Tour Clementine

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La Chaise-Dieu

L'abbaye de la Chaise-Dieu

Érigée au XIe siècle, sur un plateau granitique à plus de 1 000 mètres d’altitude au cœur de l’Auvergne, l’abbaye de La Chaise-Dieu domine la route qui vient de l’est, de Brioude, veillant et guettant le pèlerin. Cette abbaye a été fondée par Robert de Turlande, chanoine de Brioude, qui voulait s’établir en un lieu isolé pour vivre avec Dieu seul dans le silence et la prière. L’abbaye de La Chaise-Dieu est fermée à la Révolution en 1790 et son église abbatiale devient église paroissiale. Au XXe siècle, une nouvelle communauté religieuse s’installe dans ses murs pour renouer avec la vie religieuse tout en accueillant pèlerins et touristes.

L’abbaye de la Chaise-Dieu est régie par la règle de Saint-Benoît, dotée d'une église abbatiale du 14e siècle grâce au pape Clément VI, ancien moine casadéen, et de fortifications. La tour Clémentine fut construite vers 1370. La partie du cloître qui longe l'église et la bibliothèque date de 1394. Une autre campagne de travaux fut consacrée au logis abbatial, au 15e siècle, puis au réfectoire et aux autres constructions du cloître jusqu'en 1518. A côté de l'église abbatiale et du monastère médiéval, de nouveaux bâtiments conventuels furent élevés aux 17e et 18e siècles par les Mauristes, réformateurs de l'abbaye. Cet ensemble ordonnancé est représentatif des grandes conceptions monastiques classiques.

Peu de gens savent qui était Gilbert Môtier de La Fayette, maréchal enterré dans l'abbatiale en 1463. Il fut pourtant non seulement un valeureux soldat et un compagnon de combat de Jeanne d'Arc, mais un conseiller proche du roi Charles VII. Peu de Casadéens semblent assurés que la cour Lafayette a été nommée d'après le héros de la guerre d'indépendance des Etats-Unis qui fut également une grande figure de la Révolution française et qui portait le même nom que son lointain parent.

La plus ancienne mention d'un seigneur de La Fayette est celle d'un certain Pons qui faisait partie de la première croisade. Cette famille a son origine à La Fayette, lieu-dit de la commune d'Aix dans les Monts du Livradois, à quelques kilomètres au nord de Saint Germain L'Herm, ancien prieuré de La Chaise-Dieu, distant de moins de 30km de l'abbaye elle-même. Il n'en reste que quelques ruines. Au XIVe siècle, cette famille est devenue puissante et s'installe dans un pays plus clément à Chavaniac dans le Brivadois. Les plus illustres de ses membres sont le maréchal (c.1380-1463), l'auteure de la Princesse de Clèves (Paris,1634-1693) et le général (Chavaniac 1757 - Paris 1834). La branche aînée, dont est issu le maréchal, s'est éteinte à la fin du XVIIe siècle faute de descendance masculine et la branche cadette, dont est issu le général, s'est éteinte à la fin du XIXe siècle. Des descendances féminines existent actuellement dans les deux branches.

Notre héros est né vers 1380 probablement à La Fayette. Il fut élevé près du duc de Bourbon, qui le fait sénéchal du Bourbonnais. En 1412, il part en Italie sous les ordres du duc de Nemours et s'y illustre dans la défense de Bologne, assiégé par les Vénitiens. En 1417, il passe sous les ordres du dauphin Charles. Il est fait lieutenant général du Lyonnais en 1419 et gouverneur du Dauphiné l'année suivante. En 1421, il est le vainqueur de la bataille de Vieil-Baugé près d'Angers, allié aux Ecossais au sein de l' "auld alliance". Il affirme avoir, lui-même, tué le duc de Clarence qui dirigeait les troupes anglaises. Le dauphin le nomme alors maréchal et confirmera sa nomination en 1422 lorsqu'il sera couronné sous le nom de Charles VII. En 1423, le maréchal épouse Jeanne de Joyeuse à Bouthéon. Elle est issue d'une grande famille vivaroise et lui apporte en dot des domaines importants en Forez, qui s'ajoutent à ses domaines auvergnats et en font un riche seigneur. Elle lui donnera 9 enfants.

La guerre de Cent ans n'est pas finie. En 1424, il est fait prisonnier lors de la bataille de Verneuil, mais la rançon put être payée rapidement. En 1429, on le verra participer au siège d'Orléans, au côté de Jeanne d'Arc. Puis il assistera au couronnement du roi à Reims. Il sera dès lors un conseiller du roi. Toutefois, ennemi de Georges de La Trémoille, alors grand chambellan, il subit quelques années de disgrâce de 1429 à 1433, mais à la chute de ce dernier, il recouvre son influence. En 1435, il participe à la négociation de la paix d'Arras qui met fin à l’alliance entre le duc de Bourgogne Philippe le Bon et les Anglais. En 1449, il participe aux conférences entre le comte de Dunois et le duc de Somerset pour obtenir la reddition de Rouen.

Agé de 70 ans, il se retire alors progressivement des affaires. En 1463, il est inhumé à La Chaise-Dieu dans la chapelle qu'il avait commandée.

Dom Gardon, le bénédictin du XVIIe siècle historien de l'abbaye, rapporte que la chapelle a été commandée en 1425, soit 40 ans avant la mort du maréchal, qui, il est vrai, vécut longtemps, et largement dotée, suite à un accord conclu avec l'abbé Hugues de Chauvigny de Blot. L'abbé André Ayraud de Chanac, son prédécesseur, vient de terminer la clôture du choeur monastique, comme le confirme le rapport archéologique réalisé par David Morel de la société Hadés, en 2016. Il revient à Hugues de Chauvigny de Blot de poursuivre sa décoration : stalles, enfeus, danse macabre et surtout jubé.

En Août 1562, les Huguenots se chargent de détruire cette chapelle. Les Mauristes ne cherchent pas à la reconstruire. Ils apposent simplement une plaque de cuivre aux armes du maréchal rappelant qu'il y avait été inhumé. En 1790, à la fermeture de l'abbatiale, un moine, dom Jean François Régis de La Salle, emporte cette plaque afin d'éviter que des pillards viennent la voler. Il s'installe alors dans sa famille à Monlet. En 1826 quand l'abbatiale devient église paroissiale, un membre de cette famille vient la rapporter. Vers 1980, cette plaque est volée. En 2005, l’association des amis de l'abbatiale saint Robert en fait réaliser une copie.

Aux XIe et XIIe siècles, la société féodale en Auvergne est dominée par le comte d’Auvergne, lui-même suzerain du duc d’Aquitaine, par différentes familles (Mercœur, La Tour, Montboissier), par l’évêque de Clermont et par les chanoines-comtes de Brioude.

L’Église est marquée par un grand élan monastique. Dès le VIe siècle, saint Benoît de Nursie avait fondé le monastère du Mont-Cassin où la vie était réglée autour de la devise : « prier et travailler » ; un siècle plus tard, Benoît d’Aniane codifie cette règle bénédictine qu’il impose, à la demande du roi, à tous les monastères. Cluny est fondée en 910 et saint Robert s’inscrit dans ce mouvement en fondant l’abbaye de La Chaise-Dieu en 1043. Saint Bruno fonde les Chartreux en 1089 et saint Bernard entre à Cîteaux en 1112.

Le conflit entre les papes et les empereurs romains germaniques avait commencé avec la querelle des investitures (ingérence des pouvoirs laïcs dans les nominations ecclésiastiques). C’est ainsi que Grégoire VII doit affronter l’Empereur d’Allemagne Henri IV, à Canossa en 1078, et que le Pape Alexandre III doit subir l’élection d’antipapes soutenus par l’empereur et se réfugier en France.

Le fondateur, saint Robert de Turlande (1043-1067)

Robert, chanoine de Brioude, arrive avec deux compagnons en décembre 1043 sur ce haut-plateau du Livradois pour une vie d’ermite. Ce sont les débuts de la vie religieuse à La Chaise-Dieu qui ne porte pas encore ce nom.

Ses successeurs et leur action

Durand (abbé de 1067 à 1078, mort en 1095)

Désigné par saint Robert pour lui succéder, il fut choisi par les moines comme abbé. Il œuvra pour la canonisation de saint Robert et se fit confirmer les privilèges dont l’abbaye bénéficiait. Le comte d’Auvergne, Robert II, jura de défendre l’abbaye contre tout adversaire. En 1076, il est nommé évêque de Clermont mais il resta abbé jusqu’en 1078, date à laquelle il démissionna ayant compris qu’il ne pouvait cumuler les deux charges sans nuire à l’abbaye. Il mourut le 19 novembre 1095 et le pape Urbain II présida ses obsèques. Pendant son abbatiat, La Chaise-Dieu se fit connaître dans de nombreuses régions de la Saintonge à la Savoie.

Saint Adelème (abbé en 1078, mort en 1097 en Espagne)

Tombeau de St Adelème à Burgos

Maître des novices, Adelème fut élu en 1078 par les moines abbé de La Chaise-Dieu, pour succéder à Durand à cause de sa sainteté. Mais, trouvant la charge d’abbé trop lourde, il y renonça au bout d’un an. Appelé par le roi Alponse VI de Castille, pour aider à rétablir le rite romain en Espagne alors que la reconquête progressait, à Tolède en 1085. Il fonda le monastère Saint-Jean à Burgos, qui resta rattaché à La Chaise-Dieu jusqu’en 1436. Appelé San Lesmes, il fut déclaré patron de Burgos au XVe siècle. Son corps fut transporté dans l’église qu’on lui construisit alors.

Seguin d’Escotay (abbé de 1078 à 1094, date de sa mort)

Cadet d’une famille noble, il entra au chapitre de Saint-Jean de Lyon, mais la vie canoniale ne le satisfaisant pas, il quitta celle-ci pour entrer à La Chaise-Dieu. Savant, de mœurs sévères, fort habile dans les affaires, ses frères le remarquèrent rapidement et le choisirent comme abbé. Il défendit l’indépendance de l’abbaye face aux pouvoirs féodaux, obtint en 1079 pour l’abbaye le rôle de chef de congrégation et étendit son influence vers le Rouergue (Saint-Théodard et Gaillac), le Languedoc (Saint-Baudille de Nîmes) et enfin les Apennins de Modène. Habile pour la gestion des affaires temporelles, il avait aussi l’humilité du moine et, en dix-sept années de gouvernement, avait fait de la fondation de saint Robert une des plus grandes abbayes de France, connue jusqu’en Italie et en Castille.

Étienne de Mercœur (abbé de 1111 à 1146, date de sa mort)

Extension de la congrégation à Montferrand, dans le Forez, à Chanteuges, Sainte-Livrade d’Agenais, Faverney en Bourgogne, Saint-Sixte de Plaisance dans la plaine du Pô et Montepeloso en Basilicate. Ces rattachements étaient souvent de convenance politique mais reposaient sur l’autorité morale de La Chaise-Dieu.

Jourdain de Montboisier (abbé de 1146 à 1157, date de sa mort)

Entré à La Chaise-Dieu au début du XIIe siècle, Jourdain était prieur depuis 1141 quand il fut élu abbé. Les Montboisier étaient de grands bienfaiteurs des églises et plusieurs frères de Jourdain étaient hommes d’Église. Le plus célèbre d’entre eux est Pierre le Vénérable, abbé de Cluny depuis 1122. Personnage effacé, Jourdain bénéficia du rayonnement de ce dernier pour consolider certains acquis de l’abbaye.

De 1168 à 1306 : Le difficile maintien de la congrégation casadéenne

À l’époque de Philippe-Auguste (1180-1223), l’Auvergne, est marquée par les rivalités entre les Capétiens auxquels l’abbaye de La Chaise-Dieu reste loyale et les Plantagenets. La France de saint Louis (1226-1270) et de Philippe le Bel (1285-1314) voit l’affermissement du pouvoir royal. Au XIIIe siècle, l’Église est préoccupée d’une part par la querelle entre l’Empereur et le Pape et d’autre part par l’organisation des croisades.

Sous le pape Innocent III (1198-1216) de nouvelles formes de vie religieuse apparaissent avec François d’Assise, fondateur des franciscains, et saint Dominique de Guzman, fondateur des dominicains, qui entreprend de convertir les Albigeois, ou cathares.

Prépondérance du temporel

Pendant cette période, la congrégation de La Chaise-Dieu n’élit aucun abbé doté d’une personnalité marquante. L’abbaye voit son rôle de seigneurie du Livradois s’accroître, le pouvoir temporel tendant à prendre une part croissante. Par ailleurs, les abbés consacrent une énergie importante à maintenir des liens avec l’ensemble des abbayes et des prieurés qui lui sont rattachés, liens volontiers contestés par les seigneurs ou les évêques locaux. La croissance de la congrégation est achevée. L’organisation de la congrégation devient plus structurée, avec une règlementation des chapitres et la définition du rôle des officiers claustraux.

De 1306 à 1518 : Le déclin doré

En 1348, la peste noire ravage la France. Elle sévit jusqu’en 1419 et décime la moitié de la population. La guerre de Cent Ans entre les fidèles des rois de France et ceux du roi d’Angleterre commence en 1336. En 1429, Charles VII est sacré à Reims sous la conduite de Jeanne d’Arc, qui est brûlée à Rouen en 1431.

De 1305 à 1378, jugeant Rome peu sûre du fait des conflits entre différentes factions, la papauté s’installe en Avignon. Deux papes d’Avignon compteront dans l’histoire de La Chaise-Dieu : Clément VI (1342-1352) qui s’y fait enterrer, et Grégoire XI, son neveu (1370-1378), qui fait construire la tour Clémentine autour de cette période.

Le Pape Jules II (1503-1513) entreprend la construction du palais du Vatican et de la basilique Saint-Pierre.

Des abbés grands seigneurs

Paradoxalement, cette période désolée fut brillante pour La Chaise-Dieu. Grands seigneurs, les abbés, choisis parmi de riches et puissantes familles, ne réformaient plus mais présidaient à de grands travaux.

Jean de Chandorat (1318–1342)

Réputé pour son savoir et son énergie, il s’efforça de mettre en application les principes disciplinaires que demandait le Pape à un Ordre bénédictin qui se sclérosait en donnant de nouveaux statuts à l’abbaye. Il devint ensuite évêque du Puy. Il fut le compagnon de noviciat de Pierre Roger devenu pape en 1342 sous le nom de Clément VI qui le nomma évêque du Puy dès son avènement au siège de Pierre.

De 1342 à 1377

Pendant cette période, les abbés ne furent pas élus en chapitre général, mais nommés par le Pape, à commencer par Clément VI : ils étaient appelés « réservataires ». Ce fut le cas de Renaud de Montclar qui fut chargé de suivre le début des travaux de construction de la nouvelle abbatiale.

Si pendant cette époque troublée, les moines se trouvèrent à l’abri derrière leurs murailles, de nombreux prieurés souffrirent.

Hugues de Chauvigny de Blot (1420-1465)

La danse macabre fut réalisée sous son abbatiat.

Un abbé annonçant la Renaissance, Jacques de Saint-Nectaire (1491-1518, date de sa mort)

Jacques de Saint-Nectaire est né en 1461 d’une famille auvergnate riche et puissante. Les liens que cette famille entretenait avec l’abbaye étaient nombreux. Il entra à l’abbaye à l’âge de 12 ans. Devenu profès et prêtre, il fut d’abord nommé prieur de Saint-Pantaléon (Limousin), puis en 1483 de Saint-Gemme (Saintonge). Il fut élu abbé en 1491 et mourut en 1518. Il se distingua par le goût des arts et la munificence. Il fit achever le réfectoire et le cloître, reconstruisit la toiture de l’abbatiale et commanda les « draps imagés ». Il réalisa également des travaux importants (chapelle et maison de l’abbé) au prieuré de Chanteuges où il aimait résider.

De 1518 à 1640 : L’abbaye en commende

Si la Renaissance évoque une nouvelle vision de l’homme et des changements profonds dans l’art, cette époque est marquée, surtout en France, par les guerres de Religion. Nées de la Réforme (Martin Luther est excommunié en 1517), elles ensanglantent la France à partir de 1562 (Massacre de la Saint-Barthélemy en 1572). La promulgation de l’Édit de Nantes par Henri IV en 1598 ramène la paix civile. Le Concile de Trente en 1562 est à l’origine d’un sursaut disciplinaire de l’Église catholique en réaction aux critiques des réformés. Mais la monarchie française n’accepte pas l’existence de minorités protestantes et le problème perdure jusqu’à la révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV en 1685 qui oblige la majorité des protestants à émigrer.

La commende

Devenu roi en 1515, François Ier (1494-1547) signe un an plus tard, à Bologne, un concordat avec le Pape Léon X par lequel le roi de France peut nommer les évêques et abbés. Les rois abusent rapidement de cette facilité pour récompenser des proches, en particulier à La Chaise-Dieu. Les abbés nommés par le roi n’étaient pas tous ordonnés. S’ils venaient à La Chaise-Dieu au moins une fois pour prendre possession de leur charge, ils ne s’intéressaient guère à l’abbaye et se faisaient représenter par un vicaire général. Ainsi Henri d’Angoulême, fils naturel d’Henri II, fut abbé de 1562 à 1586. Son successeur, Charles de Valois, était, lui, le fils naturel de Charles IX ; il résigna en 1597 pour se marier. Son fils, Louis de Valois, devint plus tard abbé de 1609 à 1629 avant de, lui aussi, abandonner la charge. Son successeur fut le cardinal Armand-Jean du Plessis de Richelieu.

François de Tournon, premier abbé commandataire

En 1533, alors qu’il est en route vers Le Puy en compagnie de la reine Éléonore d’Autriche, François Ier s’arrête à l’abbaye de La Chaise-Dieu où il est accueilli par le premier abbé commendataire, François de Tournon.

Turbulences

En 1562, les Huguenots envahissent l’abbaye et la saccagent alors que les moines s’étaient réfugiés dans la tour Clémentine. Grâce au four et au puits dans la tour, ils purent tenir 15 jours de siège en attendant les renforts. Pendant ce temps, les tombes étaient profanées, les statues brisées ainsi que le gisant de Clément VI.

Le cardinal de Richelieu (1582-1642)

Armand-Jean du Plessis de Richelieu (1582-1642), ministre de Louis XIII de 1624 à 1642, est nommé abbé de La Chaise-Dieu et de Cluny en 1629. Devançant les projets de réorganisation de l’Ordre bénédictin par le pape, il veilla à regrouper l’ensemble des monastères de cet Ordre dans le royaume dans une seule congrégation : la Congrégation des Bénédictins de Saint-Maur2 dont la maison-mère était à l’origine aux Blancs-Manteaux à Paris. Le déclin de l’abbaye était évident et le nombre de moines réduit à une cinquantaine. En 1640, il signa l’ordre de rattachement de l’abbaye de La Chaise-Dieu à la Congrégation de Saint-Maur.

De 1640 à 1790 : Les Mauristes

Le rattachement aux Mauristes ne fut pas accepté facilement par les bénédictins de La Chaise-Dieu : la congrégation mauriste était très centralisée et La Chaise-Dieu perdait une réelle autonomie. De plus, les Mauristes prenaient possession de l’abbaye au détriment des moines du lieu, lesquels étaient alors appelés les « anciens » et recevaient une pension jusqu’à leur décès. S’ils souhaitaient intégrer la Congrégation, les moines de La Chaise-Dieu devaient recommencer un noviciat selon les principes des Mauristes et prononcer de nouveaux vœux. Beaucoup refusèrent et on vit se côtoyer deux communautés : celle des Robertiens logés dans les bâtiments qui existaient place de l’Écho et celle des Mauristes qui s’installèrent dans les ailes des bâtiments existants qu’ils entreprirent de reconstruire. Ils se partageaient aussi l’église3. En 1643, après la mort du Cardinal de Richelieu, les moines casadéens tentèrent de remettre en cause ce rattachement. Cette démarche fut vaine, d’autant qu’ils étaient affaiblis en nombre et en moyens financiers.

Les Mauristes attachaient une très grande importance aux études. Désireux de s’inscrire dans l’histoire du monastère qu’ils « reprenaient », ils en écrivaient l’histoire grâce à leurs archives et cartulaires. À La Chaise-Dieu, ce travail de bénédictin s’est traduit par la publication de l’ouvrage de dom François Gardon sur la Vie de saint Robert et l’histoire de l’abbaye 4 , de l’Histoire générale de la congrégation de dom Victor Tiolier en 1652 et, en 1667, d’une histoire de l’abbaye en latin par dom Simon Genoux.

En même temps, ils entreprenaient de remettre en état l’abbatiale ravagée par les huguenots. Le tombeau du pape Clément VI fut reconstruit au milieu du chœur et le gisant put y être replacé. Le maître-autel, ceux des chapelles latérales ainsi que les retables datent de cette époque. Les bâtiments de la place de l’Écho (et donc la salle de l’Écho elle-même) ont été reconstruits à la fin du XVIIe siècle à la suite d’un incendie qui avait détruit les bâtiments datant de l’abbé Jacques de Saint-Nectaire. Ils reconstruisirent également le grand escalier de l’entrée de l’abbatiale et l’aile ouest des bâtiments abbatiaux.

La Congrégation de Saint-Maur

Pour découvrir d’autres abbayes mauristes, nous vous invitions à visiter le site de l’Association des Abbayes et Prieurés bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur

Le jansénisme

La doctrine du jansénisme apparaît en 1640. Jansenius déclare dans son livre appelé « Augustinus » que la grâce n’est accordée qu’aux seuls élus. Cette théorie, condamnée par le Pape et la Sorbonne, est soutenue par le Parlement de Paris et les solitaires de Port-Royal (Antoine Arnaud, Blaise Pascal...) Cette querelle s’apaise en 1668 quand tous les jansénistes acceptent de signer un Formulaire de Foi. Elle se rallume à l’occasion de la publication de la bulle Unigenitus en 1713.

L’abbaye devint un foyer d’accueil pour les jansénistes. La communauté casadéenne accueillit notamment Jean Soanen, évêque de Senez, l’un des plus farouches appelants, qui avait été suspendu de ses fonctions épiscopales et que le roi avait contraint à se retirer à La Chaise-Dieu, où il vécut de 1727 à sa mort en 1740 à l’âge de 93 ans.

Deux abbés de cette époque

Hyacinthe Serroni, abbé de La Chaise-Dieu de 1672 à 1687

Né en 1617 à Rome, il entre chez les dominicains. En 1645, il vient en France où il est nommé évêque d’Orange, puis de Mende en 1661. En 1672, prenant la suite de son protecteur le cardinal François-Marie Mancini, neveu de Mazarin, il est nommé abbé de La Chaise-Dieu. En 1676, il est nommé archevêque d’Albi et devient lui-même cardinal. En 1684, il vient à La Chaise-Dieu ; il offre à l’abbaye le magnifique buffet d’orgue et fait modifier le jubé pour permettre à la musique d’être mieux entendue dans le chœur. Ses libéralités pour la cathédrale d’Albi et l’abbaye de La Chaise-Dieu le ruinèrent. Il mourut en 1687. Il écrivit de nombreux livres religieux.

Louis-René-Édouard, prince de Rohan-Guéménée, cardinal-archevêque de Strasbourg, abbé de La Chaise-Dieu de 1756 à la Révolution. Né en 1734 à Paris, il succède à son oncle en devenant le dernier abbé de La Chaise-Dieu en 1756. En 1761, il est élu à l’Académie française. Ami de Buffon et d’Alembert, c’était un prélat philosophe. En 1772, il est envoyé comme ambassadeur à Vienne où il scandalisa l’impératrice par son mode de vie. En 1777, il est nommé coadjuteur, puis grand aumônier de France, puis il est créé cardinal et enfin nommé prince-évêque de Strasbourg. Il se compromet dans l’affaire du collier de la reine : Louis XVI l’oblige à « purger à La Chaise ». Il n’y vient que 4 mois en 1786. Il ne put jamais retourner à la Cour. En 1789, il est désigné pour représenter le Clergé aux États Généraux puis à la Constituante. Refusant la Constitution civile du Clergé puis l’abolition de la monarchie, il s’exile dans la partie allemande de son diocèse. Il se démet de ses fonctions lors du Concordat de 1801 et meurt en 1803.

Ce renouveau mauriste, spirituel et intellectuel, avait suscité des vocations plus nombreuses. Mais le XVIIIe siècle se traduisit par une désaffection de la vie monastique. En 1790, les moines n’étaient plus qu’une trentaine et la règle n’était plus appliquée avec la même ferveur.

1790 : Fermeture de l’abbaye

Dès 1789, l’Assemblée nationale prend les décisions qui mettent un terme à la vie monastique :

- le 2 novembre, les biens ecclésiastiques sont mis à la disposition de la Nation

- le 13 novembre, les communautés doivent déclarer leurs biens mobiliers et immobiliers

- le 13 février 1790, les vœux monastiques sont interdits et les ordres religieux supprimés

- En 1792, la République décide la vente des biens nationaux.

La fermeture de l’abbaye de la Chaise-Dieu se fit sans incident en février 1790. Le dernier prieur, dom Pierre Terrasse, et tous les moines furent relevés de leurs vœux. La plupart se dispersèrent. Dom Pierre Terrasse fut désigné maire. Il veilla à ce que l’Inventaire fut établi en mars 1790 dans le calme. Il organisa la dispersion de l’importante bibliothèque de 5853 volumes soit à l’évêché de Saint-Flour soit à la municipalité de Brioude. Le 3 mai 1790, jour de la prise de possession du monastère par le corps municipal, il demanda « de s’abstenir des fonctions municipales ».

Si l’église abbatiale fut relativement protégée par la population de La Chaise-Dieu, en revanche les bâtiments abbatiaux, abandonnés, furent pillés. En 1793, la plupart furent vendus aux enchères à des habitants du pays, dont certains moines rendus à la vie civile.

Le Concordat signé en 1801 par le Premier Consul Bonaparte et le Pape Pie VII, permet de rétablir une relative sérénité. L’évêché du Puy est alors rattaché à celui de Saint-Flour jusqu’à la Restauration.

En 1820, l’église abbatiale devint l’église paroissiale. Les trois anciennes églises paroissiales furent fermées et détruites.

Classement comme Monument historique

Prosper Mérimée (1803-1870), parallèlement à sa carrière d’écrivain, fut Inspecteur général des monuments historiques de 1834 à 1860, fonction à laquelle il donna un lustre exceptionnel. Dans ce cadre, il visita l’Auvergne en 1837 ; le rapport qu’il publia montre un désintérêt manifeste pour l’abbaye de La Chaise-Dieu. Ceci ne l’empêcha pas d’inclure les bâtiments abbatiaux en 1840 dans la liste des monuments nécessitant une intervention, ni de les classer comme “Monuments Historiques” en 1847. Il devint sénateur sous le second Empire où il bénéficiait d’un grand prestige mondain. Cette visite de Mérimée marqua le début de la prise en charge des bâtiments et du trésor (en particulier des tapisseries), propriétés de la commune, par l’administration des Monuments Historiques. De grands travaux y sont périodiquement entrepris.

L’abbaye accueille des visiteurs dès le XIXe siècle : George Sand fait le récit de sa visite en juin 1859 dans son Voyage en Auvergne, 5.

Au XXe siècle

Installation des tapisseries dans le chœur

Le nombre des visiteurs culmine en 1960 où il dépasse 60 000.

Genèse du Festival de musique

En 1966, Georgy Cziffra donna le premier concert de ce qui allait devenir le festival de La Chaise-Dieu. Son succès et sa notoriété allait faire de l’abbatiale un haut-lieu de la musique en Europe.

Vers un renouveau spirituel

En 1984, pour renouer avec la grande prière monastique qui avait résonné pendant plus de 700 ans et pour accueillir les touristes, Mgr Cornet, alors évêque du Puy, demande à la Communauté Saint-Jean qui venait d’être fondée d’ouvrir un prieuré à La Chaise-Dieu.

En 1990, Mgr Henri Brincard confirme cette mission des frères et leur confie la paroisse de La Chaise-Dieu et des villages alentour.

En 2017, Mgr Luc Crepy, nouvel évêque du Puy-en-Velay, demande aux catholiques de La Chaise-Dieu de s’investir dans la Pastorale du tourisme afin que l’Église et la bonne nouvelle de l’Évangile soient présentes sur le site réhabilité des bâtiments abbatiaux et que l’esprit du fondateur de ces lieux, saint Robert, continue d’y souffler.

Un site exceptionnel restauré

À partir de 2007, de grands travaux de réhabilitation du site sont entrepris sous l’égide de l’État, du département, de la Communauté de Commune, de la Commune de La Chaise-Dieu :

la chapelle des Pénitents, une partie des écuries et granges de l’abbaye situées place Lafayette sont aménagées en auditorium, le chevet de l’église abbatiale, l’aile de l’Écho est aménagé pour créer un parcours muséal, l’aile ouest est aménagé pour y installer l’accueil du public et des loges pour les musiciens du Festival, une salle est construite à l’emplacement des petites cours entre le mur de l’abbaye et celui de la bibliothèque pour accueillir « l’Historial des bâtisseurs » consacré à la chronologie de la construction de l’abbaye.

En 2018, ces travaux de réhabilitation sont terminés. Le site peut ouvrir au public et lui proposer une découverte historique de l’abbaye de La Chaise-Dieu axée sur la personne du pape Clément VI.

La tenture de chœur est installée dans une salle dédiée de l’aile de l’Écho.


Sources:

- Base Mérimée 

- Site de la Chaise-Dieu   

- Site de l'abbaye 

Posté le 05-12-2023 17:23 par Jimre

Tour Clémentine

Photo de la tour

Chaise-Dieu (La), Haute-Loire, arrdt. De Brioude, chef-lieu de canton.

Au sud-est de l'abside de l'église abbatiale, la « Tour Clémentine» est un donjon à contreforts servant de réduit fortifié à l'abbé, et de refuge aux moines en cas d'insécurité. On y accède par l'église, par une porte ouverte au fond de l'une des chapelles. Au rez-de-chaussée se trouvent un puits et un four. Deux des niveaux supérieurs sont voûtés, les autres sont planchéiés. Au premier étage une passerelle reliait la tour à l'abbaye. Les étages communiquent par un escalier à vis contenu dans une tourelle à l'angle nord-ouest. Le sommet est couronné de mâchicoulis.

La fondation de ce donjon est attribuée à Jean de Chandorat, évêque du Puy, avant 1355. Il aurait été terminé par le pape Grégoire XI avant 1378.


Photo des remparts d'après les sources


Porte et restes de l'enceinte du bourg (ou de l’abbaye ?) de la fin du XIVe ou XVe siècle.


Source fournie par Nano.M: 

- Dictionnaire des châteaux et fortifications du moyen âge en France, Charles-Laurent Salch, éditions Publitotal.


Photos:

- Nano.M (2023)

Posté le 24-11-2023 11:32 par Jimre