et envers l'Eglise de Viviers, et ils feront hommage, pour le fief que le comte a reçu de l'évêque au martyr Saint-Vincent sur son autel de la cathédrale de Viviers, et l'évêque tiendra le bout de la chaîne qui sera autour du cou du comte, quand celui-ci baisera l'autel. Le susdit comte et ses successeurs rendront aussi hommage pour le château de Fanjau a l'évêque de Viviers et à ses successeurs, à chaque changement d'évêque ou de comte feudataire, mais seulement pour reconnaissance.

Enfin, sur la demande de Burnon, évêque de Viviers, parlant pour lui et ses successeurs, Raymond, comte de Toulouse, a répondu, en son nom et au nom de ses successeurs, qu'il observerait toutes et chacune des susdites conventions perpétuellement et inviolablement envers l'évêque et ses successeurs. De même, sur la demande de Raymond, comte de Toulouse, parlant pour lui et pour ses successeurs, Burnon, évêque de Viviers, a promis, en son nom et au nom de ses successeurs, d'observer les conventions sus-énoncées dans leur ensemble et dans les détails, perpétuellement et inviolablement envers le comte et ses successeurs. L'évêque et le comte ont encore ajouté et promis réciproquement que, afin que ce traité soit inviolablement observé, ils se donneront réciproquement pour caution Pons de Montlaur et Dragonnet de Mondragon, ainsi que la majeure et la plus saine partie des habitants de Largentière, avec cette stipulation que, si l'un d'eux violait quelque article du traité, et si, sur la plainte de l'autre adressée à l'infracteur ou à son bailli établi à Largentière, il n'est pas donné satisfaction dans un délai de quatre mois, les cautionnaires seront tenus d'agir contre l'infracteur, de toutes les manières qu'ils pourront, jusqu'à ce que satisfaction ait été donnée suivant la décision de quatre amis choisis d'un commun accord par les deux parties, et d'un cinquième personnage que l'évêque nommera après avoir pris l'avis des quatre amis sus-désignés. 

Ce traité a été fait l'an de l'Incarnation de J. C. 1210, le jour des ides du mois d'août (13 août), au bourg de St-Saturnin sur le Rhône, dans la chambre du prieur de ce bourg, devant le seigneur Raymond, évêque d'Uzès, et en présence des témoins à ce convoqués, savoir Guillaume Gautier, sacristain; Gaucelin de Cornillon ; Bertrand Bonel, chanoine; le prieur de Valbonne; le comte Baudoin R. Jaufrid ; Gaucelin de Monastier; Giraud Audoard ; Vinal ; Pons Sorpille ; Pierre Bouchet ; Bernard de Figeac, compagnons du seigneur comte ; Ariman, Falcon de la Roche, Arcellin, compagnons du seigneur évêque. 

Et afin que les susdites choses, convenues par le consentement et la volonté des parties, ne puissent à l'avenir être révoquées en doute, le seigneur Burnon, évêque de Viviers, et le seigneur Raymond, comte de Toulouse, ont fait sceller cet acte de leur sceau de plomb. Quelques jours après, c'est-à-dire le 17 août, le comte se rendit à Viviers. Le chapitre approuva et confirma le susdit traité dans le cloître du seigneur évêque, en présence et sur la demande d’Hugues de Cabriac, notaire du seigneur comte de Toulouse, lequel fit au martyr St Vincent l'hommage convenu.

La multiplicité des précautions prises dans cet acte montre assez la défiance réciproque des deux parties.

Au mois de janvier 1211, au concile d'Arles, les affaires se brouillèrent encore plus entre le comte de Toulouse et l'Eglise. Le comte fut de nouveau excommunié par les légats, et une lettre du pape, du 17 avril, confirma leur sentence. Dans cette lettre, dont l'évêque de Viviers fut l'un des destinataires, Innocent III interdisait aux évêques de restituer au comte les châteaux et autres domaines qu'il tenait de leurs Eglises, et il leur ordonnait d'en confier la garde à qui elle appartenait de droit.

Deux ans après, le roi d'Aragon intervenait en faveur du comte, son beau-frère, mais il fut battu (et tué) à Muret (13 septembre 1213), et Raymond VI dut de nouveau faire sa soumission. Les croisés continuèrent alors leur conquête. Ils soumirent la Provence, le Rouergue et Nîmes, mais rien ne prouve que leurs troupes soient venues jusqu'en Vivarais. Ici, il nous faut entrer dans quelques détails sur l'attitude des autres coseigneurs de Largentière, c'est-à dire de Pierre Bermond de Sauve (ou d'Anduze) et d'Aymar de Poitiers.

Le premier parait avoir toujours marché d'accord avec l'évêque de Viviers, malgré sa parenté avec le comte de Toulouse. Il était, en effet, le frère d'un autre Pierre Bermond, qui avait épousé Constance, fille de Raymond VI, et dont le fils, marié à Josserande de Poitiers, en eut Roger, seigneur de la Voulte. Au mois d'octobre 1214, l'évêque de Viviers concluait l'arrangement suivant avec les Bermond, et un autre coseigneur des mines, nommé Dragonet:

Sachent tous qu'en l'année de l'Incarnation 1214, le 4 des Kalendes de Novembre (29 octobre), nous, Pierre Bermond de Sauve et Bermond,mon frère, nous t'accordons et te donnons, à perpétuité, à toi, évêque de Viviers et à tes successeurs, treize mille sols qui nous étaient dûs pour la bastide de Fanjau, construite du temps de Nicolas, ton prédécesseur, et tout ce que nous avions de droit ou prétendions avoir dans la bastide, appelée Bonnegarde, que tu as élevée à Largentiére. Nous jurons, les mains posées sur les évangiles de Dieu, que nous ne t'inquiéterons jamais, toi ni tes successeurs, d'une manière quelconque, au sujet de ces bastides.

Nous prêtons aussi le serment de t'aider, toi et tes successeurs, contre tous les hommes qui te feraient éprouver des vexations, pourvu toutefois que tu sois prêt à leur rendre justice devant un tribunal compétent. Nous reconnaissons aussi tenir de toi ou de tes successeurs tout ce que nous avons en fief à Largentière, et l'obligation où nous sommes de t'en faire hommage, à toi ou à tes successeurs, de te jurer fidélité et de t'aider contre tous, comme il est dit plus haut. Et moi, Burnon; évêque de Viviers, je vous accorde et confirme les vingt marcs d'argent par an que Raymond, comte de Toulouse, vous donna sur ses revenus de Largentière, sauf toutefois l'hommage et la fidélité que vous me devez pour cela à moi et à mes successeurs. Et moi, Dragonet, je te jure à toi Burnon, évoque de Viviers, les mains posées sur les saints Evangiles, qu'en tout temps de ma vie, je t'aiderai toi ou tes successeurs, contre tous ceux qui vous vexeraient, pourvu toutefois que vous soyez prêts à leur rendre justice devant un tribunal compétent.

Fait à Largentière, devant l'église de Sainte-Marie. Les témoins sont Guigue de Chateauneuf, Bermond de Sauve, Dragonet de Boucoiran, Ato, vicaire de Viviers; Guillaume, archiprêtre ; Etienne de Tauriers, Bertrand de Chateauneuf ; Hermengarde Gervais de Naves, Pierre Guillaume de Noyan, Odilon de Vernon, Bertrand de Laudun, Guigue de Chassiers, Pierre Delisle, Pons de Beaumont, Raymond de Grospierres, Pierre Dalmas, Pierre de Tournon, Dalmas de Luc, Pierre de Malet, Guillaume de la Beaume, Guillaume Arman, Pierre de Naves, Etienne Maschal, Pierre Boucher, Bernard Rocher, Bermond Botelier, Hugues Roux, Hugues Renard, Jean Dehaut, Guillaume Berche, Arnaud Meunier, Pierre... Nicolas de Berzème, Michel d'Alberges, Guillaume de Chazeaux, Guillaume Etienne, Etienne Gast, Bernard, Guillaume, Imbert, Bertrand Brun, lmbert Dupont, Brun Fabre, Jeune de Viviers, Agules et moi Guillaume de Montaigu, notaire.

Nous ignorons comment et à quelle époque les Bermond d'Anduze devinrent coseigneurs de Largentière. On a vu qu'en juillet 1108, Nicolas, évoque de Viviers, donna, en fief à l'un d'eux le sixième de Segualières, de Chassiers et de Tauriers, depuis la rivière de Lende jusqu'à Tauriers, et de Roubrau jusqu'à Chassiers, avec leurs revenus sur les hommes, tenanciers, justice, fours, etc. 

En 1200, le 6 des Ides de Juillet, Pierre Bermond rendait hommage à l'evêque de Viviers de tout ce qu'il avait à Largentière. 

En dépit de l'acte de 1214 qu'on vient de lire, Raymond VI fit en octobre 1218 un accord avec son petit-fils, Pierre Bermond de Sauve, par lequel il lui donne, entre autres choses, le droit et la domination qu'il avait sur les terres de Bermond d'Anduze, oncle paternel du même Pierre, soit que Bermond les possédât en son nom, soit en celui de Vierne, sa femme, spécialement le château de Joyeuse en Vivarais.

En 1220, ce Pierre Bermond fit hommage à l'évêque de Viviers. Les destinées ultérieures de la part de seigneurie des Bermond à Largentière sont indiquées par les faits suivants Roger d'Anduze, devenu seigneur de la Voulte, reçut de son père en 1254, sa part de la parerie de Largentière. II en fit hommage à l'évêque de Viviers en 1298, le jeudi avant la fête de St-Mathieu. 

En 1363, le 28 septembre, Louis d'Anduze rendit hommage à son oncle, Aymar de la Voulte, évêque de Viviers, de tout ce qu'il possédait à Largentière. Il est à noter que Guillaume, seigneur de Sceautres, un fils du second lit de Bermond II, avait reçu de son père, en 1357, une part de sa parerie de Largentière.

En 1375 (23 avril), le nouvel évêque de Viviers, Pierre de Sarcenas, recevait du seigneur de la Voulte l'hommage de sa parerie de Largentière. Celle-ci fut enfin vendue, en 1393, par Louis d'Anduze à noble Pons de Tecel (ou Cecel) d'Aubenas (acte reçu Me Mouraret, notaire à Largentière), et l'acquéreur fut mis en possession, le 29 avril de cette année. Des Tecel, cette part passa aux Taulignan, puis aux Tourton de Mortesaigne, aux Chanaleilles, sieurs de la Saigne, aux Vocance, aux Chambaud de St-Lager, et enfin aux Vachier de la Molière, à qui elle appartenait encore en 1731.

L'attitude d'Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, fut bien différente de celle des Bermond d'Anduze. Ce personnage ne cessa pas de se montrer hostile à l'évêque de Viviers, et voici comment l'écrivain, qui a le mieux étudié son histoire, indique le rôle qu'il joua dans la guerre des Albigeois.

 « Parent et ami dévoué du comte de Toulouse, Aymar régla constamment sa conduite d'après celle de ce prince. Aussi, dès le premier jour, fut-il tenu pour suspect par les légats et les évêques. Lorsqu'au mois de juillet 1209, l'armée des croisés, forte de 50,000 hommes, s'avançant vers la vallée du Rhône, s'appelait à gagner le pays d'Alby, Aymar voulut conjurer l'orage, et, en homme avisé, à l'exemple de Raymond VI, il prit la croix. On le trouve au sac de Béziers. Son attitude toutefois ne tarde pas à changer. Dès que la rupture entre Raymond et Simon de Monfort est consommée, il ne cache plus ses véritables sentiments. Il s'applique de toutes manières à paralyser et à combattre l'action des légats, il envoie des secours dans le Toulousain et il suscite une guerre désastreuse à l'évêque de Die (frère de Burnon), un des zélés pour la croisade.

La fortune ne secondant pas son allié, qui avait été vaincu à Muret, il se met en mesure de prévenir une attaque de Simon de Monfort. Il fortifie ses châteaux, et lui-même, à la tête de nombreux guerriers, occupe une place (Crest), devant laquelle on l'a prévenu que Simon doit passer. En effet, quelques semaines après la bataille de Muret, le chef de la croisade conduisait par la rive droite du Rhône ses soldats dans le Valentinois, bien résolu d'infliger à Aymar un châtiment. Il passa sous les murs de la place où était le comte. Ni l'un ni l'autre ne crurent prudent d'engager le combat. Simon se trouvait à Valence le 4 décembre 1213. De là, il se rendit à Romans pour y rencontrer le duc Eudes de Bourgogne et les archevêques de Lyon et de Vienne. Aymar fut invité à une conférence où on lui signifia de cesser toute opposition à la croisade et de faire la paix avec Simon de Monfort. Comme on ne parvenait point à l'y décider, le duc de Bourgogne, irrité, menaça de s'unir à Monfort pour l'obliger à se soumettre. La pression exercée sur le comte de Valentinois fut telle qu'il promit d'obéir et qu'il livra à Simon de Monfort quelques-uns de ses châteaux dont la garde fut confiée au duc de Bourgogne. Ce ne fut en réalité qu'une suspension d'armes. »

Pons de Montlaur, baron d'Aubenas, autre coseigneur de Largentière, aurait aussi manifesté vers cette époque des dispositions hostiles à l'évêque de Viviers, ce qui, après l'hommage rendu par ce seigneur à Burnon en 1207 pour son château de Mayres, aurait besoin de pièces justificatives. Les historiens qui rapportent ce fait s'empressent, d'ailleurs, d'ajouter que Montlaur, saisi de frayeur à l'approche de Monfort, alla à sa rencontre pour l'assurer de son amitié. Burnon assistait, en janvier 1215, au concile de Montpellier, où Raymond VI fut déclaré déchu de tous ses droits, et Simon de Monfort, élu prince du pays à l'unanimité. Le pape approuva cette décision par une lettre du 2 avril, et commit à Monfort la garde de tous les domaines que le comte de Toulouse avait possédés. Il prit même le soin plus tard de préciser ses intentions pour ce qui regardait l'église de Viviers, en chargeant son légat Conrad de veiller à ce que l'évêque Burnon ne fut pas inquiété dans la possession de Largentière. En conséquence des instructions pontificales, Monfort, ayant accompagné jusqu'à St-Antoine de Viennois le cardinal légat, Pierre de Bénévent, qui retournait à Rome, reçut en fief, à son passage à Loriol sur le Rhône, des mains de Burnon, le château de Fanjau et la moitié des revenus de Largentière « qui étaient tombés en commise par le délit du comte de Toulouse». 

Encore un document qu'il est essentiel de donner en entier, parce qu'il est, caractéristique des précautions que croyait devoir prendre l'évêque de Viviers contre un retour offensif du comte de Toulouse et de ses alliés :

Burnon par la grâce de Dieu, évêque de Viviers, etc. Sachent tous que nous concédons et donnons en fief au seigneur Simon, comte de Leicester, seigneur de Monfort, vicomte de Béziers et de Carcassonne, et à ses successeurs, le château de Fanjau en Argentière, et la moitié de tous les revenus, tant de justice qu'autres, qui, par le délit de comte de Toulouse, sont tombés en commise dans la ville d'Argentière, ainsi que la moitié du commun de paix dans tout le diocèse de Viviers, à cette condition qu'il devra lui-même (Simon) demander au pape Innocent de nous donner l'ordre de lui livrer et remettre ledit château et les dits revenus. S'il ne pouvait obtenir cela du pontife romain, et si nous, évêque de Viviers, pouvions obtenir du pontife la concession dudit château d'Argentière et de ses revenus, nous assignerons également le château en question et la moitié des revenus au comte, après restitution préalable de la moitié des dépenses, dans la forme et aux conventions indiquées plus bas, si le dit comte a demandé au pape des lettres constatant que nous agissons avec la permission et la volonté du saint siège. Il est de pacte que le comte doit, pour ledit château et pour les revenus assignés, à nous B. évêque de Viviers et à nos successeurs, faire hommage et jurer fidélité; promettre de prêter conseil et secours, à nous et à nos successeurs, dans les limites de notre diocèse, contre tous les hommes qui feraient la guerre à l'évoque, pourvu que l'évêque soit prêt à leur rendre justice promettre de défendre la paix, les églises, les chemins publics, les châteaux et toute la terre de l'évoque et de l'Eglise de Viviers, de bonne foi, de toutes ses forces et à ses frais, contre tous les hommes, dans les mêmes limites; ajoutant par serment qu'il nous laissera, nous et nos successeurs, jouir en paix de toutes les possessions que nous tenons aujourd'hui, châteaux ou autres, ne nous inquiètera en aucun temps, nous et nos successeurs, à leur sujet, ne fera aucune acquisition de nos possessions ou autre fief qu'a ou pourra avoir l'évêque de Viviers en Argentière ou dans tout le diocèse de Viviers, par lui ou par un autre, à une occasion ou titre quelconque, et n'empêchera pas l'évêque de Viviers de faire des acquisitions, suivant sa volonté, en Argentière ou dans d'autres fiefs épiscopaux, à l'exception de ceux que nous lui accordons.

De plus, nous lui accordons pour cinq ans la moitié du revenu des dîmes que les laïques détiennent, c'est à dire des fruits, prés, jardins, bestiaux, pêcheries et autres dont les canons ordonnent la levée. Nous lui faisons cette concession à la condition qu'il s'obligera, par promesse formelle, de forcer militairement tous les laïques de notre diocèse au payement de ces dimes. Les cinq ans passés, lesdites dimes reviendront intégralement à l'évêque de Viviers et le comte n'en touchera rien, toutefois il sera tenu à perpétuité, et ses successeurs également, d'assurer le payement de ces dîmes à l'évêque. Nous réservons, à nous et à nos successeurs, autre moitié des revenus que le comte de Toulouse avait à Argentière et, dans le serment de fidélité que le comte da Monfort nous prêtera, il sera tenu d'insérer qu'il nous garantira cette moitié intacte, qu'il ne la diminuera en rien et qu'il en fera jouir pacifiquement nous et nos successeurs. Quant audit château de Fanjau, le dit comte Monfort a juré sur l'Evangile de le rendre et restituer, lui ou celui qui le tiendrait en son nom, à nous et à nos successeurs, chaque fois et autant de fois qu'il en serait requis par nous ou notre représentant.

Dans le cas toutefois où quelque roi de France ferait la guerre à quelque évêque de Viviers, le comte Monfort ne sera pas tenu d'aider personnellement l'évêque contre le roi, mais il fournira des soldats et des clients pour la défense du château de Fanjau et d'Argentière. Mais nous et nos successeurs, nous sommes tenus de défendre ledit comte et ses héritiers contre tous les hommes, et de l'aider au sujet dudit fief, autant qu’il nous convient et qu'il dépend dudit fief. Tout cela doit être compris de bonne foi par nous et nos successeurs, ainsi que par le comte et ses successeurs. Pour en assurer l'observation et écarter tout doute, nous et ledit comte avons fait le présent instrument et l'avons confirmé en le revêtant de nos sceaux. Fait à Loriol en l'année 1215, Nones de Juillet (4 juillet).

Le passage le plus curieux de cette pièce est celui où la prévision d'une attaque d'un roi de France contre l'évêque de Viviers est exprimée. Cette prévision répondait, selon toute vraisemblance, à quelque manifestation plus ou moins comminatoire venue de Paris, et facile, d'ailleurs, à expliquer par le fait que les évêques de Viviers n'avaient pas cessé jusqu'alors de reconnaître la suzeraineté des empereurs d'Allemagne. Il est à remarquer que c'est en cette même année 1215 que Burnon pour s'assurer la fidélité des habitants de Largentière, leur octroya officiellement la charte de libertés.

Cependant, malgré les décrets des conçues, le Midi supportait mal la domination des hommes du Nord, et quand Raymond VI et son fils reparurent, ils furent reçus avec enthousiasme. Son plus chaud partisan, dans la région du Rhône, fut Aymar, qui reprit les armes en 1216. L'année suivante, Simon de Monfort, ayant battu le comte de Foix, se retourna vers le Valentinois. Longeant la rive droite du Rhône, il arrive à Pont-St-Esprit où nous le trouvons le 14 juillet 1217. Burnon lui fournit des bateaux et il franchit le fleuve malgré les efforts d'Aymar. Montélimar lui ouvre ses portes. Les croisés continuent leur campagne victorieuse jusqu'à Crest, où la paix se conclut sur la base d'une promesse de mariage entre le fils de Monfort et la fille du comte de Valentinois. Le triomphe de Monfort est de courte durée. Pendant qu'il guerroyait sur le Rhône, Toulouse avait ouvert ses portes à Raymond VI, et Monfort du partir en toute hâte pour aller essayer de réduire la ville rebelle. 

En janvier 1218, Monfort, sur l'ordre du pape, restituait à l'évêque de Viviers le château de Fanjau, par le motif que l'aliénation en ayant été faite en 1210, au préjudice de l'Eglise, en faveur du comte de Toulouse; qui n'y avait aucun droit, il s'ensuivait que ce château ne faisait point partie des domaines du comte, et par conséquent ne pouvait être compris au nombre de ceux qui par le délit de Raymond VI, avaient été confiés à Monfort. Monfort fut tué, au mois de juin de la même année, au siège de Toulouse, et son fils, Amaury, qui n'avait pas ses talents militaires, ne tarda pas à succomber sous le poids de la lourde tâche que son père lui avait laissée. D'ailleurs, à la mort de Raymond VI (1222), les populations se groupèrent de plus en plus autour de son fils, en qui se personnifiait la cause de l'indépendance du Midi et, les anciennes questions religieuses étant laissées à l'arrière-plan,  la revanche devint de plus en plus facile pour Raymond VII. Après la mort de Monfort, lorsque les domaines du comte de Toulouse furent partagés entre son fils et les croisés, le concile de Latran attribua à l'évoque de Viviers toutes choses, et spécialement en ce qui concerne le château de Fanjau et de Largentière, comme vous savez que ce droit lui a été concédé par le siège apostolique...»

Mais les événements se précipitent. Amaury, vaincu, quitte le Languedoc en 1224 pour aller vendre ses droits au roi de France. Une nouvelle lettre d'Honorius, écrite du concile de Montpellier, le 24 août de cette année, au doyen et au chantre de Valence, ainsi qu'au sacristain de Romans, montre que Largentière était alors retombée au pouvoir du comte de Toulouse, l'entière propriété de Largentière, de ses châteaux et de ses mines. Cette question revient dans une lettre du pape Honorius III en 1223. Informé qu'Amaury de Monfort, a proposé une trêve à Raymond VII, le pape écrit le 19 juillet, à son légat Conrad pour lui recommander les intérêts de l'évêque de Viviers:

« …Nous croyons, dit-il, que vous avez à cœur la conservation du droit des églises cependant nous avons jugé utile de vous écrire, afin que si la paix se conclut entre noble Amaury de Monfort et Raymond, ci-devant comte de Toulouse, fils de Raymond, vous y fassiez garantir le droit de l'évêque de Viviers en toutes choses, et spécialement en ce qui concerne le château de Fanjau et de Largentière, comme vous savez que ce droit lui a été concédé par le siège apostolique. Le noble comte Raymond, autrefois comte de Toulouse, nous a fait souvent proposer qu'il souhaitait faire satisfaction à Dieu et à l'Eglise pour ses crimes et rentrer à l'unité ecclésiastique dont il a été séparé à cause de ses excès, mais ses actes démentent ses paroles. Il a si gravement offensé Dieu et l'Eglise que, quand il donnerait même tout son bien, il ne pourrait fournir une satisfaction convenable. Il ajoute excès sur excès et opprime les églises, en sorte qu'il vexe actuellement, comme nous l'avons appris, celle de Viviers, pour ne pas parler des autres, et qu'il s'est emparé de la ville de Largentière, qui est un des principaux domaines de cette église, sous prétexte que son père en a possédé autrefois une partie. Il commet cette vexation, après que le siège apostolique, ayant privé entièrement son père de tous ses Etats pour crime d'hérésie, a confirmé cette ville à l'église de Viviers qui l'avait unie à son domaine par droit de commise. C'est pourquoi nous vous ordonnons d'avertir ce noble d'être attentif à ne pas commettre de nouveaux excès, mais plutôt à réparer les anciens, et à discontinuer de persécuter cette église, nommément dans ce domaine et dans tous les autres, et de lui déclarer que s'il ne se rend pas à nos remontrances et s'il persiste à inquiéter l'évêque de Viviers, c'est en vain qu'il se mette d'obtenir sa réconciliation. Enfin, s'il ne se corrige, vous n'avez qu'a user de censure envers lui et ses complices nonobstant tout appel, car celui qui est lié peut l'être encore davantage».

Le 26 février suivant, le pape renouvelait ses plaintes dans les mêmes termes et aux mêmes dignitaires. Deux ans après, Louis VIII, profitant des divisions du Languedoc, se mettait en marche et soumettait toute cette province. Il mourait en remontant vers Paris, et la guerre continuait encore deux ans, pendant la régence de Blanche de Castille, la mère de Saint-Louis. Enfin la paix fut conclue en 1229. Le traité de Paris du 12 avril laissa à Raymond l'usufruit de son comté, constitué comme dot future de sa fille Jeanne, destinée à l'un des fils du roi de France. Mais le comte abandonnait immédiatement au roi les pays du Rhône limitrophes du diocèse de Toulouse, c'est-à-dire les départements actuels de l'Ardèche, du Gard, de l'Hérault et de la Lozère. L'Eglise romaine eut pour sa part les domaines et les droits féodaux que possédait la maison de Toulouse sur la rive gauche du Rhône, c'est-à-dire le Comtat Venaissin et le marquisat de Provence. Sur les instances du Pape, le roi se chargea momentanément de la garde des terres et des nefs que l'Eglise venait d'acquérir dans l'Empire. On comprend qu'après cette solution, Aymar de Poitiers n'avait plus de raison de continuer son attitude hostile à l'évêché de Viviers, d'autant que c'était son propre neveu, Bermond d'Anduze, qui avait remplacé Burnon sur ce siège. Aussi voyons-nous, dès le mois de décembre de cette année, le comte de Valentinois céder tous ses droits sur Largentière à l'évêque de Viviers.

«Qu'il soit connu de tous qu'en l'année de l'Incarnation du Seigneur 1229, le 17 des Kalendes de Novembre (15 octobre), moi, Adhémar de Poitiers, comte de Valentinois, je remets et abandonne immédiatement à toi, seigneur Bermond évêque, stipulant pour l'Eglise de Viviers, tous droits et actions, réels et personnels ou mixtes, que j'avais ou pouvais avoir dans la bastide ou château dit Bonnegarde, sis à Largentière, château que je sais et reconnais appartenir de droit à l'Eglise de Viviers, et je fais cette reconnaissance pour toute bastide ou château quelconque, bâti ou à bâtir par ladite Eglise, dans tout le tènement du dit Largentière, tel qu'il s'étend de la rivière de Lende à la rivière de Roubrau, et du château de Tauriers et de son tènement jusqu'à la rivière de Lende. Je promets solennellement aussi, pour moi et mes successeurs, à toi seigneur évêque, que dans lesdites limites, je n'élèverai et ne dois jamais élever, pour moi ou pour autrui, un château ou bastide quelconque s'il en était autrement de ma part ou de celle de mon successeur, que ce château tombe de plein droit en commise à l'Eglise de de Viviers et lui appartienne à perpétuité. Item, je promets à toi, évêque de Viviers, que l'héritier de feu mon fils, Guillaume de Poitiers, te fera à toi ou à ton successeur les mêmes pactes de rémission ou convention; ta réquisition, lorsqu'il aura atteint l'âge de puberté, ou bien ce seront ses héritiers. Et je te fais cette dernière promesse, sous la peine de 150 marcs d'argent, avec ce pacte que, la peine encourue, l'héritier dudit Guillaume n'en sera pas moins tenu de remplir les engagements ci-dessus. Et pour tout cela je m'oblige à toi avec tous mes biens, et je te jure, sur les saints Evangiles de Dieu, que je ne ferai jamais rien contre, sous quelque raison de droit, de loi ou usage, renonçant sur ce fait à toute exception et dilation et à tout prétexte légal, qui me serait applicable ou pourrait m'être appliqué. 

Item moi dit Adhémar de Poitiers, comte de Valentinois. je confesse et reconnais à toi seigneur Bermond, évêque de Viviers, que j'ai et tiens de toi et de tes successeurs, en fief, par droit de seigneur, le château d'Antraigues et tout ce que j'ai et dois avoir en mon nom ou autrement dans ledit château et dans tout son mandement, et pour ledit fief, je te ferai hommage et te jure fidélité, ajoutant, par serment prêté sur les saints Evangiles de Dieu, qu'à toi et à tes successeurs à perpétuité, moi et mes successeurs à perpétuité, nous livrerons ledit château et les munitions qui y sont ou qui y seront, quand et autant de fois que toi ou tes successeurs demanderont en personne ou par un représentant certain, de moi ou des miens, l'hommage et la fidélité. Et mes successeurs, en faisant l'hommage à tes successeurs, pour ledit fief, observeront tous les engagements ci-dessus, sans aucune restriction, comme je le fais ici. 

Fait à Basto sur la terrasse qui est devant la porte de Témoins appelés et présents Seigneur Bernard de Veissia, seigneur Giraud Adhémar, seigneur de Pons de Deux-Chiens, Armand de Sanilhac, vicaire de Viviers, Rostaing de Codolet, Jean de Etienne de Mirabel, Pierre Julien, Raymond de Bane, Hugues de Tour, Jourdain de Pierrecase, A. de Barre, Raymond de St-Remèze, Raymond Botaud, Pons de Baume, Charrière, Jauffride de Bane, Pierre de Cantico, Nicolas Corriala, Rostaing de Poiteclaire, Bertrand Sulens, Bertrand de Rochesauve, Raymond Gordes, Raymond de St-Maximien, Pierre de Carsan, Charbaut, Guillaume de Seyrac, et moi Guillaume de Montaigu, notaire public, je fus présent à tout cela, et sur le mandat de l'une et de l'autre partie, j'ai écrit l'instrument et je l'ai signé et j'y ai apposé les sceaux de l'évêque et du comte, d'après leur ordre».

Après cette cession, l'évêque de Viviers restait le seigneur unique et incontesté de tous les châteaux de Largentière sous la souveraineté du roi de France.

Il est à remarquer que le château de Fanjau reparaît en 1306, avec Cheylus, Aps, Balazuc, Joyeuse, parmi ceux qui sont compris dans le domaine royal, d'où peut-être le nom de Béderet (en patois bé de re, biens du roi) donné à la montagne sur laquelle il était perché. Ce château, à en juger par les débris qu'en a laissés l'action destructive des hommes et du temps, n'a jamais été qu'une simple tour, importante surtout par sa position sur la hauteur qui domine à l'est la ville de Largentière. On distingue encore parmi ses ruines une voûte, un côté de la porte d'entrée et les traces du mur d'enceinte. La voûte en question, qu'il serait fort intéressant de percer, forme un des côtés de la cour intérieure, aujourd'hui plantée de vignes, et dont les limites sont parfaitement tracées par les premières assises du mur d'enceinte, restées intactes sous le couronnement grossier que leur a fait la main des vignerons. Le débris de la porte d'entrée, qui se dresse fièrement sur ces ruines, drapé dans le lierre et le figuier, comme Ruy-Blas dans ses haillons, fait penser à cette parole de l'Evangile Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. Voilà une pierre basse dont le temps et les révolutions, ces impitoyables niveleurs, ont fait le sommet de l'édifice. L'entrée du fort était tournée au couchant, c'est-à-dire du côté le moins facile à être attaqué. La vue, dont on jouit de Fanjau, explique le choix de cet emplacement. On aperçoit au sud les montagnes de la Gorce, de Vallon et des Vans, à l'ouest la tour de Brison, au nord la Champ du Cros et la chaîne de l'Escrinet, à l'est le Coiron. On aperçoit surtout, dans un cercle moins étendu, les cinq tours de Montréal, Brison, Tauriers, Chassiers et Vinezac, qui circonscrivaient l'ancien pays des mines d'Argentière et qui formaient une ceinture de vigies et de défenses, correspondant avec la tour de Fanjau, placée au centre. A propos de Fanjau, nous ne dirons qu'un mot, en passant, de certains personnages antiques, comme Jean, seigneur de Fanjau et châtelain de Largentière en 900 ; Foulques, seigneur de Joanas et châtelain de Largentière en 975; Pons, capitaine-châtelain de Largentière en 1070, qui figurent dans une Généalogie de la maison de Chanaleilles, publiée à Paris en 1888. Toutes ces données, prétendument tirées des manuscrits d'un abbé Chambron, qui n'a jamais existé, sont l'œuvre d'un industriel qui a abusé de certaines crédulités, et ne méritent pas qu'on s'y arrête autrement. Après 1229, Largentière sort pour ainsi dire de l'histoire générale, à laquelle elle était plus ou moins mêlée depuis le commencement du siècle, et on ne trouve plus son nom que dans quelques vieux documents de la contrée. L'événement le plus remarquable pour cette ville dans la suite du XIIIe siècle est la fondation du couvent des Cordeliers, vers 1236, c'est-à-dire dix ans après la mort de St-François d'Assise, le fondateur de l'ordre. Un indice de l'estime dont ces religieux étaient entourés se trouve dans le testament du seigneur d'Aubenas, Pons de Montlaur, qui comprend le couvent de Largentière parmi les divers établissements de Cordeliers à qui il fait des legs (cent sols à chacun). Ce testament est de 1272. En 1274, Héracle de Montlaur, ayant succédé à Pons, fait hommage à l'évêque du Puy de plusieurs de ses châteaux et de l'estrade publique du Puy à la Souche. Cette estrade allait jusqu'à Largentière. Il en est question dans un hommage au roi fait par Pons de Montlaur en 1219, où l'on voit que ce dernier et l'évêque du Puy s'étaient engagés, chacun en ce qui le concernait, à protéger les voyageurs allant de Largentière au Puy par la Souche.


Parmi les rares habitants de Largentière, ou présumés tels, dont nous trouvons les noms dans les documents de la fin du XIIIe siècle, on peut citer :

 Un juenis, de Argenteria, pèlerin à bord du navire .St-Victor, mentionné dans une charte de 1250, relative à un différend survenu à Messine entre les pèlerins et le patron du navire ;

Un Guillaume de Segualeriis et un Etienne Barbe de Largentière, qui figurent dans des actes de 1281, cités par Huillard Bréholles ; Adhémar Julien, de Largentière, témoin aux deux confirmations des libertés d'Aubenas, de 1276 et 1285 ;

 Enfin un Juif, Jacques ou Jacob de Lunel, ainsi qu'il résulte de l'accord conclu en 1285 entre les abbés de Cruas et de Mazan et le prieur de Tournon près Villeneuve (acte reçu par le notaire Pierre Grange), où on lit: 

Acta fuerunt haec apud Villanovam de Berco in domo Jacobi de Lunello Judoei habitatoris Argenteria. 

On remarquera ce nom de Lunel, qui indique très probablement l'origine de cet habitant de Largentière les communautés juives les plus nombreuses en Languedoc vers cette époque étaient celles de Montpellier, de Lunel et du comté de Foix. On remarquera aussi cette qualité de propriétaire d'immeubles; appartenant à un Juif, qu'on trouve aussi à Viviers. 

II est bon de rappeler ici que le droit de propriété fut de tout temps reconnu aux Juifs dans le comté de Toulouse. La réaction contre eux, qui suivit la croisade contre les Albigeois, au commencement du XIIIe siècle, ne modifia pas sensiblement leur situation à cet égard. Le maintien du régime de la liberté ou de l'allodialité des terres et le peu de développement du régime féodal dans le Midi, furent la conséquence de la persistance du droit romain, favorable à l'égalité juridique de tous les hommes libres. Les propriétaires tenaient leurs terres per francum et liberum allodium; ils n'étaient obligés à aucune redevance foncière vis-à-vis des seigneurs du pays, dont les prérogatives se bornaient à certains impôts et à la ustice. L'acte du notaire Grange prouve que ce régime était en vigueur en Vivarais, au moins en certains endroits, pour les Juifs comme pour les autres citoyens. Il eût été, du reste, étonnant de ne pas trouver la trace des Juifs, dans un lieu comme Largentière, où il y avait une exploitation de mines d'argent et un atelier monétaire, d’autant que cette ville, avant d'échoir aux évêques de Viviers, avait été plus ou moins longtemps sous la suzeraineté des comtes de Toulouse.

Quelques mots sur l'ancien atelier monétaire de Largentière, dont un vestige, sous la forme d'un bas-relief, est resté sur la façade de la maison Picaud-Bcaussier, à l'entrée du pont des Recollets, vont former le complément naturel de ce chapitre. Le bas-relief a un mètre de longueur environ sur 60 centimètres de hauteur. Il forme la base d'une des fenêtres du premier étage de la maison. Le sujet forme deux groupes distincts d'un côté, à gauche, trois hommes, dont un tient un coin appuyé sur le métal, tandis que deux autres ont le marteau levé pour la frappe. Le second groupe représente aussi trois hommes occupés à ramasser les pièces de monnaie dans un plateau et à les compter. Tous ces personnages ont les cheveux longs et collés sur les tempes. Ils sont vêtus d'une tunique à manches, serrée au bas des reins par une corde nouée, qui leur ceint tout le corps. On a cru aussi leur reconnaître des brodequins couvrant les pieds jusqu'aux chevilles. Appréciant la valeur artistique du monument, M. de Valgorge trouve qu'il accuse « certains progrès dans l'art de la statuaire il y a de la vie dans les attitudes, dans les mouvements. Les draperies sont passablement traitées elles ne sont pas trop raides...». L'auteur des Souvenirs de l'Ardèche pense que ce bas-relief est du XIIIe siècle. A cette époque, l'ensemble des constructions du château comprenait trois groupes distincts :

- La tour carrée ou donjon, noyée aujourd'hui dans la masse de l'édifice, et qui en fut le noyau, tour qui paraît avoir été construite par les évêques de Viviers

- Les deux tours rondes reliées par un balcon, élevées ultérieurement par les seigneurs d'Anduze et do Poitiers, coseigneurs du lieu

- Enfin, une autre tour ronde, appartenant au comte de Toulouse, dont on voit encore l'emplacement sur la grande terrasse du château, et c'est des ruines de cette tour, dite Argenteria, que serait venu, dit-on, le bas-relief de la maison Picaud. 

Or, cette tradition est formellement contredite par le témoignage des vieillards qui se souviennent de la démolition de la tour en question, et qui affirment que le bas-relief était bien avant cette époque encastré dans le mur de la maison Picaud. Cette tour dépassait d'environ deux mètres celle du donjon, les comtes de Toulouse ayant sans doute voulu affirmer par là qu'ils étaient les seigneurs dominants, et c'est à cause de cette Circonstance que les octogénaires ou nonagénaires d'aujourd'hui se la l'appellent si bien, parce que, dans leur enfance, ils s'essayaient vainement à jeter des pierres jusqu'à son sommet. Elle fut démolie vers 1816, et les matériaux en furent vendus à M. Perbost, qui, ayant acheté la petite usine à soie de M. Bouffonier, à Sigalières, faisait bâtir alors le bel établissement qui couvre aujourd'hui, avec ses dépendances, tout l'espace compris entre la rivière et la grand'route, en face de la gare du chemin de fer. 

Nous pouvons ajouter, d'après le témoignage de M. Léon Picaud, qui a été le témoin de la démolition de la tour Argentière, que le bas-relief de sa maison avait toujours été vu à cette même place par son père et par son grand-père, en sorte que son arrivée là remonterait à l'époque même de la construction de la maison, c'est à dire à une date antérieure au XVIIIe siècle. Notons encore, pour l'avoir entendu dire à M. Léon Vedel, qui s'était beaucoup occupé des questions d'archéologie locale, que le bas-relief avait servi jadis d entablement à une fenêtre à croix de pierre qui datait elle-même du XIVe ou du XVe siècle, laquelle aurait appartenu à une autre construction avant d'être utilisée pour la maison Picaud. Quoi qu'il en soit, on ne peut pas douter que l'atelier monétaire fût au château, et, par conséquent, que le bas-relief vienne de là. Mais à quelle époque et dans quelles circonstances Voilà ce qu'on ignore et ce que nous allons chercher à élucider autant que le sujet le comporte. En supposant que les évêques de Viviers n'aient pas, comme beaucoup d'autres barons et prélats, battu monnaie avant le XIIe siècle, il est certain que ce droit leur fut alors reconnu par les empereurs d'Allemagne qui exerçaient en ce temps-là une souveraineté, au moins nominale, sur le Vivarais. Nous avons cité les chartes de Conrad (1146), de Frédéric 1er Barberousse (1177), et de Fréderic II (1214). En janvier 1235, Frédéric II confirma de nouveau aux évêques de Viviers le droit de battre monnaie. Bien que les évêques aient dû user auparavant d'un droit qui leur était reconnu depuis pres d'un siècle, cependant c'est à cette époque que l'on rattache la frappe d'un denier de billon, décrit par M. Poey-d'Avant, qui est la monnaie la plus ancienne que l'on connaisse de ces prélats. La sentence arbitrale rendue en 1289 par l'archevêque de Vienne sur le différend de l'évêque et du chapitre de Viviers, contient deux articles qui méritent de trouver place ici. Le premier (article 15) est relatif au coin et au partage de la monnaie :

 « La monnaie doit être frappée au coin de l'évêque. Le partage doit en être fait entre lui et le chapitre, comme il suit : le chapitre a droit sur 2 deniers pour chaque livre grosse que l'on évalue a deux marcs et demi. L'évêque jouit du reste du produit de l'hôtel des monnaies de Viviers, et même des autres de province, s'il en existe. » 

Le second (article 24), après avoir établi que l'évêque et le chapitre doivent fournir chaque année une subvention de 2 marcs d'argent pour l'entretien de la sacristie, ajoute : « L'un et l'autre pourront employer à cet effet les revenus des mines d'argent du pays d'Argentière».

 Il y avait donc un hôtel des monnaies à Viviers. Mais voici un acte de l'année 1294 où l'atelier monétaire de Largentière est nominalement indiqué. On y voit que le roi Philippe le Bel avait, au mois de mars de cette année, ordonné au sénéchal de Beaucaire de mettre empêchement, au cours de la monnaie qui se frappait à Viviers ou ailleurs, au nom de l'église de Viviers, et à laisser les choses en l'état, jusqu'à ce qu'il fût statué à cet égard par ses deux monétaires, Béchin et Daymier. Le 28 juin suivant, les deux officiers royaux, en vertu de l'autorité qui leur a été conférée, retirent tout empêchement à la frappe et au cours de la dite monnaie récemment frappée à Largentière, de celle-là seulement, et ordonnent qu'elle soit frappée, qu'elle ait cours et qu’elle reste dans les mêmes conditions.

Quelques années après, les évêques de Viviers qui avaient jusque-là accepté la souveraineté des empereurs d'Allemagne, ayant reconnu celle du roi de France, des conventions formelles intervinrent entre Viviers et Paris. Dans un premier traité signé en 1305, il est dit que le roi n'empêchera pas la monnaie de l'évêque d'avoir cours en France inter volontes. Le traité définitif ne fut signé qu'en 1307, et voici l'article qui y figure relativement à la monnaie de l'évêque :

« Nous n'empêchons pas directement ou indirectement que la monnaie dudit évêque, qu'il fait frapper dans sa terre, soit frappée, et ait cours dans la cité de Viviers et dans tout l'évêché de Viviers mais, hors dudit évêché, cette monnaie aura la même liberté qu'auront les monnaies des autres barons hors de leurs terres. Il est à remarquer que le traité de 1307 est reproduit intégralement dans les diverses confirmations que cet acte reçut des successeurs de Philippe le Bel. La dernière est de Charles VI, en date du 23 mai 1383, et le passage ci-dessus y figure également, d'où l'on peut conclure qu'à la fin du XIVe siècle comme au XIIIe, les évêques de Viviers avaient conservé le droit de battre monnaie. 

Notons ici la publication faite à Viviers en 1323 d'une ordonnance de Charles IV, datée du 15 octobre 1322, portant que nulles autres monnaies que celles spécifiées dans l'ordonnance, ne devraient avoir cours dans le royaume. Le dernier article de cette ordonnance, qui en a quatorze, est ainsi conçu: « Que nuls barons, prélats et autres qui ayent droit de faire monnoye, ne ouvreront tant que cette monnoye se fera». On comprend les abus auxquels devait donner lieu le grand nombre de seigneurs investis du droit de battre monnaie, et par suite les mesures de précaution et de surveillance que le roi avait à prendre en vue de les prévenir ou de les punir, en attendant le jour où il pourrait faire de la fabrication de la monnaie un monopole de l'Etat. C'est dans cet ordre d'idées qu'il faut chercher évidemment l'explication de l'ordonnance de Charles IV, laquelle d'ailleurs, ne s'appliquait pas exclusivement à Viviers mais au royaume tout entier. La seule indication que nous fournisse l'histoire des évêques de Viviers sur l'exploitation des mines de Largentière au XIVe siècle, se trouve dans un passage du manuscrit de l’abbé Baracand, où il est dit, sans indication de source, que l'évêque Henri de Villars, qui siégea de 1330 à 1336, « reprit à grands frais l'exploitation des mines de Largentière, et du produit répara les forteresses du comté, fit rebâtir les prisons, restaura la cathédrale, etc... » Nous laissons à de plus savants que nous le soin de traiter la question des monnaies des évoques de Viviers, nous bornant à constater, d'après les écrivains les plus compétents, qu'on en connaît huit types différents, et qu'ils paraissent être du XIIIe siècle, à part un ou deux qui seraient du XIVe, probablement du temps d'Aymar de la Voulte, qui occupa à deux reprises le siège de Viviers, d'abord de 1326 à 1330, puis de 1336 à 1365. Ainsi les évêques de Viviers ont exercé au XIIIe et au XIVe siècles (en supposant qu'ils ne l'aient pas fait auparavant) leur droit de battre monnaie. A quelle époque leur atelier monétaire, qui a pu être installé successivement à Largentière et à Viviers, a-t-il été fermé? 

En ce qui concerne Largentière, il est évident que la frappe de la monnaie a dû cesser en même temps que l'exploitation des mines. Or, il y a toute apparence que cette exploitation avait cessé même avant la découverte de l'Amérique, ce qui expliquerait l'absence de toute monnaie des évêques de Viviers au XVe siècle. Notons, en passant, que bien qu'ayant parcouru d'assez nombreux registres d'anciens notaires vivarois du XVe siècle, quelques-uns même remontant au XIVe nous n'y avons jamais vu mentionner, dans les paiements, ce qui aurait pu avoir lieu, au moins à titre d'appoint, la monnaie des évêques de Viviers. Presque toutes les transactions se font en monnaie du roi de France, quelques-unes seulement, sur les bords du Rhône, en monnaie viennoise ou valentinoise. 

Au sujet des mines de Largentière, voici comment un ingénieur éminent, qui les a visitées, explique les causes probable de leur abandon : « …Quand on voit la forme des travaux, quand on se rappelle que l'abattage se faisait au moyen du feu et nécessitait un aérage beaucoup plus parfait que ceux que réclament les travaux de nos jours, on peut croire que les difficultés, s'accroissant avec le développement de l'exploitation, purent déterminer l'abandon de ces mines qui, dans tous les cas, durent être suspendues à l'époque des conflagrations religieuses, comme le furent, à ce moment, un grand nombre des exploitations de ces contrées du midi de la France par suite des mêmes causes ». A ces considérations, nous pouvons joindre un témoignage plus précis, d'où il résulte clairement que l'exploitation de ces mines avait cessé bien avant les guerres religieuses du XVIe siècle. Voici, en effet, ce qu'écrivait vers 1560 Jean Pélisson, qui fut le premier principal du collège de Tournon «… Il appert qu'au pays du bas Vivarais, sur la ville de Largentière, en montant à Chassiers, on a tiré là autrefois inestimablement de l'argent, et encore y voit-on la terre toute renversée sens dessus dessous et les apparences manifestes desdites mines d'argent ». 

Un mot pour finir sur les mines de plomb argentifère de Largentière. Le minerai est disséminé fort irrégulièrement dans les couches dolomitiques sous forme de grains, d'amas ou veines. Les anciens mineurs creusaient les galeries au pic dans les endroits ou'la roche n'était pas trop dure ailleurs, on échauffait la paroi à entamer à l'aide d'un grand feu de bois, puis on l'inondait d'eau, ce qui la faisait éclater on en recueillait les débris on travaillait encore quelque temps au pic dans la roche désagrégée, puis on recommençait l'opération ce qui amenait une consommation de bois effrayante. Pour remédier à l'insuffisance de l'air, on usait du moyen tout à fait primitif, auquel fait allusion un article de la charte de 1208-1215, et que décrit ainsi un auteur ancien «. Quand la mine est si profonde et advant sous terre que l'air défault aux ouvriers, on a coustume user de soufflets dans la mine pour donner quelque vent, ou mettre sur la gueulle du puits des moulins aislez en forme de moulins à vent qui chassent et poussent l'air dans la mine ».

En 1885, en faisant des réparations à l'ancienne maison du président Roure (aujourd'hui maison Vital), sur la Halle, on découvrit l'orifice d'un puits, ayant près de 2 mètres de diamètre, et profond de 7 ou S mètres, au fond duquel s'ouvraient deux galeries se dirigeant, l'une vers le château, et l'autre vers le sud, parallèlement à la rivière. Ce puits, comme le fit remarquer alors une note du Bas Vivarais, a de particulier le fini de son travail, ses proportions et sa situation. Placé dans l'intérieur de la ville, à quelques mètres des remparts, ce devait être le puits principal d'entrée et de sortie, le puits de sûreté. Les puits extérieurs pouvaient être, à certains moments, attaqués ou gardes par des ennemis la sortie des ouvriers et du minerai eut été alors impossible ou dangereuse. Les ouvriers échappaient au danger, en se dirigeant sur le poste de l'intérieur, auquel devaient aboutir, au moins en partie, les galeries du bassin argentifère. Il serait curieux et intéressant de parcourir ce labyrinthe qui s'étend sous notre Veille cité et y constitue comme une ville souterraine avec ses rues, ses places et ses carrefours. Une autre entrée principale des galeries souterraines se trouve dans la cave de la maison Vernet, située de l'autre côté de la rivière, près du pont des Recollets. D'après la tradition populaire, les galeries où l'on entre de ce côté, s'étendaient sous une grande partie de la ville et seraient fort curieuses à visiter, mais d'un accès particulièrement difficile. Nous devons toutefois mettre en garde les savants et les curieux contre une prétendue lettre de M. Genssane publiée par une feuille locale il y a une vingtaine d'années, dont l'habile rédaction pourrait faire croire qu'elle émane, en effet, du savant minéralogiste qui a écrit l'Histoire naturelle du Languedoc.

Cette lettre, simple reflet de la tradition locale, fut imaginée dans le but de provoquer des recherches sur les anciens travaux des mines de Largentière, et le journal à qui elle fut envoyée ne s'est jamais douté de la mystification. Quelques ingénieurs ont émis l'avis que, vu l'imperfection des anciens moyens d'exploitation, les parties inférieures des couches métallifères de Largentière n'ont pas été atteintes et renferment encore une quantité notable de métal. La chose est possible, mais la cherté de la main d'œuvre et la concurrence des métaux étrangers n'en rendraient pas moins toujours l'exploitation incertaine. Une tentative eut lieu dans ce sens en 1857, et il y eut vers 1872 jusqu'à 125 ouvriers. Mais l'expérience ne fut pas longue, et en 1880 tous les travaux étaient abandonnés…


Sources:

- Gallica


Photos:

- Jimre (2016)




Posté le 05-02-2017 14:19 par Jimre

Désaignes

Le village est très ancien et l’origine du nom pourrait venir de l’époque grecque et romaine. La tradition veut qu’il y ait eu un temple dédié à la déesse romaine Diane, déesse de la chasse et de la nature sauvage, celle que les grecs appelaient Artémis. Selon le linguiste Court de Gebelin,  Diane s’écrivait Deiana et se prononçait Daïana puis par évolution au cours des  siècles est devenue Dejana, Déjany, Désana Dézagne Désagne et enfin Désaignes.

Désaignes est situé dans cette partie du Vivarais, située  entre le Doux et L’Eyrieux, qui a toujours partagé le sort du Valentinois. On appelait d’ailleurs cette région Valentinois occidental et elle appartint jusqu’à la Révolution au diocèse de Valence. Elle fut rattachée après la chute de l’Empire romain au royaume de Bourgogne, puis passa dans le domaine des rois de France puis fut partie du royaume d’Arles et Provence lorsque Boson, comte puis duc,  se fit élire roi à Mantaille en 879 par 23 évêques venant de tout le sud-est. Pour l’anecdote, il possédait près de Désaignes le château, terre et paroisse d’Arlebosc et il en fit don à l’église du Puy en Velay avec les autres biens qu’il possédait aux environs…selon les dires de l’érudit Michel de Chazotte.

Les historiens du Languedoc, tels dom Vic et dom Vaissette, soutiennent qu’au Xe siècle, le Vivarais était déjà une possession des comtes de Toulouse tout en reconnaissant que Rodolphe, roi de Bourgogne et de Provence « fut reconnu en l’an 993 dans la partie du Valentinois qui est en Vivarais ». La région de Désaignes partagea donc les vicissitudes du Dauphiné et fut terre du Saint Empire Romain Germanique jusqu’au XIIIe siècle.

L’archiviste A. Prudhomme a précisé que jusqu’en 1239, les comtes du Valentinois, vassaux d’Empire pour leurs possessions sur la rive gauche du Rhône, tenaient en franc alleu la portion de leur état situé sur la rive droite du Rhône. A cette date, Aimard III les soumit à la suzeraineté des comtes de Toulouse et en 1271, cette suzeraineté passa au roi de France, leur héritier. Il semble cependant que le Valentinois, revendiqué par le duc de Savoie, y compris dans sa partie occidentale, ne fut réuni à la France qu’en 1446.

Au Moyen-Age, Désaignes était une ville importante avec 2500 à 3000 habitants.  Elle était entourée de remparts, qui à la fin du XIVe siècle, au moment de la guerre de Cent Ans, faisaient 3 pieds d’épaisseur, soit environ un mètre, et 30 pieds de hauteur, soit presque dix mètres. Ils étaient percés de quatre portes dont trois sont toujours en place. En 1550, Désaignes était une des 27 villes closes du Vivarais.

A l’écart de la circulation moderne, Désaignes a donc conservé son aspect médiéval avec notamment deux bâtiments chargés d’histoire. Une grande bâtisse et ses contreforts, communément appelée « Temple de Diane » contre lequel est venu s’appuyer en 1822 le temple protestant. Ce devait être la première forteresse en dur du XIIe siècle des seigneurs de Retourtour.

Le château du XIVe siècle, dans lequel Odon de Retourtour fit son testament en 1319. A l’intérieur, encore bien conservé, un escalier à vis de 72 marches, chacune formées d’une seule pierre taillée, des cheminées monumentales, le départ d’un passage souterrain et une magnifique petite chapelle typique du XVe siècle. Il fut pourvu de belles fenêtres de style Renaissance, et d’une grille en fer forgé du XVe siècle également. Il abrite aujourd’hui le musée du village.

Le dernier siège de Désaignes eut lieu en 1587 lorsque les troupes de Chambaud voulurent prendre la ville.


Sources:

-Dépliants fournis pour la visite et panneaux situés dans le village


Photos:

-Jimre (2015)


Posté le 12-11-2016 18:36 par Jimre

Mirabel

Bien visible depuis la RN 102, le village de Mirabel, situé sur le rebord méridional du Coiron, domine la vallée de la Claduègne. Il est surplombé par une tour, vestige d’un ancien château. C'est à sa position qu'il doit certainement son nom qui vient de l'adjectif latin mirabilis, signifiant « admirable ». Du rocher qui s’avance en pointe sur le village, le plus bel horizon s’offre au visiteur. 

Cette plateforme volcanique à 550 m d’altitude nous permet d’embrasser un vaste territoire (un tiers dit-on) du département et d’apercevoir 17 clochers. La plateforme avec sa falaise de basalte servait de promontoire aux châteaux qui l’occupaient. 

Du pied de cette falaise jusqu’au château qui a survécu, des escaliers (pas d’âne) nous permettent, en montant, d’admirer le village. Sur la place du château, une croix érigée en bordure du promontoire rappelle la mémoire de Liselotte Margot décédée en 1983. De ce promontoire, on peut situer au loin la montagne de La Dent de Rez, la tour de Brison et le rocher d’Ajoux.

Histoire

Rien n’indique de façon précise l’origine première de Mirabel qui se trouve à proximité du tracé qu’empruntait la voie romaine d’Antonin le Pieux, à la grande époque de l’Helvie avec sa capitale Alba et l’oppidum de Jastres à Lussas. 

Cette voie passait effectivement sur le territoire actuel de la commune (cf. « La voie romaine des Helviens »), mais pas sur le site où il n’y a aucun témoignage d’une occupation à l’époque gallo-romaine, sinon quelques fragments de tegulae retrouvés à une centaine de mètres de la tour.

Au XIIIe siècle, la seigneurie de Mirabel se compose de deux châteaux en coseigneurie qui occupent le plateau basaltique:

- A l’Est, le château d’une famille originaire d’Arlempdes en Velay, les Mirabel. Se suivront Louis, Pierre, Etienne, Pons, Gabriel puis Louis d’Arlempdes, François Rostaing et enfin Marie Pauline de Surville.

A l’Ouest, le château des seigneurs de La Gorce, d’Apchier, Astards, de Flotte, La Roche et enfin de Monteil.

Au XVIIe siècle, les deux familles seigneuriales entrent en conflit. Gabriel II de Mirabel, protestant, s’empare du château du seigneur de Flotte de la Roche, catholique.

En 1628, Henri II de Montmorency, gouverneur du Languedoc sous Richelieu, décide de reprendre la forteresse, qui ne peut rester un obstacle sur la route d’Ales à Privas et pour cela fait le siège de Mirabel. 

Il attaque la place le 11 Juin 1628. Après quatre jours de siège, une brèche est percée dans le rempart sud de la ville. Le bourg est investi et incendié par l’armée de Montmorency, appuyée des régiments des seigneurs de Montréal, Balazuc, Logères et l’Estranges.

Siège 1628

Le 15 Juin 1628, Louis de Mirabel capitule après que Montmorency ait fait tirer 300 boulets de canon.

Louis d’Arlempdes de Mirabel est épargné et part se réfugier avec sa famille et les hommes de sa garnison. Le roi lui laisse sa part de seigneurie. Il aura donc toujours le droit de percevoir les cens et de continuer à rendre la justice. Mais le château Est est quant à lui démantelé sur ordre de Richelieu.

En 1723, les Mirabel parviennent à réunir toute la seigneurie. Ils habitent maintenant le château du Pradel dont ils ont hérité en 1703. Aujourd’hui centre de Recherche et espace Culturel, le Pradel est l’ancienne demeure d’Olivier de Serres (1539-1619), reconnu pour ses recherches en agronomie et dont les descendants ont dû s'enfuir à Privas après le siège de 1628.

Au XVIIIe siècle, le bourg est animé par des commerçants et des professions libérales, tels que le couturier Chautaduc, le notaire Avias, le dentiste Boyrel, le cardeur Gente, le cordonnier Raoux, soit environ 150 familles.

Les traces du Passé

Du château oriental, démantelé au XVIIe siècle sur ordre de Richelieu, on ne voit plus que quelques traces de murs à fleur de terre, marquant entre autres l’emplacement du donjon. Du château occidental, qui a subi les mêmes vicissitudes, a subsisté, miraculeusement pourrait-on dire, le donjon carré. Construit en moellons de basalte noir, les chaînages d’angle seuls étant en calcaire clair, vraisemblablement pour des raisons de facilité de construction, il présente l’aspect dichromique noir et blanc caractéristique de nombreux édifices du Coiron et des villages alentour (Lussas, Lavilledieu…). 

Il aurait été élevé vers la fin du XIIIe siècle. Au pied, on trouve divers bâtiments dont la construction s’échelonnerait du XIIIe au XVIIIe siècle. Comme pour le château oriental, des traces de murs très arasés marqueraient l’emplacement de l’ancienne enceinte. De 1972 à 1995, de gros travaux de fouille et de restauration ont été réalisés par le propriétaire à qui l’on doit également de nombreux relevés.

Le très pittoresque village qui s’étend au pied garde le souvenir de l’ancien bourg castral. Il possédait deux enceintes, dont la dernière, datant vraisemblablement de la fin du XIVe siècle, est encore assez bien conservée. 

Après les guerres de Religion, les habitants reconstruisent leurs maisons dans la même enceinte du XIVe siècle. Le principe de construction des entrées et des fenêtres est modifié. Sur les linteaux, les arcs de décharge sont conçus par des artisans venus des Cévennes avec des origines andalouses.

Après avoir franchi la porte sud, dite porte des Aires, on peut emprunter de vieilles ruelles entre le premier rempart des XIIe et XIIIe siècles et le second du XIVe siècle. On arrive à un passage voûté, dit de Landrome, ce qui signifie « passage des hommes en armes ». Plus loin, toujours à gauche, une bâtisse attenante à une ruine nous rappelle la présence de la chapelle des protestants, qui porte sur sa façade la croix du Languedoc, « accords de La Rochelle 1620 » et à droite se présente une porte surmontée d’un linteau de granit sur lequel est sculpté un cœur pointe en haut.

On trouve également une autre  porte dite « des fontaines » surmontée du clocher, à l’est du village.

A voir aussi…

L’église paroissiale Saint-Étienne, située au sud-est du bourg fortifié, très en dehors des anciens remparts, aurait été élevée vers la fin du XIIe siècle. Mais l’existence d’une construction plus ancienne est attestée par le « Pouillé des donations de l’Église de Viviers faites à Saint-Vincent », plus couramment désigné sous le nom de charta vetus, établi aux alentours de 950, qui en fait mention. Pierre Margot  pense que : « L’implantation ecclésiastique doit être bien antérieure à l’organisation féodale et à la naissance … de la Seigneurie de Mirabel » et que : « Il est donc presque certain que l’édifice actuel a été précédé, au même emplacement de toute évidence, par une ou plusieurs églises dont on retrouverait des traces en procédant à des fouilles archéologiques méthodiques. »


Sources:

- Panneau dans le village

- Site http://www.patrimoine-ardeche.com/visites/mirabel.htm


Posté le 15-02-2016 20:37 par Jimre

Thorrenc

Description

Ce charmant castel est composé de trois tours. La plus ancienne semble être le donjon, une tour rectangulaire dont l’accès s’effectue au premier étage. Seules quelques rares et étroites ouvertures éclairent l’intérieur. Les étages de celui-ci étaient entièrement planchéiés. Il aurait été construit vers 1360 par le cardinal de Colombier, seigneur du lieu. La tour ronde au sud-est, avec ses meurtrières horizontales, date du XVe siècle. Dans cette tour se trouvent des oubliettes. La troisième, plus récente, daterait du début du XVIe siècle. Des bâtiments adossés au donjon forme un corps de logis Renaissance. Un autre bâtiment a été ajouté ou réparé à une époque encore plus récente XVIIe siècle ou XVIIIe siècle…

Historique

Siège d'une baronnie, l'histoire du château remonte au moins à 1025. Après la Révolution, il a appartenu aux familles annonéennes, Desfrançais de l’Olme, Bechetoille, Marthoret par héritage puis après une vente aux familles annonéennes Mignot et Lapize de Sallée, Il a été habité, semble-t-il, jusque vers 1850 – 1860. Ensuite il a été progressivement oublié sous la végétation jusqu’au milieu du XXe siècle siècle. Les vestiges ont été inscrits au titre des monuments historiques le 28 décembre 1950. Après une autre vente en 1964, il est restauré et de nouveau occupé. Il a changé plusieurs fois de propriétaire depuis et ne se visite pas.


Source:

- Wikipedia

Posté le 30-11-2015 22:34 par Jimre

Vernoux la Tourette

Photos:

- Jimre(2013)

Posté le 21-06-2015 08:36 par Jimre

Serrieres

Photos:

- Jimre(2012)

Posté le 21-06-2015 08:34 par Jimre

Oriol

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 08:21 par Jimre

Le Teil

Photos:

- Jimre(2014)

Posté le 21-06-2015 08:20 par Jimre

Cruas

Photos:

- Jimre(2014)

Posté le 21-06-2015 08:07 par Jimre

Thorrenc

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 08:06 par Jimre

Beauchastel

Accroché au flanc d'un éperon rocheux au confluent du Rhône et de l'Eyrieux, Beauchastel se reconnait à son puissant donjon carré. Ses maisons en schistes de la montagne et en galets de l'Eyrieux, dont la maison des seigneurs, ses passages couverts, ses escaliers tortueux et ses ruelles étroites grimpent au bas de la colline jusqu'à la place du village.


Photos:

- Jimre(2013)

Posté le 21-06-2015 08:04 par Jimre

Charmes sur Rhône

On parle de Charmes sur Rhône dans la page sur Crussol.


Photos:

- Jimre(2013)

Posté le 21-06-2015 08:03 par Jimre

Ventadour

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 08:02 par Jimre

Salavas

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 08:01 par Jimre

Saint Thome

A l’extremité de l’éperon rocheux occupé par le village, face à Viviers, le château domine fièrement la convergence entre les rivières de l’Escoutay, du Dardaillon et de la Nègue.

L’origine du château est mal connue, les archives du village ayant brûlé en 1793. Son architecture montre que le corps principal avec sa porte à pont-levis (disparu) et ses deux tours (XVIe siècle) s’appuie sur un donjon rectangulaire moyenâgeux (XIIe ou XIIIe siècle).

Dans le  chastelas vivait le chanoine precempteur (chef de chœur) de la cathédrale de Viviers. Ces agrandissements réalisés pendant les guerres de religion s’inséraient dans un ensemble fortifié protégeant le village. En 1635, Richelieu, après avoir pacifié le Vivarais en fit désarmer la plupart des forteresses. A cette époque, la partie supérieure du château fut arasée et les remparts détruits.

Entre 1599 et 1777, le château a appartenu à deux puissantes familles ardéchoises, les Vesc puis les La Garde de Chambonas (issus de Chambonas près de Vans. Il a été acheté en 1777 par Jacques de Mercoyrol de Beaulieu, maréchal des camps originaire de Viviers, qui y entreprit de considérables travaux de rénovation. C’est lui qui a fait disparaître les meneaux horizontaux des fenêtres de façade.

En ruine au XIXe siècle, Le château a été entièrement restauré dans les années 1970-1980 et il est toujours habité par la famille de Mercoyrol de Beaulieu. 


Sources:

- Panneaux situés dans le village


Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 08:00 par Jimre

Rochecolombe

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:59 par Jimre

Rochebonne

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:58 par Jimre

Montreal

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:56 par Jimre

Montlaur

Note: On parle de Montlaur ici et .


Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:56 par Jimre

Mirabel

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:55 par Jimre

Le Cheylard

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:54 par Jimre

Labastide de Virac

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:53 par Jimre

Hautsegur

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:51 par Jimre

Desaignes

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:50 par Jimre

Chadenac

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:49 par Jimre

Brison

Brison

Belvédère unique de la région Largentiéroise, ce site offre une vue remarquable sur le Vivarais. Le panorama s’ouvre en effet sur 36 villages des alentours nichés entre les Cévennes et l’Ardèche Méridionale, sur le Mont Ventoux et sur le Mont Blanc.

L’ensemble castral de Brison, a dû être construit au XIIe siècle et serait contemporain des ensembles fortifiés de Largentière et des alentours (Montréal, Tauriers, Chassiers, Fanjeaux…)

Poste de guet exceptionnel, il devait contribuer à la protection des mines d’argent de Largentière. C'est pour cela qu'elle a été conservée et a encore une fonction de surveillance de nos jours...

Vers 1705, les pierres ont servi à la construction du « château-neuf », édifié au-dessus du hameau de Brison, et que l'on peut apercevoir aujourd'hui en montant à la tour.

Le dernier propriétaire fera don de la tour à la commune de Sanihac en 1978. En 1989, Robert Brugere fonde l’association des « Amis de la Tour » afin de sauver ce qu’il en reste. Les travaux de rénovation débutent débutent en 1990 avec le soutien de la commune. La tour principale est aujourd’hui rénovée et elle a même gardé son rôle de vigie…car en Juillet et Août, ce sont les guetteurs du SDIS qui peuvent détecter le moindre feu de forêt dans un rayon de plus de 100 km à la ronde.

La légende de la Tour de Brison

Le seigneur de Brison, combattant aux croisades, est fait prisonnier. En Ardèche, on le considère disparu et sa femme va épouser un seigneur voisin, ancien ennemi…En Palestine, le mari prisonnier reçoit la visite du Diable qui lui annonce la nouvelle. Brison est furieux et Satan en profite pour lui proposer un pacte. Moyennant le don de son âme, il pourrait le libérer de ses chaînes puis de l’amener au château pour empêcher le mariage.

La légende se termine lorsque le mari, vieilli et amaigri, n’est pas reconnu par son épouse et qu’il rompt le pacte fait avec le Diable. De rage, celui-ci fait jaillir un énorme éclair qui ébranle la tour.

Et depuis, chaque  31 Décembre à Minuit, il vient emporter une pierre de la tour. Lorsque la dernière aura disparu, ce sera la fin du Monde !!!


Source:
- Panneau situé au pied de la tour


Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:48 par Jimre

Boulogne

Le château est attesté pour la première fois en 1119 dans les archives, mais ses caractéristiques font penser qu’il a été fondé au XIe siècle, pour assoir le pouvoir de la seigneurie Boulogne, qui s’étend sur les communes environnantes. Le château est alors possession des puissants comtes de Poitiers Valentinois, qui possèdent de nombreux autres châteaux et terres aussi bien à l’est qu’à l’ouest du Rhône.

En 1384, la seigneurie de Boulogne est rachetée par Raoul de Lestrange, originaire du Limousin. Le château est renforcé ; le fossé est approfondi, équipé d’un pont fixe et les remparts sont doublés, pour mieux résister aux armes à feu, qui font leur apparition.

En 1510, Louis de Lestrange est le quinzième seigneur de Boulogne, descendant direct de Raoul. Sa femme, Marie de Langeac, qu’il épouse en 1527, est un personnage important à la cour de François Ier. Au début de cette période, les défenses de Boulogne sont renforcées pour mieux résister aux canons, qui ont gagné en puissance. C’est alors que la grande tour circulaire est construite, et que le rempart actuel est édifié. Puis la forteresse se transforme en résidence Renaissance ; le fossé de la fin du Moyen Âge est couvert d’un « boulevard » (grande voûte) et la porte renaissance, précédée d’un pont-levis, est construite, encadrée par deux corps de garde. C’est aussi à ce moment-là que les premiers bâtiments sont construits contre l’enceinte.

Dans les premières années du XVIIe siècle, la région connait un regain de tension entre catholiques et protestants lorsque le seigneur d’alors, Claude Hautefort de Lestrange, catholique, épouse Paule de Chambaud, dame de Privas et fille d’un chef protestant.

En 1632, déçu par la politique de Richelieu, il participe à une révolte contre le pouvoir qui échoue. Il est fait prisonnier puis décapité. Durant cette période, le château ne connait pas de long siège et évolue peu. Tout au plus, après les guerres de la première moitié du XVIIe le portail est-il remanié tel qu’on le voit aujourd’hui. De style maniériste et baroque, doté de deux colonnes torses, il présente une originalité et évoque la fin du XVIIe ou le début du XVIIIe.

Durant la Révolution, le vingt-cinquième et dernier seigneur de Boulogne, Charles César de Fay, marquis de la Tour Maubourg, s’enfuit en Suisse. La population de la région envahit le château pour confisquer les poids et mesures qui servaient au calcul des redevances seigneuriales. Le château est alors vendu comme bien national. En 1820, un habitant de la région l’acheta pour s’en servir de carrière et vendre les plus belles pierres.

En 1917, le château, ou plutôt ce qu’il en reste,  est classé Monument Historique. Depuis 1970, les ruines sont régulièrement consolidées.


Sources:

- Panneau devant le château


Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:47 par Jimre

Borne

Petit village typiquement cévenol composé de maisons en pierre granitique, Borne est entouré de belles châtaigneraies centenaires.

Le village est caractérisé par une tour, vestige du château féodal des puissants seigneurs de Borne qui régnèrent sur la région au Moyen Âge. Ils donnèrent une partie de leurs terres aux religieux qui fondèrent l'abbaye des Chambons.

Victimes de pillages à la Révolution, le château et l'abbaye furent presqu'entièrement détruits.

Un chemin passant dans des ruines nous emmène sous le château qui surplombe la Borne, une des plus belles rivières du département.


Source:

- Panneau situé dans le village.


Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:43 par Jimre

Balazuc et Tour de Toussaint

Surplombant la rivière Ardèche, Balazuc, accroche ses pierres à flanc de paroi, dévalant la falaise. Il a conservé un riche patrimoine, restauré au fil du temps, avec son donjon carré du XIIe siècle, son église romane, ses maisons, ses ruelles tortueuses, ses escaliers et ses rampes empierrées.


Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:42 par Jimre

Aubenas

Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:41 par Jimre

Alba la Romaine

Alba Helvorum, Aps, Alba et enfin Alba la Romaine…

Dans la plaine viticole, au sud du massif du Coiron, Alba la Romaine, est dominée par son imposant château. De son statut de chef-lieu antique, elle conserve de nombreux vestiges du passé.

Dans l’Antiquité, Alba Helvorum, cité gallo-romaine est le chef-lieu administratif, politique, économique et religieux du territoire des Helviens, peuple gaulois romanisé, qui occupe alors les deux tiers sud de l’Ardèche. Ville sans remparts, la cité est installée dans la plaine sur les voies de communication qui relient la vallée du Rhône au Massif  Central. Elle se développe du Ier siècle avant J.C. au IVe siècle après J.C., où , dans le mouvement du christianisme, elle devient siège épiscopal. En 475, le déplacement du siège épiscopal d’Alba à Viviers, accentue le déclin déjà amorcé. 

Sur l’emplacement de la ville romaine est aujourd’hui construit le site archéologique qui rassemble les principaux vestiges mis à jour de la cité gallo-romaine qui s’étendait sur près de 30 hectares : le centre monumental qui regroupait les fonctions administratives, le Cardo (rue commerçante), le sanctuaire du culte impérial et le théâtre antique (classé monument historique en 1959). Le musée complète cette vision panoramique par la présentation d’objets retrouvés au cours de fouille et d’expositions.

La paix romaine ayant disparu, on assiste à un déplacement de la ville de l’autre côté de la rivière Escoutay. Au XIe siècle, le bourg d’Aps se développe autour d’un dyke basaltique, sur lequel est construit un donjon quadrangulaire vraisemblablement à l’initiative des évêques de Viviers, alors possesseurs de la seigneurie. Le bourg est quant à lui protégé par une enceinte.

Le premier donjon, si l'on en croit Albin Mazon (1828-1908), était encore visible avant les restaurations effectuées sur le château du XIXe siècle. La résidence seigneuriale d'origine est peu connue et sera modifiée sans cesse au cours des siècles avec l'ajoût de plusieurs corps de bâtiments qui donnent au château la silhouette que l'on peut voir aujourd'hui. La partie nord-ouest du batiment comporte encore des vestiges du château médiéval. Bâtiment rectanguliare appelé "le vieux bâtiment" au XVIIIe siècle, il est actuellement en ruine. Sur sa face ouest, les vestiges d'un système d'accrochage de hourd, témoins d'un ancien chemin de ronde en bois rappellent la fonction défensive de l'édifice.

Outre les premiers seigneurs laïques qui ont donné leur nom au lieu (Aps), plusieurs familles ont possédé la place : les Douchanès (ou les Deux-chiens), puis les Adhémar de Grignan, pendant près de trois siècles, jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Au XVIe siècle, les remparts de la ville comportent quatre portes et plusieurs tours. On y adosse l’église Saint André, construite inta-muros.

Au XVIIe siècle, avec Georges de la Baume de Suze, promu comte d’Aps et baron de la tour du Vivarais par Louis XIII, la demeure seigneuriale est considérablement modifiée. En 1620, c’est là que se réunissent les Etats Généraux du Vivarais.

Vers 1880, le docteur Gaillard, enfant du pays, réunit la propriété et entreprend des restaurations. Les propriétaires se succèdent jusqu’en 1975, où le docteur Magdeleine Frimat entreprend d’autres restaurations puis ouvre le château au public. Ses enfants continuent aujourd’hui son œuvre et le château abrite des expositions chaque été.

Le château a été classé Monument Historique en 1939.

Du Moyen-Âge, donc, la ville a gardé l’organisation concentrique au pied du château, les étroites ruelles et les vestiges des remparts. Les maisons en basalte et en calcaire accentuent son caractère particulier. 

Au XIXe siècle, les modifications de l’enceinte (percement d’ouvertures dans les remparts, destructions de tours et de portes) et le comblement des fossés amorcent l’extension vers l’ouest.

L’achèvement du groupe scolaire (1889) marque le déplacement officiel du centre du village. En 1903, la commune perd son nom d’Aps et retrouve son nom antique d’Alba et en 1983, le village prend le nom officiel d’Alba la Romaine.

Le hameau de la Roche

Non loin de la cité, à quelques minutes à pied, on peut également voir le hameau de la Roche, petit bourg fortifié au XIIIe siècle. Il a conservé lui aussi son organisation ses maisons anciennes et ses ruelles médiévales ainsi que des vestiges de l’enceinte et du donjon, construit sur un neck basaltique d’origine volcanique, le Roc Saint Jean. La petite bourgade est composé de maisons anciennes et de ruelles médiévales ainsi qu’une chapelle du XVIIe siècle.

L’enceinte comportait sept tours et trois portes. On peut voir de nos jours le portail de la trappe, au nord, qui conduit à l’Escoutay et la tour et la porte de Bressac, au sud-est. La maison commune, qui abritait le four banal au XVIIe siècle, est elle aussi encore visible.

Au XVIIe siècle, les habitant de la Roche, qui dépendaient encore jusque-là du prieuré de Saint Martin, décident de construire une chapelle intra-muros, qui sera achevée en 1675. Elle est de plan simple, à une nef et une travée. Sa cloche, bénie en 1692, a été déplacée au moment de la Révolution, à l’église Saint Laurent de Viviers, d’où elle a disparu. La chapelle a été restaurée dans les années soixante avec le projet d’en faire un musée archéologique et un lieu d’exposition. Une mosaïque antique à motifs géométriques noirs et blancs, découverte dans la villa d’un riche albain, y a été scellée au sol.


Sources:

- Article construit à partir des panneaux situés dans le village.


Photos:

- Jimre(2015)

Posté le 21-06-2015 07:40 par Jimre

Lamastre

Photos:

- Jimre(2013)

Posté le 21-06-2015 07:38 par Jimre

Voguë

Le château a été érigé au XIe siècle par la famille éponyme, qui régnait à l'époque sur le territoire. Au départ, il s'agissait d'un donjon carré. L'entrée se faisait là où ont été aménagés les jardins suspendus.

Au cours de siècles, de multiples remaniements ont modifié l'aspect du château, au gré des différents propriétaires et des époques. Il passe en effet aux mains des seigneurs de Lagorce, puis de Rochemure de Besset, au XIVe siècle. Ils ajoutent les quatre tours et le château prend alors une forme quadrangulaire. En 1603, la famille Voguë reprend possession de son bien. Le château devient une demeure luxueuse jusqu'à la Révolution où la famille perd à nouveau son bien.

Le château se dégrade pendant presque un siècle jusqu'à ce qu'en 1840 où Leonce de Voguë le rachète. Il est restauré puis utilisé comme école par les soeurs Saint Joseph d'Aubenas jusqu'en 1960.

Il appartient de nos jours toujours à cette famille mais il est administré par l'association Vivante Ardèche depuis 1971.


Source:

- Le Dauphiné Libéré du 10 Août 2012

Posté le 10-04-2014 17:08 par Jimre

Rochebloine

Des ruines du château de Rochebloine, on découvre un magnifique panorama sur la vallée du Doux, le Mont Mézenc et le Mont Gerbier de Jonc, d'une part, et sur la chaîne des Alpes, d'autre part.

Ces ruines, il ne reste qu’un pan de mur, constituent le témoin de l’origine de Nozières (terme issu du latin : noyer). Quelques maisons s’étagent en contrebas du site du château mais le village de Nozières, situé un peu plus bas était probablement un péage sur la route reliant la vallée du Rhône au Puy en Velay.

Au Moyen Age, le roi de France avait cédé aux barons de vastes territoires en échange de leur fidélité et de leur soutien en temps de guerre. Ces barons redistribuaient de même aux seigneurs vassaux leur vaste domaine selon le principe de la féodalité.

Vers 1050, la baronnie des Clérieu installa à Rochebloine un seigneur, vassal de Clérieu dont le mandatement (ensemble des territoires dépendant de la place forte) comprenait une partie des actuelles communes de Nozières, Desaignes, La batie d’Andaure et Pailharès. Le seigneur de Rochebloine en retirait taxes, droits et impôts.

Le plus ancien document conservé faisant état de Rochebloine, date de 1253. Saint Louis régnait alors sur le royaume de France. D’autres écrits viennent éclairer un peu plus l’histoire.

En 1262, Roger de Clérieu cède Rochebloine et son mandatement à Guigue, comte de Vienne et d’Albon.

En 1285, les hommes d’armes de Rochebloine attaquent le seigneur de Rochepaule. L’attaque aurait fait 200 morts.

En 1288, suite à ce délit et à des dettes envers le roi, le bailli de Boucieu le Roi, nommé Dragon, prend Rochebloine qui devient propriété du roi Philippe IV Le Bel.

En 1295, Rochebloine est rendu au comte de Vienne.

En 1296, Alix de Viennois apporte en dot Rochebloine à son époux Jean 1er, comte du Forez. Le château et son mandatement deviennent alors le bien de la province du Forez (ils le resteront jusqu’à à la révolution de 1789).

Dès cette époque, les seigneurs quittent le château pour s’installer à Pailharès dans le confort d’un prieuré. Ils maintiennent juste une garnison à Rochebloine. Se succèdent seigneurs et châtelains : Odon V, Guillaume Durfour, Guy Allamand de Villeneuve, Renaud de Forez, François de Beaudiner.

En 1360, à la signature du traité de Brétigny, le roi de France est libéré par les Anglais, les troupes sont démobilisées. Les mercenaires, sans travail, appelés « tard venus » ou « routiers », vont piller et démolir la province du Forez. Des capitaines châtelains sont alors nommés comme chefs de garnison dans les châteaux. A Rochebloine , on y dénombre Boquet de la Vaure, François de Coing, Pierre Colin…

En 1376, Pailharès a supplanté Rochebloine qui, semble-t-il, est abandonné et détruit peu à peu par les «routiers». Le château servira alors de carrière pour les habitations proches.

Une célèbre légende a traversé les siècles. La légende de la main sanglante voudrait qu’une fille du Seigneur, violentée, ait posé sa main sur un mur et qu’il en resterait encore aujourd’hui une trace sur les ruines, au-dessus d’une porte.

Un ou plusieurs souterrains, jamais retrouvés, ont probablement existé, ils reliaient le château à la rivière Doux, en contre bas.

En 1523, Antoine d'Henris, notaire à Pailharès, était greffier de la cour de justice de Rochebloine.

Et pour terminer au recensement de 1881 Nozieres comptait 1532 habitants.


Sources:

- P .Y. Laffont, V. Gamon , E.Bacher sur le site Nozieres-Ardèche

- Site sortir.local.fr


Photos:

-Jimre(2013)



Posté le 10-10-2013 10:01 par Jimre

Pierre Gourde sur Gallica

Informations trouvées dans le livre "Le nobiliaire du Velay etde l'ancien diocèse duPuy : noms féodaux par le vicomte Gaston de Jourda de Vaux" sur le site Gallica.fr de la Bibliothèque Nationale de France.


PIERREGOURDE (DE) (surnom : DE LA MARETTE)

(Vivarais).

Seigneurs de Pierregourde, Châteaubourg, le Bousquet, la Marette (La Pleyné, Marette-sur-Gluiras), etc. (Vivarais), Chanteloube, etc. ; cosgrs d'Arsac (Velay), Chalencon, etc. (Vivarais).

Armes : d'argent, au sautoir de gueules, cantonné de quatre étoiles de même.

NOBILIAIRE DU VELAY 89

PL II, — Fig. 14; alias : parti : au I, de gueules, au levrier rampant et contourné d'argent; au 2, d'azur, au dauphin d'or; au chef cousu de gueules, chargé de trois étoiles d'or. — Pl. II. — Fig. 15.

Sceau de Hugues de Pierregourde, fils d'autre Hugues de Pierregourde (1251) : « un chien (ibid.) » (Chorier).

Sceau d'Aymar de Pierregourde (frère de Hugues, cité en 125 1) : « un chef» (ibid.).

Ces deux sceaux, nous dit Chorier, sont pendants à un acte dressé au château d'Ypaix, par lequel lesdits de Pierregourde cèdent à Aymar, comte de Valentinois, 28 livres viennoises, qu'ils levaient auparavant sur les péages d'Estoile et de Chalencon en Vivarais.

Pierregourde (Petragorda, Pierregorde), d'où la Maison objet de cette notice, a pris le nom, se trouve dans la commune de Gilhac-et-Bruzac, cant. de la Voûte-sur-Rhône, arr. Privas.

La filiation de cette Maison remonte à :

I. Hugues de Pierregourde, sgr dudit lieu, qu'il reconnut en 1237 et 1257, à Philippa de Fay, dame de la Voûlte en Vivarais, femme d'Aimar de Poitiers, comte de Valentinois. Il fut père de :

II. Hugues II de Pierregourde, chevalier, sgr dudit lieu (suivant hommage du 28 avr. 1280) ; ép. Luguette de Pierregourde,

d'où :

III. Hugues III de Pierregourde, sgr dudit lieu ; se reconnut vassal, le 21 févr. I311, de N. Bermond d'Anduze. Il fut père de :

IV. Giraud de Pierregourde, sgr dudit lieu ( 1355), père de :

V. Hugues IV de Pierregourde (« de Pierre Gorde »), sgr dudit lieu; renouvela, le 20 nov. 1325, à l'Evêque du Puy, les hommages que son ancêtre, Hugues Ier, avait rendus en 1237 et I 257. De plus, il avait reconnu en 1343 et 1345, audit Evêque, le mas et le terroir de Chanteloube (par. de Saint-Pal-de-Mons, au dioc. du Puy), ainsi que le pré et le cros appelés Arsac, avec toute juridiction. Il épousa, le 20 nov. 1325, Diane de la Marette, dame dudit lieu, dont postérité qui prit le nom de « de la Marette ».

VI. Hugues V de Pierregourde, dit de la Marette, sgr de Pierregourde ;

ép. Judic Bastet, fille de Jean, sgr de Crussol, et de Béatrix de Poitiers. Devenue veuve, Judic reconnut le fief de Pierregourde, le 20 janv. 1348 :

VII. Hugues VI de Pierregourde, dit de la Marette, sgr de Pierregourde, suivant hommage qu'il en rendit, le 27 juill. 1367 ; ép. Aygline de Labiac : d'où :

VIII. Hugues VII de Pierregourde, dit de la Marette, sgr de Pierregourde ; ép. Catherine de Montagut, d'où :

IX. Hugues VIII de Pierregourde, dit de la Marette, sgr de Pierregourde (suivant hommage qu'il en rendit, le 31 mai 1416); fut père de .

1° Claude, qui suivra; 2° Alexandre, prieur de Lusson (15o8).

X. Claude de Pierregourde, dit de la Marette, sgr de Pierregourde (1460); ép. Françoise de Grognan, d'où :

XI. Joseph de Pierregourde, dit de la Marette, sgr de Pierregourde en 1523 ; ép. Françoise « du Roure », d'où :

XII. Alexandre de Pierregourde, dit de la Marette; fit le dénombrement de ses biens, le 14 avr. 1540, et testa le 14 juill. 1558. De son mariage contracté avec Claude de la Margouse (citée en 156o, comme étant veuve de lui), il laissa :

1° Louis, qui suivra; 20 Claudine, citée après son frère.—

XIII. Louis de Pierregourde, dit de la Marette, sgr de Pierregourde, Pleyne; combattit à Dreux dans les rangs catholiques

90 NOBILIAIRE DU VELAY (19 déc. 1562). Ayant embrassé le parti protestant, il fut tué à Musignac( Mensignac, au lieu-dit Chanteloup) près de Périgueux (23 oct. 1568).

XIII bis. Claudine de Pierregourde, dite de la Marette, dame de Pierregourde, Pleyné (fief qui fut vendu et adjugé en 1571,

à noble Marguerite Guitard de Saint-Privat, veuve de noble Guillaume Bertrand, juge pour le Roi en la cour commune du Puy) ; ép. François de Barjac (qui prit le nom de « de Pierregourde), ancien chanoine de la cathédrale du Puy et chef protestant en Vivarais (1572-1577), dont postérité éteinte dans la Maison de Maugiron.

Cf. A. Lascombe : Répert. (art. Chanteloube). — Chorier: Hist. du Dauphiné,

641. — FI. Benoît d'Entrevaux : Armor. du Vivarais. — Arch. de

l'Hôtel-Dieu du Puy (comm. de M. le chne E. Mercier). — Revue du Vivarais,

année 1906. — A. Jacotin : Preuves.

Posté le 09-10-2013 21:55 par Jimre

Pierre Gourde

C'est au sommet d'un piton rocheux d'une hauteur de plus de 600 mètres, que l'ancien château seigneurial domine le petit village de Gilhac-et-Bruzac. Le nom désignait autrefois deux hameaux différents qui avec d'autres faisaient partie de la terre de Pierregourde. On disait autrefois Gilhac en Pierregourde et Bruzac en Pierregourde. La Commune Gilhac-et-Bruzac fut détachée de Pierregourde et érigée en commune indépendante en 1790 et Pierregourde a été rattachée à Gilhac-et-Bruzac en 1883.

Depuis ce sommet sauvage du Haut-Vivarais, une vue exceptionnelle sur la vallée du Rhône et l'Eyrieux s'offre à vous. On peut notamment apercevoir la tour de Crest de l’autre côté du Rhône.

Pierregourde du latin "petragorda", pierre de gord, à cause de la nature friable du rocher. Quatre familles se sont succédées dans cette seigneurie: Pierregourde, Barjac, Maugiron et Veynes.

D’après Alain Saint-André, Paléographe de métier, aujourd’hui à la retraite, passionné qui a passé sa vie le nez dans les archives et autres actes de l’époque féodale, il est pourtant difficile de définir avec précision la date de construction du château. « D’après mes documents, je peux juste affirmer qu’en l’an 1000 il y avait déjà une tour et quelques murs. Ensuite, il s’est développé pour devenir un lieu majeur des guerres de religion entre catholiques et protestants ».

Datant du XIIIe siècle, le château de Pierregourde, dont le nom vient du vieux français "tour de guet de pierre", bien que marqué par les guerres de religions entre protestants et catholiques, doit plutôt sa ruine au fait qu'il fut utilisé comme carrière de pierres après son abandon au XVIIe siècle.

Le château seigneurial au sommet d'un piton rocheux (à plus de 600 mètres) domine en effet tout un village où les petites maisons de pierres ont été bâties sur des genres de terrasses. Il reste peu de choses du château en lui-même mis à part des lambeaux des murs du corps de logis. Mais tous les vestiges de constructions qui s'étagent sur la pente sud laissent deviner qu'il y eut là un ensemble important. Au pied du piton qui portait le donjon, on découvre les vestiges du corps de logis, de l'enceinte fortifiée et du village féodal.

Au cours des guerres-civiles, le château de Pierregourde demeura presque toujours aux mains des protestants. Il ne parait pas avoir été, d'ailleurs, l'objet d'aucune attaque sérieuse. Jacques de Chambaud, chef des protestants, y rassembla des troupes en 1586.

Dès 1561, une Eglise appelée Temple de Gilhac, dit de Girbaud est "dressée" à Pierregourde sur la route qui mène au château. Le seigneur de Pierregourde lui-même adhère un peu plus tard à la Réforme. Lorsque, au début de la troisième guerre civile, en 1568, Jacques de Crussol fait pour le service de Condé de grandes levées de troupes, en Languedoc et en Dauphiné, le seigneur de Pierregourde commande le régiment des volontaires du Bas-Vivarais, comptant onze enseignes. Durant cette période mouvementée, le château de Pierregourde demeura presque toujours aux mains des protestants.

Puis il aurait été détruit au milieu du XVIIe siècle sur ordre de Richelieu. Mais là encore, le mystère demeure. Toujours d’après Alain Saint-André « Si les remparts ont bel et bien été rasés, je n’ai en revanche retrouvé aucun acte de démolition du château ». Ensuite, le château fut laissé à l’abandon et ses pierres furent pillées pour construire des fermes environnantes.

Un état de 1742 évalue à 100 le nombre des familles nouvelles converties de la paroisse de Bruzac. Le temple actuel date de 1872.

Une légende raconte qu'on trouverait des boules d'or cachées dans l'ancien puits. 


Sources:

- Site Medarus.

- Wikipedia .

- Site du Dauphiné.


Photos:

- Jimre(2013)


Posté le 09-10-2013 17:21 par Jimre

Crussol

Un site défensif remarquable

Sentinelle, dressée sur un éperon rocheux, dominant la plaine rhodanienne, la forteresse de Crussol contrôlait une voie de communication, très fréquentée, depuis la plus haute antiquité.  Au Xe siècle, les invasions normandes, les raids de pillage des sarrasins contraignent les seigneurs à construire des maisons fortes, pour défendre leurs terres et protéger leurs populations, la France se couvre alors de forteresses féodales. 

C'est à cette époque qu'une première fortification est édifiée à Crussol, site défensif de grande qualité ; au début probablement donjon en bois et palissade mêlant pierre sèche et bois.  Une première mention de l'existence d'un château à Crussol apparaît dans une charte du Cartulaire de l'abbaye de Saint-Chaffre en 936.

Une impressionnante construction du XIIe siècle

Le château sous son aspect actuel est l'œuvre de Gérard BASTET (Vassal lointain du Comte de Toulouse), nouveau maître de Crussol en 1110, après son mariage avec l'héritière des premiers seigneurs du lieu. 

Il commença la construction, achevée par son fils, d'un impressionnant château fort, la montagne calcaire fournissant blocs de pierre et chaux en abondance. Aménagements et embellissements se poursuivirent jusqu'au XIVe siècle.

La forteresse s'étend sur une superficie de plus de 3 hectares, protégée par une enceinte de 800 mètres, constituée d'un rempart crénelé d'une hauteur moyenne de 8 mètres. La défense était assurée grâce à un ouvrage en bois appelé hourd (galerie installée devant les créneaux munis d'ouvertures dans la paroi verticale et dans le plancher). Les trous d'appui des hourds sont parfois visibles sur la muraille.

Un châtelet, tour de défense, protège l'entrée. Il est précédé d'une barbacane, mur interdisant l'usage d'un bélier pour enfoncer la porte (pas de possibilité de recul pour prendre de l'élan). Ensuite, on pénètre dans un espace de constructions.

La Villette était une agglomération d'une centaine de maisons, composées en général d'un sous-sol et d'un étage, certaines adossées au rempart, peuplées d'artisans et de valets nécessaires à l'entretien du château, de la garnison (armes, chevaux).Certaines sont utilisées comme entrepôts de matériels, greniers, réserves car c'est aussi une zone de refuge, en cas de troubles, pour les habitants des villages de la plaine, Saint-Péray, Sainte-Eulalie (Guilherand). On remarque à l'emplacement des portes, les trous des verrous, des gonds, à l'intérieur on aperçoit des niches servant de rangements…

Le logis seigneurial

Il se situe tout en haut avec ses dépendances, protégé par une double enceinte renforcée de tours percées d'archères, sans doute des XIIIe-XIVe siècles, et de chemins de ronde maçonnés.Une porte donne directement accès au château seigneurial séparé de la Villette par un espace découvert, fortement incliné, renforçant la défense. Une poterne (petite porte) permettait d'accéder à une modeste source nichée dans un repli du terrain. Le donjon comportait plusieurs étages avec de vastes pièces équipées de cheminées et de larges fenêtres de style gothique dont on peut voir les vestiges. Les défenses naturelles, la hauteur des murailles, l'ampleur du périmètre ont dissuadé bien des convoitises.

Le château de Crussol fut peu attaqué. Il résista efficacement aux attaques des routiers, lors de la guerre de cent ans.

Des conditions de vie difficiles

Le château est délaissé par les barons de Crussol au XVème siècle.L'absence d'eau (pas de source ni de puits mais des citernes taillées dans le rocher pour stocker l'eau de pluie, recueillie des toitures) et l'exposition aux vents violents du Nord (bise, mistral) rendaient la vie difficile.

Crussol cesse d'être habité par la famille seigneuriale à la fin du XVe siècle. Les barons de Crussol connaissent alors les honneurs et de hautes charges à la cour du roi de France. Louis XI fit de Louis de Crussol son général de l'artillerie, et ses successeurs accédèrent de père en fils aux mêmes fonctions de grand officier, gouverneur du Dauphiné et du Languedoc… Après le mariage de Jacques de Crussol avec Simone d'Uzès, les comtes de Crussol, ducs d'Uzès retenus par leurs charges délaissent leur forteresse vivaroise qui se dégrade peu à peu. La Villette est elle aussi abandonnée.

Au XVIe siècle, lors des guerres de religion, Crussol, position stratégique, fut occupé tour à tour par les Catholiques et les Protestants. Probablement victime d'incendie, le château fut laissé à l'abandon. Alors les outrages du temps et l'ingratitude des hommes provoquèrent une lente et inexorable dégradation.

A la veille de la révolution, un ermite, frère Paul, reconnu par l'Eglise, hante encore les lieux.

Le 3 octobre 1855, des charges explosives disposées par des ouvriers exploitant une carrière située au pied de la falaise, provoquèrent l'effondrement d'une partie du logis seigneurial qui s'abîma dans le vide. Aujourd'hui, un syndicat intercommunal, regroupant entre autres les communes de Saint-Péray et Guilherand-Granges a entrepris de réhabiliter le site, l'aménageant pour un meilleur accueil des visiteurs. C'est ainsi qu'un bâtiment d'accueil a vu le jour au printemps 2001. La réalisation de cet outil de promotion et d'information, qui précède l'implantation prochaine d'un théâtre de verdure, permet à tous d'admirer et de respecter ce site exceptionnel, témoin de notre histoire et mémoire de notre passé.

Evènements historiques:

936: 1ère mention sur le château dans le cartulaire de St Chaffre du Monestier pour faire face notamment aux invasions Normandes.

1210: Agnès, héritière de Crussol épouse Giraud Bastet sous le règne de Philippe II Auguste et au début de la croisade contre les Albigeois.

1264: Mort de Giraud Bastet, Jean de Crussol lui succède. Il habitait au château de Charmes sous le règne de Saint Louis.

1300: Le Vivarais est rattaché à la France sous le règne de Philippe le Bel. 1304: Jean Bastet entre dans l'armée royale.

1350: Guillaume de Crussol obtient le titre de baron sous le règne de Jean le Bon.

1486: Mariage de jacques de Crussol avec simone d'Uzès. Il devient gouverneur du Dauphiné, Sénéchal de Beaucaire. Il participe à la guerre d'Italie avec Charles VIII et Louis XII. Crussol est une Vicomté.

1556: Crussol devient un Comté sous le règne de Henri II.

1562: Antoine de Crussol se retire dans son château de Charmes sous le règne de Charles IX.

1565: Avec Uzès, Crussol devient un Duché.

1572: Le titre devient Duché Pairie, les seigneurs de Crussol n'habitent plus à Crussol mais à Uzès. C'est l'année du Massacre de la St Barthelemy.

1573: Mort d'Antoine à la Rochelle. Jacques de Crussol hérite. Il devient un des principaux chefs protestants, les Calvinistes s'installent à Crussol.

1574: Le gouverneur de Valence, Mistral prend d'assaut la forteresse. Les Catholiques incendient la château.

1577: Le château est dirigé par un gentilhomme catholique Geys. Les protestants en font le siège. Ils livrent bataille contre le seigneur d'Orches, au pied de la montagne. Ils sont mis en déroute.

1580: Le château est à nouveau incendié.

1586: Mort de Jacques de Crussol.

1621: Le château sert de refuge aux catholiques.

1622: Les protestants reprennent la forteresse et la détruisent.

1624: Le château n'est plus habitable.

1855: Destruction du principal corps de logis côté Valence, suite à une explosion dans la carrière au pied de la falaise, le 3 Octobre.


Sources:


-site de la Mairie de Saint-Péray

Posté le 25-08-2013 10:33 par Jimre

Photos Voguë

Crédit photos:

- C. Derpierre (Juin 2013)

- Jimre (2015)

Posté le 15-07-2013 11:54 par Jimre

Rochemaure

Rochemaure est un château à classer dans les sites de rebord de plateau.

La vallée du Rhône était surveillée par des places réparties tout le long de son cours. En face de Rochemaure et de l'autre coté du Rhône, on trouve la cité Montélimar, fief des Adhémar, dont une des branches, les Adhemar de Monteil, possédait Rochemaure.

Le site de Rochemaure s'étire sur un des derniers contreforts de la chaîne des Coirons. Le dyke basaltique le plus élevé porte le donjon carré du XIIe siècle muni d'un éperon.

En arrière, la plate-forme, isolée du plateau par un fossé, servit d'assise à la basse-cour, tandis que la pente descendant vers le Rhône était protégée par deux longs murs reliant le château au village situé en contrebas. Une chapelle du XIIIe s'élève à mi-pente.

Sources:

- "L'évolution des châteaux forts dans la France au Moyen-Age" par André Chatelain.

- Montelimar, le château des Adhémar, plaquette historique de 1983 (Christian Trezin, Francesco Flavigny, Michèle Bois et Florence Moquet).

Posté le 27-01-2013 18:46 par Jimre

Saint Montan

Article trouvé sur le site de la mairie de Saint Montan:

"La commune de SAINT-MONTAN située au nord de BOURG-SAINT-ANDEOL, à quelques kilomètres de la Vallée du Rhône, recèle un potentiel archéologique extrêmement riche.

Toutes les périodes, de la Préhistoire au Moyen Age, y sont largement représentées. Mais, ce qui frappe lorsqu'on arrive au village de SAINT-MONTAN, c'est l'imposant ensemble castral qui domine celui-ci.

Au Château proprement dit s'adjoint un important BOURG CASTRAL, encore partiellement enfermé dans ses enceintes. La partie haute, abandonnée progressivement depuis l'époque moderne, a fait, et fait encore, l'objet d'une restauration et d'une mise en valeur depuis 42 ans par les soins de l'Association des Amis de Saint-Montan, sous le contrôle des architectes des BATIMENTS DE FRANCE de l'Ardèche.

Depuis 1994 l'association a fait appel à Monsieur LAFFONT, archéologue spécialiste des châteaux médiévaux, en collaboration avec Monsieur BRECHON, pour étudier le château de SAINT-MONTAN.

Une première série de travaux a permis de dresser un plan d'ensemble et d'effectuer des fouilles de vérification. Cette opération a illustré l'intérêt de l'archéologie des élévations pour la connaissance et la compréhension des sites médiévaux.

Le CASTRUM de SAINT-MONTAN est attesté relativement tard dans la documentation, il est mentionné pour la première fois en novembre 1171, lorsque ROBERT, Evêque de VIVIERS, donne au prieuré augustinien de SAINT-MEDARD, au diocèse de DIE, l'Eglise SAINT-MONTAN et la Chapelle du castrum, dédiée à la Vierge.

Cependant, une famille, portant pour patronyme "DE SAINT-MONTAN", apparaît dans les textes dès 1110. Cette mention d'une famille aristocratique portant le nom de SAINT-MONTAN, à cette date, laisse supposer que le château existe alors déjà.

Nous pensons, à la lecture de divers textes, que cette famille, à l'origine du château, en conservera l'intégrale seigneurie jusqu'à la mise en place d'une coseigneurie dans le courant du XIIIème siècle à une date qui reste à déterminer. Pendant plusieurs siècles, modifié et agrandi, l'ensemble du castrum restera très partagé.

Le Château de SAINT-MONTAN est un site castral de grande ampleur (plus de 2000 m2) occupant le sommet d'une longue serre de calcaire crétacé orientée approximativement Nord-Ouest / sud-est au confluent des ruisseaux du VAL CHAUD et d'ELLIEUX, qui forment tous deux des gorges très encaissées. Relativement bien conservé, il présente un plan complexe où se lisent de très nombreux remaniements, mettant en évidence trois états principaux dans son évolution.

A l'état 1 le château est caractérisé par un petit bâtiment quadrangulaire implanté à l'extrémité Est de la serre. Il mesure 6 m x 7 m pour une épaisseur de mur de 1m 40. Sa construction peut être placée dans la première moitié du XIIème siècle.

L'état 2 est marqué par la construction d'un bâtiment englobant à l'Ouest les rares vestiges du petit donjon précédent qui est presque totalement arasé. Cette construction de 11 m x 6 m hors-d'œuvre, en petits moellons de calcaire, se compose de murs de différentes épaisseurs, la partie Ouest non protégée par l'enceinte jouant un rôle de bouclier. Ce donjon est extrêmement fruste dans les aménagements intérieurs de ses deux étages, et sa terrasse sommitale.

En ce qui concerne la datation, il n'existe pas d'éléments précis. Cependant, la présence à la fois de caractères novateurs par rapport au donjon du XIIème siècle, et de l'aspect globalement archaïque du bâtiment, ainsi que de la rareté et l'étroitesse des ouvertures, incite à placer sa construction dans le courant de la première moitié du XIIIème siècle. L'état 2 est associé à une enceinte de taille réduite, approximativement triangulaire, enserrant une basse cour qui se développe à l'est ; l'ensemble occupe une surface d'environ 770 m2.

A l'état 3 correspond l'extension du château vers l'Ouest avec la création d'un nouvel ensemble castral et, en parallèle, l'abandon du château primitif. Le nouveau château forme un ensemble important de 1 400 m2, occupant l'extrémité Ouest de la crête sur le point haut du relief. Il est composé de deux grandes entités, présentant chacune un grand nombre de remaniements :

A l'extrémité est un ensemble compact de bâtiments, clos par une enceinte crénelée qui, à l'Est, réutilise en grande partie les murs pignons.

A l'Ouest, et reliant cet ensemble bâti au château primitif, deux très longues courtines sans tour. Quatre bâtiments, présentant un certain nombre de remaniements, sont visibles dans le réduit fortifié :

Au Sud, se succèdent, en enfilade, deux parties voûtées, probablement à vocation de stockage au rez-de-chaussée.

Au Nord, un bâtiment accueille une citerne taillée en partie dans le rocher et enduite au mortier de tuileau.

A l'Ouest, le retour du rempart, barré par un mur Nord-Sud dessine une tour de plan très irrégulier suivant le contour de l'éperon rocheux. Ouverte à la gorge dans un premier temps, elle a été fermée, puis une plate-forme a été implantée à son sommet. C'est actuellement le point le plus haut du château et elle a pu jouer, un temps donné, le rôle de donjon.

A l'Est, la construction d'une barbacane, en avant de cet ensemble clos, marque le dernier état des modifications de ce second château. Divers critères typologiques et architecturaux placent la construction de l'ensemble de l'état 3 dans le courant du XIVème siècle avec des aménagements au XVème siècle, et peut-être même au XVIème siècle, et semble tout à fait correspondre à la pleine phase de la coseigneurie.

Les coseigneurs, nombreux, logent, soit dans des maisons du castrum, soit, pour les plus puissants d'entre eux - Les BALAZUC - Les LAGORCE - Les CHATEAUNEUF - hors du terroir de SAINT-MONTAN.

Parallèlement aux diverses phases de construction du château, se développe un important BOURG CASTRAL fortifié, sur le flanc sud de l'éperon, probablement lié à la recherche des meilleures conditions climatiques possibles, ensoleillement maximum et protection contre le vent dominant, le mistral, ainsi qu'à la présence de l'eau.

Au fur et à mesure de son extension, il sera protégé par des enceintes successives avec remparts et tours de défense, encore visibles de nos jours.

Dans le courant du XVème siècle, le BOURG MEDIEVAL atteint les berges des deux ruisseaux et englobe la chapelle, église paroissiale actuelle dédiée à Sainte Marie-Madeleine, reconstruite au XIXème siècle. Le Bourg s'entoure alors d'une importante enceinte, longée par une longue rue circulaire desservant tout le bas du village.

SAINT-MONTAN est un exemple caractéristique de village né auprès d'un château et devenu après dix siècles d'histoire un véritable bourg où se mêlent toutes architectures, du Moyen Age à nos jours.

Nous devons un grand merci à Pierre-Yves LAFFONT qui nous a aidés à mieux en comprendre le développement au cours du temps.

 

M. ARMAND"


Sources:

- Mairie de Saint Montan


Posté le 01-01-2013 18:34 par Jimre

Saint Montan

Voir la news d' Octobre 2008 ici

Photos 

- Site de Saint Montan(2008)

- Jimre (2012)

Posté le 11-11-2012 14:28 par Jimre

Iserand

Le château féodal date au moins du XIIe siècle mais il est probable qu’il existait déjà aux premiers temps de la féodalité. Il fait partie de ces châteaux construits dans des vallées perpendiculaires qui descendent vers le Rhône. Perché sur un promontoire d’où l’on peut apercevoir le fleuve, il est défendu en partie par des remparts naturels abrupts au pied desquels coulent deux ruisseaux : l’Iserand et le Chatillon. Il est abordable en un seul point défendu par des ouvrages avancés

Trois branches de la famille d’Iserand, issues sans doute de la même souche et unies par des liens de parenté, étaient fixées dès la fin du XIIe siècle dans les environs immédiats du mandement d’Iserand, sur lesquels elles continuaient à posséder des biens. Il y avait :

-          les Iserand, coseigneurs de Sarras dont la branche se fondit, au XVe siècle, dans la maison de Brongnieux

-          les Iserand, seigneurs de Chavannes en la paroisse de Saint Jeure d’Ay dont la branche se fondit au XVIe siècle dans la maison de Solas. Le château de Chavannes a depuis longtemps disparu et il n’en reste aucune trace.

-          et les Iserand seigneurs de Chanelosc et coseigneurs d’Ay qui abandonnèrent le nom d’Iserand pour celui de Chanelosc. Les Iserand de Chanelosc possédaient une habitation et une tour dans l’enceinte du fort d’Ay, dite tour de « Chanelosc ».

La seigneurie d’Iserand s’étendait sur les paroisses de Lemps, Vion, Secheras, Vernollière et le lieu de la Trouillère en partie. Propriété des Tournon, Iserand fut un fief des d’Arsoncieux qui possédait également le château de Lemps.

Les Iserand étaient une des familles les plus importantes du Vivarais et surement originaires d’Iserand mais aucun acte probant n’a confirmé les Iserand comme seigneurs d’Iserand.

Le château d’Iserand fut confisqué au profit des Tournon au milieu du XIVe siècle. Un acte du 17 Février 1332 indique que Guillaume II de Tournon remet entre les mains de Guichard de Clérieu, tous les biens, tant dans l’Empire qu’au Royaume, qu’il ne tient de personne ni en fief, ni en arrière fief. Parmi ces biens figurent : « la moitié du château et du mandement d’Iserand ». Une sentence du 1er Mars 1356, rendue par Jean de Montchal, bailli du Vivarais, énumère les possessions des Tournon. Ce sont : Tournon, Plats, Durtail, Saint Romain de Lemp, Cornas, Colombier le Jeune, « Iserand », Vion, Saint Victor, Mauves et en partie Châteauneuf de Vernoux, Saint Appolinaire de Rias et Etables. Ces deux actes tendraient à attester que les Iserand pouvaient être encore en 1332 propritaires d’Iserand pour la moitié et que s’il y eut confiscation, elle fut bien prononcée vers 1350, peut-être parce que , comme les Roussillon-Anjou, ils avaient pris parti pour le roi de Navarre.

La branche de la famille aurait alors émigré vers le Dauphiné où elle forma trois branches aux alentours de Valence:


-          Les Iserand du Mouchet

-          Les Iserand de Sénaud

-          Les Iserand du Mollard


Pour l'anecdote, un Lantelme d'Iserand combattit en 1346 à Crécy.


Sources :

-          panneaux autour du château.

-          HISTOIRE & GÉNÉALOGIE DE LA FAMILLE ISERAND et de ses alliances par Marc GAUER sur Calameo.


Posté le 07-10-2012 10:06 par Jimre

Chateaubourg


Sur la départementale 86, se dresse le château de Châteaubourg. Telle une sentinelle au bord du Rhône, elle impressionne les visiteurs par ses hauts murs, ses tours et sa position privilégiée.

Cette demeure du XIe siècle a eu l'honneur d'abriter le roi de France Saint-Louis lors de son départ pour la Septième Croisade en 1248, le jour de l’Assomption.

A peu de distance, si on monte sur les hauteurs de Chateaubourg en direction du château de Durtail, on peut apercevoir au milieu du Rhône la Roche de Glun.

Un peu d'histoire:

Pendant plusieurs siècles, les seigneurs de Châteaubourg perçurent les droits afférents à cette terre : péage sur le sel, droits sur les marchandises qui remontaient le Rhône. Ils bénéficièrent également d’avantages tombés depuis en désuétude : banc à l’église placé en avant des autres, droit de vendanger deux jours avant les villageois…

Pendant les troubles du moyen âge, les habitants, afin de se mettre à l’abri contre les brigandages des bandes qui sillonnaient le pays, abandonnèrent leurs maisons et vinrent se loger au pied du château.

L’abbé Garnodier, dans ses recherches archéologiques rapporte un évènement cher à la paroisse : le château fort de la Roche de Glun (face à Châteaubourg) était autrefois surmonté d’un donjon. Le seigneur avait la mauvaise réputation de détrousser et rançonner tous les marchands et pèlerins qui passaient par là en mettant une chaîne sur le Rhône. Il voulut faire de même avec Saint-Louis descendant le Rhône pour aller en Palestine en 1248, tant et si bien que celui-ci décida de lui faire entendre raison.

Le sire de Glun tenta de résister mais le roi assiégea son château, le prit, le rasa et fit passer tous les habitants au fil de l’épée. Il vint ensuite mouiller à Châteaubourg et amarra sa petite flottille sous les murs du château où il séjourna.

Dès le XIIIe siècle, Châteaubourg appartenait à la maison de Tournon. Le château a appartenu également aux Clérieu puis aux Beaudiner et fut vendu aux Fay (Lafay?) au XVe. 

Au XVIe siècle, époque des guerres de religion,  le château finit par tomber aux mains des protestants.

En 1750, le village de Châteaubourg aurait été bâti vers le ruisseau de Durtail, là où passe actuellement la route nationale. En 1900, on désignait sous le nom de Chapelle Saint-Saturnin (premier évêque de Toulouse), quatre murs en ruine dont la route masquait la porte cintrée et qui auraient été les restes de l’église de cette époque.

A la fin du XVIIIe siècle, la terreur fait des ravages et le château est pillé. La commune porte à ce moment là le toponyme révolutionnaire de "Rochebourg".

Au début du XXe, le château fut racheté et restauré en lui conservant son caractère. L’accès à la demeure, suivant la technique médiévale, est coudé, ceci pour éviter l’alignement d’un éventuel bélier poussé par des assaillants. Les deux volées de marches sont séparées par l’emplacement de l’ancien pont-levis (aujourd’hui fixe et bâti mais subsiste encore le passage de la herse).

Source: Article largement inspiré de l'article suivant:


http://www.rhone-crussol-tourisme.com/villes-et-villages/chateaubourg/

Posté le 27-08-2012 16:58 par Jimre

Tournon

Histoire

Tournon viendrait de  Turnos ou Taranis (dieu gaulois).

Tournon bâtit sa fortune sur le commerce de son vin qui était fort apprécié de l'empereur Charlemagne. Elle dépendit longtemps du Dauphiné, le berceau de la famille d’Albon, Vion, étant situé à proximité.

Au Moyen Âge, la population s'agglomère autour du château et donne naissance à un bourg castral.

Au XIe siècle, à cet emplacement était édifié un fief important autour du château des comtes de Tournon.

En 1211, Guigon de Tournon délivra aux habitants de la seigneurie une charte de franchises. Les droits de péage concédés aux tournonnais leur assuraient la moitié de leurs revenus.

Puis au XIVe et XVe s. les bâtiments furent construits sur le château primitif dont certaines grandes salles sur trois étages. En 1349, c'est au château que les envoyés du roi recevaient ceux du Dauphin, qui, traversaient le Rhône chaque jour de Tain, pour préparer le transfert du Dauphiné à la France.

Ses alliances précoces avec le royaume de France lui valurent d'entrer dans le cercle rapproché de la famille royale à la Renaissance.

En mars 1469, par ses lettres patentes, le roi Louis XI autorisa deux foires annuelles à Tournon, de sorte que la ville s'accroisse.

En 1489 y naquit le futur cardinal, archevêque de Lyon, François de Tournon, homme d'église et ministre de François Ier, mécène et humaniste, fondateur du collège, véritable Université de Tournon.

L'année 1536 fut marquée par deux événements : la fondation d'un collège qui fut élevé au titre d'université par une bulle papale et la mort du dauphin François, fils aîné de François Ier, âgé de 19 ans, sous les yeux de Pierre de Ronsard enfant qui avait été nommé page du dauphin.

"Six jours devant sa fin, je vins à son service,

Mon malheur me permit, qu'au lict, mort je le veisse,

Non comme un homme mort, mais comme un endormy

Ou comme un beau bouton qui se penche à demy…"

Le corps fut conservé dans l'église collégiale de Tournon jusqu'en 1547.

L ‘édifice eut à se défendre pendant les guerres de Religion et en 1574, le château reçut la visite d'Henri III escorté de cent bateaux.

La seigneurie appartint successivement par alliances aux Tournon, aux Lévy-Ventadour et aux Rohan-Soubise. Les barons de Tournon faisaient partie des douze formant les états du Vivarais.

Le premier pont suspendu d'Europe à câble fut construit en 1825 entre Tournon et Tain-l'Hermitage par Marc Seguin.

En 1938 , le château est classé Monument Historique.

En 1940, sur la rive droite du Rhône, l'arrêt des combats contre la Wehrmacht eut lieu au nord de Tournon, la rivière Doux marquant la limite entre les forces allemandes et l'armée française battue en retraite.

Anciennement la commune s'appelait Tournon avant d'être renommée Tournon-sur-Rhône le 17 mars 1988.


La demeure des Seigneurs de Tournon

Le château de Tournon est l'un des plus beaux châteaux de l'Ardèche. Son caractère massif, sa situation élevée lui confèrent une allure imposante.

Construit entre le XIVème et le XVIème siècle, son architecture témoigne de l'évolution de la société, entre la période médiévale et les prémices de la Renaissance.

Une fois franchie la lourde porte de bois cloutée, autrefois précédée d'une herse, on pénètre dans la cour d'honneur. C'est ici même que prend naissance l'histoire du château. L'immense mur austère sur la droite est le dernier témoignage du donjon médiéval, appelé par la suite château St-Just.

En face, le grand corps de logis témoigne de l'évolution architecturale du bâtiment : une plus grande légèreté et un souci de la décoration sont visibles. Les nombreux vitraux et les fenêtres à meneaux en sont un bel exemple.

Dans ce corps de logis vécut les seigneurs de Tournon. Un inventaire établi au XVIIème siècle, lorsque le dernier descendant s'éteignit, montre l'importance des biens que possédait cette famille. Une bibliothèque, riche de quelques 800 volumes, des centaines de tableaux, des médailles antiques, des statues de marbre et des bustes, des tapisseries et bien d'autres objets encore enrichissaient les salles du château.

Celui-ci fut dès cette époque transformé en prison. Les salles durent être aménagées, le château modifié et adapté. Dans les années 30, la prison est supprimée et le service des Monuments Historiques procède à une restauration du bâtiment. Certaines cartes postales ou photographies anciennes, des observations écrites notées lors de cette réhabilitation laissent deviner l'aménagement de la prison. C'est ainsi que l'on apprend la présence d'un immense préau muré, lieu de promenade des prisonniers sur la terrasse dominant le Rhône.



Les armoiries et la devise

Les armes de Tournon-sur-Rhône se blasonnent ainsi :

D'azur à trois tours d'argent ouvertes et maçonnées de sable.

Devise : Turris fortissima qui signifie « "La tour la plus forte » en latin.



Sources 

- Wikipedia

- medarus.org

- Ville de Tournon


Posté le 15-05-2012 21:33 par Jimre

Rochemaure

Un donjon carré du XIIe siècle se dresse sur un éperon rocheux dominant la vallée du Rhône. Il est muni d'un éperon triangulaire.

Le vieux village fortifié en ruines occupe le col tandis qu'une grande enceinte relie le château au village actuel, au bord de la plaine.

A la jonction, on trouve une grande tour carrée du XIIIe siècle.

Posté le 14-05-2012 19:48 par Jimre

Histoire de Durtail

A hauteur de Desagnes, non loin de la route allant de Châteaubourg à St-Romain de Lerps, se trouvent les ruines du château de Durtail.

Le château fut une forteresse construite à toute proximité de la vallée du Rhône, sur les hauteurs entre chateaubourg et Saint Romain de Lerps sur le cours d'une rivière et sur un rocher inaccessible.

Un village, d’une quinzaine de maisons, était établi sur son flanc occidental. Ce fief fut érigé en baronnie avant le XVIème siècle, possédant deux églises et un château. La population se protégeait des routiers et des brigands en se réfugiant au château de Durtail, au château de Crussol ou à la maison forte du Besset.

Sa juridiction s’étendit sur toute la commune de Cornas, la majeure partie de St-Romain-de-Lerps et plusieurs parcelles de Glun, Châteaubourg et St-Péray. Lors de la IIIème croisade (1146), la terre appartenait à Arnaud de Cristo(Crest) qui la remit à l’évêque de Valence, lequel la céda en 1217 aux seigneurs de Tournon. Elle passa ensuite, successivement, aux de Levis-Ventadour, de Lamotte-Corin, de Bouvier-Montmeyran et aux de Coston. Les propriétaires du château n’y habitèrent pas, la garde étant confiée à un châtelain, généralement de la maison de Montmeyran.

Il joua un grand rôle pendant les guerres de religions mais c’est à cette époque (1570), comme Crussol qu’il fut mis en ruines. Il ne reste aujourd'hui que quelques pans de murs ruinés. Il possédait encore au début du XXe siècle les vestiges d'un donjon (tour octogonale dont la porte en ogive indique le XIIIe siècle).

Sources :

Ardèche catholique.fr

Infos Valence (lien inactif :-(... )

e-ardeche.fr

Books.Google.com

medarus.org ( le site n'existe malheureusement plus, la personne qui s'en occupait étant décédée. Voir ici)

Crussolavernoux.com (lien inactif :-(...)

Posté le 23-05-2011 22:05 par Jimre

Histoire d'Arras sur Rhône


Les romains eux déposaient en ces lieux le précieux "aerarium", trésor qui servait à payer les légions!

Au moyen Age c'est le seigneur d'Arras qui fit construire une tour en ce lieu stratégique.

Il permettait à ce seigneur de surveiller les terres qu'il possédait de l'autre coté du fleuve, en territoire "ennemi".

A une période du moyen Age, deux seigneurs se partageaient comme souvent le site, et deux tours existaient à cet endroit: la tour de Jovijac, encore appelée tour brune et la tour de Soubise ou tour blanche qui demeure la seule existante et dont les vestiges s'offrent à notre regard avec une superbe vue de la vallée du Rhône.

Notamment en face de l'autre coté du Rhône, on peut apercevoir Serves sur Rhône et son château perché sur un promontoire ainsi que Vion et sa belle église.


Posté le 10-10-2009 12:01 par Jimre

Crussol

Retranscription d'un article de Jane Champeyrache, dans la "Collection Historique du Timbre Poste Français".


"Silhouette couronnée des ruines d’un château féodal, la montagne de Crussol, sise en Ardèche, domine la vallée du Rhône. Allongé sur 3 km, ce massif étroit élevé a plus de 400 m est un îlot calcaire jurassique établi sur un socle granitique.

A ses pieds : Guilherand-Granges, en face : Valence, a l'horizon : le Vercors. Le couloir rhodanien favorise les flux migratoires et Crussol, par sa difficulté d’accès, devient lieu de refuge.

La construction d'une forteresse sur ce piton rocheux se conçoit aisément.

Cruciolo- son nom latin- apparaît dans un manuscrit du Xème siècle, mais c’est au XIIème siècle que Gerold Bastet choisit d'établir un château fort aux fondations en pierre. Son édification et son entretien s’étendent jusqu’au XVE siècle. La muraille nord—ouest offre les traces de surélévations successives: protections indispensables pour résister aux assaillants.

Au cours de ces quelques siècles, les seigneurs de Crussol s’élèvent parfois aux charges les plus nobles du royaume. Chambellan de Louis Xl, héritier du comte d’Uzès par son mariage ou sénéchal guerroyant en Italie, la lignée des Crussol, de par ses charges officielles, abandonne progressivement le château ancestral isole et battu par les vents.

Mais l’agitation des hommes anime encore cette forteresse qui devient bastion envié des catholiques et des protestants pendant les guerres de religion. Endommagé par des actes de vandalisme et incendié, ce lieu fut le théâtre de bien des drames.

Une tour détruite offre d'énormes blocs circulaires gisant, on distingue les empreintes d’un donjon disparu, d'une cheminée, de la tour d’escalier. Se dressent encore une façade imposante du château et le pignon nord restauré.

Géant blesse aux murs béants. Ruines monumentales offertes a la réflexion des hommes. Histoire écrite au fil des siècles. Signature du temps.

Le château de Crussol, ce vaisseau de pierre lance dans les nues, offre a la contemplation du promeneur émerveillé d’innombrables perspectives aux paysages variés couvrant quatre départements. Il s’agit bien d’un des sites les plus imposants de la vallée du Rhône."

Posté le 30-10-2008 18:09 par Jimre