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DÉCOUVERTE D’UN PONT-LEVIS AU CHÂTEAU

Article aimablement fourni par Marlène et Gilbert Léautier

Contact presse château d’Aujac:

Marlène Rigal-Pouget: 0686662066 ou 0687346095

lechateau.aujac@gmail.com

www.chateau-aujac.org   


« L’esprit du château-fort, c’est le pont-levis » René Char 


1-LE SITE DE LA DÉCOUVERTE             

Surnommé « la sentinelle des Cévennes », le château du Cheylard d’Aujac dans le Gard, du haut de son promontoire à 600 m d'altitude, fait face au Mont Lozère. Sur sa motte en éperon barré, il est situé au nœud de trois départements, Gard, Lozère, Ardèche. À cette position de carrefour s’ajoutent trois singularités. Sa situation en sommet de vallée en fait le plus haut lieu de tous les châteaux de la Haute vallée de la Cèze. Ensuite, il est le seul à ne pas être au bord de l’eau, à occuper une position excentrée vis-à-vis de la rivière. Cette spécificité s’explique par son ancienneté. Avant d’être un château, ce fut d’abord un site occupé de tout temps, de la préhistoire aux Gallo-romains. Enfin, parmi tous les châteaux de son époque, c’est le dernier à avoir échappé, en grande partie, à la ruine, ce qui lui permet d’être encore habité aujourd’hui. Ici, depuis le Moyen-âge, le feu ne s’est jamais éteint et brûle encore de nos jours. Cette présence quotidienne, alliée à une activité permanente de recherche, en réseau avec des partenaires universitaires, facilite et explique le nombre constant des découvertes effectuées.       


2-DES TEXTES À LA DÉCOUVERTE                

L’existence de ce pont-levis, exemple rare en zone de montagne, n’a pas été une surprise. Cette présence était connue et attestée par deux textes du XVIIIème siècle, qui se recoupaient à 20 ans d’intervalle. En 1736, un rapport du Marquis de Trinquelage, en faisait mention. « Le Chayla qui est éloigné d’Aujac d’environ 400 toises, tirant vers le levant est un château flanqué de deux tours avec meurtrières, pont-levis et autres fortifications bien bâti et ancien puisqu’on trouve qu’il était construit en 1200. » En 1756, un mémoire du curé d’Aujac, confirmait cette information. « Le château du Chayla qui a titre de baronnie est un château bien baty, flanqué de deux tours avec meurtrières, pont levis et autres fortifications. Il fut construit avant 1200. » La disparition de ce pont-levis advint à la Révolution française. Les décrets de l’époque préconisaient la destruction de tous les signes féodaux, avec dans la liste, l’arasement des tours et la suppression des ponts-levis. L’achat du château en 1794 pour le transformer en ferme acheva le travail d’oubli. En effet, tout oppose logique militaire et logique civile. Les contraintes imposées par ce pont-levis contrariaient le bon fonctionnement d’une exploitation agricole. Suite au comblement du pont-levis, l’entrée du château et son couloir d’accès furent donc définitivement nivelés après 1834.     


3-UNE FUITE D’EAU PROVIDENTIELLE                

D’Archimède à Galilée, de Christophe Colomb à Charles Goodyear, d’Alexander Fleming à Louis Pasteur et Marie Curie, il est bien connu que les découvertes doivent autant au hasard qu’aux recherches. Cette constatation porte aujourd’hui un nom : la sérendipité. Pour le sourire, c’est l’art de « chercher une aiguille dans une botte de foin et en sortir avec la fille du fermier. » (Julius H. Comroe). Le 3 mars 2016, la rupture d’une canalisation d’eau sous pression entraîna une inondation devant le portail du château d’Aujac. Cette violente fuite d'eau pouvait gravement endommager les fondations comme les maçonneries et avoir des effets catastrophiques, susceptibles d’entraîner de graves désordres et la ruine des parties affectées. Au surplus, ce dégât des eaux pouvait être d’autant plus dangereux que sous le geyser créé par cette canalisation rompue, était enterré, en profondeur, un réseau de gaines électriques. L’urgence obligea donc non seulement à réparer le circuit d’eau mais à vérifier si en dessous l’inondation n’avait pas altéré soit les fondations, soit les canalisations électriques. Cette intervention de sauvetage entraîna la découverte fortuite d’une douve sèche de pont-levis, fosse avec escarpe, pente qui regarde la campagne et contrescarpe maçonnée en face. Malgré les travaux d’adduction d’eau et d’électricité, malgré le sinistre, par miracle, l’ouvrage était encore intact. Cette découverte fut signalée en priorité au service départemental de l’architecture et du patrimoine du Gard, aujourd’hui  UDAP (unité départementale de l’architecture et du patrimoine du Gard) avec qui les responsables du château d’Aujac sont habitués, de longue date, à travailler en liaison étroite. Le 7 avril, monsieur Jean-Baptiste Guggisberg, nouveau responsable du secteur, était présent sur site. 


4-UNE DÉCOUVERTE EXCEPTIONNELLE                    

Si la castellologie, discipline de l’étude des châteaux, née en 1960, a considérablement accru la réflexion sur les fortifications, dans ce bref demicentenaire, consacré surtout aux grands sites, nul ne s’est encore penché, faute de temps, sur des monuments plus modestes comme le château d’Aujac. Au surplus, les compétences en ponts-levis sont maigres, tant ce sujet est pointu et ce domaine rarement étudié. Depuis l’étude de Robert Bornecque « L’évolution des ponts-levis du XVIème au XIXème siècle » (1982) les communications sur les ponts-levis ne sont pas légions. Les travaux et spécialistes du sujet font défauts. Et pour cause ! Les cas à observer, et encore en place, sont rares. Outre cette singularité, la seconde originalité du pont-levis du château d’Aujac est d’avoir encore conservé les vestiges de son système de bascule avec ses tourillons, chevilles de fer qui servaient de pivot, avec en plus l’axe d’essieu du tablier de ce pont, avec enfin les pierres trouées, dîtes crapaudines, où s’emboîtait le mécanisme. 

Pour donner une idée de l’importance de ces pièces de musée, la seule représentation connue d’un tourillon, est un relevé d’Eugène Emmanuel Violletle-Duc, dessin qui date de 1854-1868 et figure dans le « Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIème au XVIème siècle ». La troisième information apportée par ce pont-levis a été de confirmer l’existence d’un sas d’entrée à ciel ouvert, long vestibule d’accès, couloir de défense qui fonctionnait en cul-de-sac et précédait l’ouvrage. Ce sas d’entrée à ciel ouvert était connu par les textes (1804) et par des plans (1834) mais il avait lui aussi disparu. Il permettait, avant d’entrer dans le château, d’immobiliser et de contrôler l’arrivant entre deux portails distants de quatorze mètres. Le visiteur qui se présentait était obligé d’avancer à découvert, en présentant son flanc droit, le côté inverse du bouclier, selon le principe de Vitruve, architecte romain (1er siècle av.J.-C), auteur de « De Architectura ». Au surplus, dans cette ruelle conçue comme une impasse, l’arrivant dans cette zone filtre était à la merci d’une série de meurtrières et d’ouvertures axées sur son passage. Ce système d’architecture de défense est considéré comme une typologie rare et peu répertoriée. Dans la diversité des châteaux en France, l’intérêt de chaque site est d’offrir son cas particulier.  « L'un des caractères les plus frappants de l'art comme des mœurs du moyen âge, c'est d'être individuel. Si l'on veut généraliser, on tombe dans les plus étranges erreurs, en ce sens que les exceptions l'emportent sur la règle; si l'on veut rendre compte de quelques-unes de ces exceptions, on ne sait trop quelles choisir, et on rétrécit le tableau. » Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc. La découverte effectuée au château d’Aujac apporte donc un jalon de plus dans une discipline pour l’instant encore fragmentaire. 


5-DES ROIS MAGES AUTOUR D’UNE DÉCOUVERTE             

 « Il faut vous féliciter pour l’enthousiasme entraînant avec lequel vous impulsez les travaux de recherche et de conservation des trésors que recèle votre château.» Seul auteur à avoir consacré un ouvrage aux ponts-levis, Robert Bornecque, Agrégé d’histoire, Docteur d’état, prit la peine d’envoyer une lettre manuscrite aux découvreurs. Si son âge, 90 ans aujourd’hui, ne lui permettait plus le déplacement, avec humour et gentillesse, il répondit en parrain de l’aventure. « Je forme des vœux énergiques pour le succès de votre entreprise. » La première à arriver sur site, dès le 9 avril, fut Catherine Hébrard-Salivas, Université Bordeaux-Montaigne, Docteur d’état, spécialiste du verre, qui n’hésita pas à entreprendre le voyage Bordeaux-Aujac et à rester quatre jours sur place. Elle prit en charge, pour une future communication, une partie du mobilier trouvé dans la douve ainsi que les autres verres découverts au château d’Aujac. Les seconds à venir sur place furent Nicolas P.Baptiste, Doctorant-chercheur Université de Savoie, Fonds de recherche Morges (Suisse), Consultant Collection Joubert-Musée Masséna de Nice et Soline Anthore, doctorante Université de Grenoble et de Venise, qui vinrent du 15 au 16 mai. Le troisième à se déplacer, du 17 mai au 18 mai, fut Max Josserand, administrateur du Centre de Castellologie de Bourgogne, chercheurindépendant, auteur d’articles et de monographies sur les ponts-levis et passionné du sujet depuis 30 ans. Les quatrièmes à venir seront deux professeurs de l’Université Paul ValéryMontpellier 3, Géraldine Victoir et Vincent Challet, l’une Maître de conférences en histoire de l’art médiéval, l’autre Maître de conférences en histoire médiévale, attendus pour les 23 et 24 mai. D’autres chercheurs-universitaires seront présents sur le site dès cet été. Ainsi Jean-michel Poisson, archéologue, Maître de conférences à l’E.H.E.S.S de Lyon. De même Alain Kersuzan, docteur en histoire et archéologie médiévale, Chargé de cours, Université Lumière Lyon 2. Cette mobilisation, qui n’est pas si fréquente, mérite d’être soulignée.          


6-LA RECONSTITUTION DU PONT-LEVIS                           

La discipline des ponts-levis étant encore en genèse, les textes seuls ne suffisent pas à en expliquer le fonctionnement, d’autant plus que les tentatives d’essais et les modèles furent multiples. En 1982, Robert Bornecque concluait son étude par cette constatation : « Les innombrables inventions destinées à améliorer la manœuvre des pontslevis (et dont nous n’avons énuméré que les plus marquantes), tendraient à prouver que le problème n’avait pas reçu de solution satisfaisante ! Autrement,  l’on n’eût pas pris tant de peine pour en chercher d’autres ! » Il y a eu au cours des siècles mille essais de pont-levis sans jamais pouvoir s’arrêter à aucun modèle. Le vice fondamental vient du principe et des matériaux, bois et fer, périssables. Cette forme de défense avait son sens en temps de guerre mais les temps de paix étaient plus longs. Utiles en cas de danger, les pont-levis étaient une contrainte d’entretien au quotidien et compliquaient le reste du temps la vie de tous les jours. Le fer rouillait, le bois pourrissait, et au bout de quelques années le système de levage se voilait et dysfonctionnait. La précision des jointures et de l’équilibre qu’impliquait le bon fonctionnement du mécanisme ne résistait pas aux intempéries. À l’usage les ponts-levis avaient plus finalement une valeur symbolique, ostentatoire, qu’une fonction utile. Pour interpréter correctement le fonctionnement du cas particulier offert par le pont levis du château d’Aujac, la seule méthode concluante sera donc de le reconstituer.

C’est à cette archéologie expérimentale que va maintenant se consacrer l’équipe du château d’Aujac, qui a la chance d’avoir parmi ses membres un ingénieur charpentier, Jean Roux d’Aujac et un forgeron, Olivier Diaz de Molières-surCèze. Cette expérimentation, prévue de mi-mai à mi-juillet, permettra de vérifier sur le terrain la réalité des textes et des traces. Si les résultats correspondent aux attentes, les visiteurs de cet été pourront entrer dans le château par un vrai pont-levis en parfait état de marche. Toutefois, merci de ne pas demander à chaque visite l’effort de la manœuvre à nos compétentes et jolies guides, sinon elles finiront l’été en athlètes de foire.                                                                                                                                               

Posté le 04-06-2016 13:51 par Jimre

Pont-levis découvert à Aujac

Voici la retranscription d'un Article d'Adrien Boudet paru sur le site du Midi Libre concernant une découverte exceptionnelle, dans le château, situé à 600 m d'altitude, d' Aujac.

"Il y a des malheurs qui ressemblent à des bénédictions. Quand, le 3 mars dernier, un "mini-geyser" jaillit dans la cour d'entrée du château d'Aujac suite à une rupture de canalisation, Marlène Rigal et Gilbert Léautier sont d'abord furax. L'eau sous pression peut gravement endommager les fondations comme les maçonneries et avoir des effets catastrophiques. Bref, il va falloir réparer la fuite, descendre jusqu'à Bessèges - 16 km - pour trouver la pièce adéquate, puis remonter. Mais c'est lors de la réparation du tuyau, enterré en profondeur au-dessus d'un réseau de gaines électriques, que les châtelains disent avoir fait une extraordinaire découverte : "On a du gratter un peu, retirer des pierres, et on a découvert qu'il y avait une fosse avec escarpe, et une contrescarpe maçonnée qui lui faisait face." Cette fosse, qui va jusqu'à  2, 20 m de profondeur, est en réalité une douve sèche de pont-levis, celui-là même qui était mentionné dans des textes de 1736 et 1756 (lire ci-contre), avant de tomber dans l'oubli. "Dans la tradition familiale, on ne parlait pas de pont-levis, explique Marlène, dont les aïeuls avaient acheté le château en 1794. Il n'y avait aucune trace pouvant laisser penser qu'il y en avait un, à part un portail en pointes de diamant."

"Dans la tradition familiale, on ne parlait pas de pont-levis. Il n'y avait aucune trace pouvant laisser penser qu'il y en avait un"


Tombé dans l'oubli

Deux textes faisaient état d’un pont-levis à Aujac. Celui du Marquis de Trinquelage d’abord, qui en 1736 parlait du "Chayla d’Aujac (...), un château flanqué de deux tours avec meurtrières, pont-levis et autres fortifications (...)". Celui du curé d’Aujac ensuite, vingt ans plus tard, vantant ce "château bien baty (...) avec meurtrières, pont-levis et autres fortifications."

Mais la Révolution française passa par là et, plus jamais, on n’entendit parler du pont-levis du château d’Aujac. "Les décrets préconisèrent la destruction des signes féodaux avec, dans la liste, l’arasement des tours et la suppression des ponts-levis", raconte Marlène Rigal-Pouget. 

Ce portail en pointes de diamant, resté en place jusqu'au début XXe, était en réalité l'entrée principale de l'enceinte du château. Il ouvrait sur une ruelle qui, en angle droit, débouchait sur un pont-levis donnant accès à l'intérieur du château. Le pont a laissé d'autres traces que sa douve. On a retrouvé une cheville de fer qui s'encastre aisément dans les crapaudines les pierres trouées, elles aussi intactes où s'emboîtait le mécanisme. On a également récupéré l'axe d'essieu du tablier de ce pont, en très bon état.

En levant la tête, deux trous apparaissent au-dessus de la porte d'entrée, longtemps pris pour des meurtrières. C'est par ceux-ci que descendaient les cordes du pont-levis (plus probables que des chaînes, au vu notamment de l'usure de la pierre). Rapidement, les experts ont accouru, depuis Nîmes, Montpellier, Bordeaux, ou la Suisse pour se rendre compte (1). Pour Max Josserand, administrateur du centre de castellologie de Bourgogne, l'un des très seuls spécialistes nationaux des pont-levis, la découverte est rarissime : "On a en France des milliers de traces de pont-levis à flèches, mais seulement quelques vingtaines de pont-levis à treuil et à cordes."

Comment marchait exactement ce pont-levis ? Quelle est sa datation exacte ? Les historiens vont continuer de défiler au château pour essayer d'affiner la recherche.

En attendant, Gilbert Léautier et Marlène Rigal ont déjà fait appel à un menuisier et un forgeron (lire ci-dessous) pour reconstituer le pont-levis, qui devrait être inauguré mi-juillet. Le public devrait venir nombreux. "Le pont-levis a une grande importance dans l'imaginaire. Il appartient au rêve. On en a tous un en tête", suggère Gilbert Léautier. Quand les fuites d'eau débouchent sur des rêves...

(1) On citera entre autres Jean-Baptiste Guggisberg, de l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine du Gard, Catherine Hébrard-Salivas, de l'université Bordeaux-Montaigne, Nicolas Baptiste, de l'Université de Savoie, Soline Anthore, des universités de Grenoble et Venise. Des chercheurs montpellierains, bordelais ou lyonnais arrivent...


Une forteresse difficile à prendre

Le château du Cheylard, à Aujac est surnommé la sentinelle des Cévennes. Il se trouve au Nord du Gard, aux confins de la Lozère et de l’Ardèche. Des frontières qui, à peu de choses près, étaient calquées sur des frontières semblables, au cours de l’histoire. Ce qui explique la présence d’une succession de châteaux sur la Haute Vallée de la Cèze. Le château du Cheylard se trouve à 600 m d’altitude. "Il semble que les châteaux de montagne n’avaient généralement pas de pont-levis, remarque Gilbert Léautier. Celui-là si." On peut donc considérer que le château du Cheylard était particulièrement bien défendu. Précisions que la douve du pont-levis d’Aujac était sèche, elle ne contenait pas d’eau."



Posté le 25-05-2016 20:19 par Jimre

Fressac

Château Pierre Verdelhan des Molles

Surveillant la route entre Anduze et Saint Hippolyte du Fort et bien que d’allure altière, le château de Fressac reste une construction modeste, surtout remarquable par son architecture militaire. Le panorama depuis sa position est de toute beauté.

Point de repli et de défense plus qu’un lieu de vie, le château de Fressac était un refuge en périodes d’instabilité. 

On peut attribuer la construction du château de Fressac (donjon puis enceinte) aux Bermond, au début du XIIIe siècle. Pierre Bermond, seigneur d'Anduze et de Sauve est aux côtés de son suzerain, le comte de Toulouse, à Uzès en 1210.

Bien que le comte Raymond VII ait signé le traité de Paris en avril 1229 (rapprochement des terres occitanes du royaume de France), le seigneur d'Anduze et de Sauve poursuit la lutte contre les croisés venus du Nord. Battu, il est dépossédé de ses seigneuries d'Alès, d'Anduze, de Sauve et de Sommières. Fressac est confié à l'Hôpital de la ville du Puy-en-Velay qui le cède à l'évêque de la ville en 1307. Ce dernier le conserve jusqu'en 1539. Une cinquantaine d'années plus tard, Jean de la Nogarède renforce ses défenses et y installe une petite garnison huguenote.

Un siècle et demi après ces événements, pendant la guerre des camisards (soulèvement armé des protestants des Cévennes contre le pouvoir royal) le château sert de refuge à la population lors de l'attaque de la ville de Sauve, en décembre 1702.

Entre le XVIe siècle et le XIXe siècle, Fressac passe entre de nombreuses mains (familles de la Nogarède, Genas, de la Musnière de la Lamonie, de Cadolle, de Verdelhan). En 1992, la commune s'en porte acquéreur et l'association " Fressac le château " est créée pour sa sauvegarde.

Il est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.


Sources:

- Panneau situé au pied du château

-Article sur richesheures.net avec pleins d’infos sur l’architecture


Photos:

- Jimre(2016)





Posté le 10-04-2016 11:22 par Jimre

Portes

Comme une proue dressée sur l’horizon, le majestueux château de Portes, élevé vraisemblablement à l’emplacement d’un oppidum gaulois, contrôlait autrefois le passage entre le bas pays et les montagnes. Véritable porte d’entrée des Hautes Cévennes parcourue par de nombreux touristes, le col de Portes et son château classé au titre des Monuments Historiques, surveillent l’ancien chemin dit de Régordane (aujourd’hui GR700), qu’empruntaient autrefois les pèlerins de Saint Gilles du Gard et les Croisés vers la Terre Sainte.

Portes est en effet une étape de ce chemin qui relie, sur plus de 240 km, le Puy en Velay à Saint Gilles du Gard, en passant par les hauts plateaux volcaniques, puis granitiques, des failles et bassins miniers cévenols, jusqu’aux plaines du delta du Rhône.

Dès le IVe siècle, ce chemin mythique conduisait les pélerins vers Saint Gilles, Rome ou Jerusalem. Vers l’an Mil, les bénédictins bâtirent abbayes, églises et prieuré, développant les échanges commerciaux et les parcours de transhumance. Villages et hameaux, hostelleries et fontaines se sont établis tout au long de son itinéraire, nous laissant un très riche patrimoine architectural.

Le château a connu de nombreuses phases de construction à partir du XIe siècle. La dernière fut l’édification du « Château-Neuf », bâtiment haut et énigmatique de plan triangulaire, adossé à la forteresse médiévale et construit en grand appareil de gré doré sur la base d’un éperon très effilé qui fait du « Vaisseau des Cévennes » une architecture spectaculaire et unique en Europe qui a défié plus de dix siècles d’Histoire.

Habités jusqu’au XXe siècle, le château et village se ruinèrent rapidement à la suite d’effondrements du sous-sol lié à l’exploitation intensive de la houille dans la région autour d’Alès pendant la Grande Guerre.

Le château demeure le seul vestige du village autrefois au pied du château, qui a été rasé et reconstruit 300 mètres plus loin à son emplacement actuel.

La restauration du château a été entreprise à partir de 1969 par l’association « Rennaissance du château de Portes ».

Aujourd’hui, la commune de Portes est située au carrefour de quatre territoires : trois départements (Gard, Lozère et ardèche) et le parc national des Cévennes, véritables terres de caractère, inscrit récemment sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Source:

- Panneau près du château


Photos:

- Jimre (2014)

Posté le 14-02-2016 21:15 par Jimre

Aigueze

Photos:

- Jimre (2015)

Posté le 25-01-2016 09:39 par Jimre

Aujac

LE CHÂTEAU DU CHEYLARD D’AUJAC

Sentinelle de trois Cévennes : Gard, Lozère, Ardèche, le château médiéval du Cheylard  est situé sur la commune d’Aujac (Gard 30450).

Assis sur un promontoire, du haut de son éperon barré, cet ensemble castral surplombe la départementale D51, qui traverse l’Ardèche et relie Saint-Ambroix (Gard) à Villefort (Lozère).

C’est le point culminant de la Haute Vallée de la Cèze à 600 mètres d’altitude.


HISTORIQUE

Né à la charnière du XIIème au XIIIème siècle, par la volonté de l’évêque d’Uzès et de Bernard d’Anduze, le Cheylard d’Aujac est mentionné en 1211 « bastida nova quae vocatur Caslar ».

Mariage du glaive et de la crosse, il contrôle l’un des principaux axes des communications Nord-Sud au Moyen Âge, le « val Cizarencha ».

Victime collatérale de la croisade des Albigeois et de la pénétration royale dans le midi de la France, en 50 ans son destin bascule.

Entre 1254 et 1308, l’Histoire lui enlève route et pouvoir.

Au XIVème siècle, il sera vendu à des seigneurs locaux, les Cubières.

À l’occasion des Guerres de religion, il retrouve une importance provisoire.

En 1609, il est érigé en baronnie pour services rendus au roi de France.

Racheté en 1805 par ses métayers, les Rigal, il restera habité par la même famille jusqu’à aujourd’hui.

Protégé par sa petite taille, sauvé par son isolement, à l’abri dans l’oubli, il est le dernier témoin du Moyen Âge encore debout et en vie dans la Haute Vallée de la Cèze.


CHÂTEAU ET DÉPENDANCES

L’existence d’un château et de son village castral sur le même site est un exemple rare de conservation.

Soit au cours des siècles en s’agrandissant, le village absorbe le château jusqu’à disparition.

Soit le château se développe au détriment du village.

L’un a toujours servi de carrière de pierres à l’autre.

Ici, l’annexe du château a été préservé et le hameau du Cheylard  restitue au monument sa dimension humaine.

Chapelle, colombier, clède, ferme, fontaine, forment une basse-cour insérée au pied des remparts. Ces bâtiments, encore actuellement en usage, participent à la vie d’un site où le feu ne s’est jamais éteint.


RESTAURATIONS

Inscrit depuis 1949 à l’Inventaire des Monuments Historiques, le château d’Aujac a bénéficié de plusieurs campagnes de restauration de 1998 à 2003 pour sauvegarder son donjon résidentiel et son hameau castral du Cheylard.

Ces travaux ont été  réalisés avec le concours de l’Europe, la Fondation du Patrimoine, la Région Languedoc-Roussillon, la Direction Régionale des Affaires Culturelles, le Parc National des Cévennes, la Direction régionale de l’Environnement, le Conseil Général du Gard, sous la maîtrise d’ouvrage de l’Arrca (Association de recherches et restaurations du Cheylard d’Aujac).


UN CHÂTEAU POUR DEMAIN

L’été aux visiteurs, l’hiver aux chercheurs.

Depuis 20 ans, objet d’un programme de valorisation scientifique, culturelle, économique et touristique, le château d’Aujac animé conjointement par une Association et ses propriétaires, suscite dans le public un intérêt de plus en plus croissant.

Géographiquement excentré, il a su préserver son identité et constitue un réservoir de découvertes pour les chercheurs de demain.


OUVERTURE 

Du 10 juillet au 20 août : tous les jours, sauf lundi, de 14h à 19h

Hors-saison : tous les dimanches et jours fériés de 14h à 18h.

Ouvert toute l'année, pour les groupes sur réservation (15p).

Fermeture annuelle de Toussaint à Pâques

Accueil polyglotte, visite extérieure autonome, visite intérieure guidée, animations pour les scolaires : ateliers parchemins, blasons, conteur, forgeron… 

Parkings gratuits au pied du site, parking handicapés aux portes du château.


TARIFS

Adultes/6€, enfants/4€, groupes/5€


CONTACT

Adresse: Château du Cheylard d’Aujac 

30450 Aujac 

tel:  - 04 66 61 19 94

       - 06 86 66 20 66 


Site internet: http://www.chateau-aujac.org 

E-mail: lechateau.aujac@gmail.com 


Le château est une Propriété privée – animé conjointement par les propriétaires et l’Association Entracte (association loi 1901)


VOIR AUSSI :

Sur chaîne Youtube :

http://www.youtube.com/channel/UCZDyp8iEjmKGOAT5L3WCPqg

Sur Facebook :

http://fr-fr.facebook.com/pages/Château-du...dAujac/263509297119988


SOURCES ET PHOTOS:

- aimablement prêtées par Marlène et Gilbert Léautier

- Jimre (2015)

Posté le 26-01-2015 19:33 par Jimre

Uzès

Les articles sur la Toile ne manquent pas sur Uzès. Ne manquez pas d'aller y faire un tour pour avoir d'autres informations...Bonne lecture 8;-))

Nous avons décidé de faire une compilation à partir de certains de ces sites. Nous y avons mis d'autres info que celles concernant la partie médiévale car il nous a fallu comprendre tout le cheminement qui nous permet de visiter une Uzès tellement "médiévale"encore aujourd'hui.


Les hommes ont habité très tôt le site d'Uzès.  Selon un archéologue, M. Charmasson, tout a commencé dans la vallée, au bord de l'Alzon, à proximité des sources de l'Eure, en raison de l'importance vitale de l'eau, qui y était abondante.

Les invasions celtiques du Ve siècle av. J.-C. contraignent les Ligures autochtones à transporter leur habitat sur la hauteur qui offrait une excellente position défensive avec ses à-pics sur la vallée, et que l'on protège d'une muraille de pierres au nord et à l'ouest.

À cette raison stratégique s'ajoute une situation privilégiée lors de la pénétration hellénique dans cette région : cet emplacement est le nœud d'un réseau commercial, un centre de transit. Les habitants ont dû tirer de larges bénéfices en imposant des droits de péage aux Grecs dont les caravanes allaient quérir en Cévennes des minerais nécessaires à leurs industries ; l'agriculture et l'élevage leur permettaient également de vendre quelques marchandises locales et les premiers produits de petites industries (poteries et tissage).

L'accalmie consécutive aux invasions, au IVe siècle av. J.-C. IIIe siècle av. J.-C., semble avoir permis de revenir au site de la vallée. A la population, se sont mêlés des éléments celtes de la peuplade des Volques Arécomiques (répandue dans le territoire de l'actuel département du Gard et dont Nîmes est la capitale). Porteurs d'une civilisation propre, ils s'ouvrent néanmoins très largement à l'influence des colons grecs dont ils adoptent ou adaptent l'art, la religion, l'écriture.

Les guerres ensanglantent les deux premiers siècles av. J.-C. Des sépultures attestent la résistance des Volques à l'effort des légions romaines du consul Gnaeus Domitius Ahenobarbus pour s'emparer des voies commerciales, mais aussi aux Cimbres et autres envahisseurs venus du Nord par la vallée du Rhône.

Les Romains après la conquête de la Narbonnaise dominent sur tout le Languedoc. 

La culture celto-grecque assimile progressivement l'influence de Rome. C'est l'heure de la civilisation gallo-romaine. Simple « castrum » ou camp retranché, la ville va accéder au statut de « civitas ». Par les progrès des relations avec les Grecs de Marseille, par la romanisation, cette période est celle d'une très grande prospérité qui se traduit concrètement dans l'urbanisme. La monnaie se substitue au troc. La vaisselle d'argile rouge et noire, dont des fragments ont été retrouvés, atteste des relations commerciales avec la Campanie. Après 49 av. J.-C. et la prise de Marseille par César, l'influence phocéenne sur la région décroît.

Uzès, « Ucetia » gallo-romaine, se rattache dès lors à la Nîmes augustéenne  et devient ville résidentielle aristocratique sous son règne. 

Son développement en ville résidentielle pour une aristocratie romanisée est favorisé par la « Paix romaine ». Fonctionnaires ou notables nîmois, vétérans des légions trouvent ici un agréable séjour, comme l'atteste l'épigraphie (stèles des Caton, des Domitius, des Pompéius).

Le nom d'Ucetia, formé probablement sur un toponyme celte, donnera régulièrement Ucèz ou Usèz (comme on le lit encore dans les lettres de Jean Racine), puis Uzès. On peut aisément imaginer, grâce à quelques découvertes faites dans le sol de la ville, la richesse du cadre urbain, avec ses temples (à Mars, à Auguste), ses demeures patriciennes luxueuses ornées de mosaïques, ses statues (à Jupiter, à Mercure).

L'aqueduc du Pont du Gard 

Les routes, comme à Rome, sont bordées à la sortie de la ville de riches nécropoles. Dans cette ère de prospérité et de confort, une réalisation universellement connue est liée au nom d'Uzès : le captage de l'Eure au pied de la ville, et la construction de l'aqueduc de 50 km qui, par le Pont du Gard, conduit l'eau potable jusqu'à Nîmes.

On retrouve encore dans la vallée, sous les ronces ou à l'air libre, des vestiges du célèbre ouvrage. Et les eaux de l'Eure alimentent aujourd'hui directement la ville d'Uzès. La racine UR de Ura, l'Eure, signifie « l'eau ». La source a été d'abord divinité. À celle-ci se sont substituées les nymphes romaines, honorées par un collège de prêtres et auxquelles un certain Pandus a élevé un monument pour avoir, de leurs eaux, fait « tant jeune que vieux, un salutaire usage » (inscription conservée à l'intérieur du Duché).

La christianisation 

L'implantation du christianisme à Uzès est sans doute, d'après les historiens, moins précoce que ne l'a laissé croire la crypte du IV siècle qui avoisine le duché. C'est au IVe siècle, au cours de l'ère constantinienne, que s'est répandue ici la religion nouvelle. Après l'apogée romain, le Bas-Empire est une période de déstabilisation générale et de régression. Les premiers diocèses calqués sur l'organisation impériale se sont progressivement substitués à elle : ils apparaissent comme un rempart opposé à la barbarie et aux troubles.

C'est donc au IVe siècle qu'est fondé l'évêché d'Uzès.

Les premiers évêques, de riches notables, jouent un rôle considérable dans les domaines tant spirituel que temporel : ils ont pour tâche d'évangéliser, d'organiser les communautés, de les protéger des premières déviations (qui, en Languedoc, sont florissantes), de participer à des conciles, de construire ou reconstruire des églises. Ils doivent être, selon la formule de l'empereur Valentin, les « défenseurs de la Cité », les protecteurs de la population, des négociateurs politiques et artisans de paix. Ainsi se présentent à Uzès aux Ve et VIe siècles les Constance, les Rorice.

Leurs noms sont tombés dans l'oubli. Mais certains d'entre eux, par leur personnalité, leur piété, ont suscité la vénération de leurs contemporains et même de la postérité. Tels saint Firmin et son neveu saint Ferréol, tous deux évêques du VIe siècle, dont les reliques attirèrent à Uzès de pieux pèlerinages et, si l'on en croit la légende, furent l'occasion de nombreux miracles.

Tous deux avaient été aussi des bâtisseurs. Le premier fit construire une grande basilique dédiée à saint Baudile, martyr nîmois, dans le faubourg qui prit le nom ensuite de Saint-Firmin. L'autre fonda une abbaye au roc Auriol, au sud de la ville, et fit édifier une église Saint-Pierre et Saint-Paul.

À la fin du VIe siècle, on ne comptait pas moins de cinq églises à Uzès.

Les invasions 

On entre alors dans ce qu'on a appelé « la nuit barbare » : les documents ou vestiges de cette époque sont rares ; elle voit déferler les vagues successives des invasions. Vandales, Wisigoths, Francs, Sarrasins effacent les traces de la brillante civilisation gallo-romaine ainsi que les premiers monuments chrétiens. Durant ces siècles obscurs, Uzès fait partie de la Septimanie ; elle appartient aux Wisigoths puis aux Francs, et sera rattachée enfin au Royaume de Provence.

Le Duché est bâti sur un ancien ‘Castrum" ou camp romain. Ce lieu devint dans le premier millénaire la résidence du gouverneur. Ces constructions en bois n'ont pas traversé le temps. L'évêché d'Uzès est créé au Ve siècle après J.-C. sur le modèle de l'organisation romaine. Jusqu'à la Révolution paraît-il, les évêques d'Uzès battaient monnaie et rendaient la justice : prérogatives qui témoignent de leur grande puissance. Au  XVIIIe siècle, le diocèse d'Uzès compte 193 paroisses, figurant ainsi parmi l'un des plus vastes du Languedoc.L'aube se lève avec la renaissance carolingienne. Et l'on peut dire que c'est de Charlemagne que date l'organisation seigneuriale de la cité. Un « comes », que le mot comte traduit de façon ambiguë, est le représentant du pouvoir centralisé institué par l'empereur. Nous connaissons les noms des premiers seigneurs, qui ne deviennent les vassaux du comte de Toulouse qu'à partir du XIe siècle : Elzéart, Décan Ier, Bermond Ier. Celui-ci est célèbre parce qu'il fit élever en 1170 la grande tour carrée qui servait de donjon dans l'enceinte du château. D'où le nom encore utilisé de Tour Bermonde pour désigner la tour du Duché. C'est sous Charlemagne que les évêques sont habilités à battre monnaie. Ce privilège leur sera confirmé en 1156 puis en 1211. L'atelier de monnayage était sis en l'Hôtel de la Monnaie, dans la rue de ce nom, où une plaque de marbre commémore encore le fait. On a conservé trois pièces, deux en or, une en argent, dont l'une porte le nom de « sou de Charlemagne ».Un autre nom brille d'un grand prestige dans le IXe siècle uzétien : celui de la princesse Dhuoda, épouse du duc de Septimanie, qui séjourna à Uzès sous la protection de l'évêque Eléphant. Elle y fut exilée au milieu du IXème siècle par son époux Bernard. Dhuoda fut la première femme à écrire un livre en occident. Ce livre, qui existe toujours, est un manuel d'éducation pour son fils. C'est un remarquable traité d'éducation d'inspiration chrétienne : c'est le premier ouvrage écrit par une femme. Elle mourut en 843, après avoir composé sa propre épitaphe, dont le texte nous est connu. Sa sépulture pourrait bien être un jour découverte dans l'enceinte du château.Avec le XIe siècle, s'ouvre, pour Uzès comme pour le Languedoc en général, une ère de prospérité et de grands changements. C'est alors que va se dessiner une physionomie de la ville qui variera peu jusqu'aux temps modernes.

L'essor économique et démographique entraîne richesse et constructions. Une classe aisée de bourgeois et de commerçants contribue au dynamisme de la cité. Les routes s'améliorent. Les premières fortifications de la ville sont construites en 1148 et ne cesseront d'être améliorées ou refaites. Si l'on a appelé le  XIIe siècle le « printemps européen », il est aussi, pourrait-on dire, le siècle du printemps uzétien.

Le clergé et les évêques voient leurs revenus s'accroître. Une cathédrale est construite en 1090. Détruite, dit-on, par les Albigeois en 1177, elle est relevée bientôt après, dans les dernières années de ce XIIe siècle avec le magnifique campanile, ajouré de fenêtres, merveille de l'architecture romane, qu'on appelle la Tour Fenestrelle. On construit alors d'autres églises : Saint Géniès, dont les ruines sont encore visibles, Notre-Dame la Neuve, au sud de la cathédrale. Les Tours imposantes qui symboliseront bientôt les trois pouvoirs (épiscopal, royal et ducal) sont édifiées du XIe au  XIIIe siècle. De plus, il suffit de pénétrer dans les maisons, de parcourir les rues ou les places pour retrouver des témoins de cet essor médiéval : rez-de-chaussée voûtés, moulures, sculptures, escaliers à vis, tourelles, etc.

En 1214, l'évêque Raymond IV reçoit d'un certain Pierre de Nozières le terrain sur lequel sera édifié un « hospital des povres du Roc Auriol ». Agrandi au  XVIIIe siècle, c'est aujourd'hui l'Hôpital général.Il faut évoquer ici une conquête capitale, dont la date précise est difficile à fixer : la création des Consuls avec l'assentiment du seigneur et de l'évêque. Elle reflète l'émancipation de la nouvelle bourgeoisie. Uzès est l'une des premières villes du Languedoc à être dotée d'un consulat qui administre la cité (jusqu'à la création des mairies par Louis XIV) en assurant l'ordre et la défense des citoyens. Bientôt, le pouvoir royal trouvera son compte dans cet instrument d'opposition aux seigneurs et de liquidation de la féodalité. Une charte de Philippe VI en 1346, rédigée en langue romane et conservée encore aujourd'hui dans le bureau du maire, définit les droits et privilèges des nouveaux magistrats. Les consuls sont d'abord au nombre de deux puis de quatre, nommés, puis élus, et installés par l'évêque. Ils sont aidés par un corps d'officiers municipaux (clavaire, régent, greffier, banniers, valets de ville, garde-terre, etc.). Au début, ce ne sont que des notables, instruments dociles entre les mains des seigneurs. Peu à peu ils acquerront à la fois représentativité et autonomie, jusqu'à s'opposer parfois aux décisions et au pouvoir seigneuriaux, ce qui leur vaudra de Charles V le privilège de mettre en tête de leurs armoiries les armes de France.Il y a un éveil religieux aussi aux XIe et  XIIe siècles. Mais il se traduit de manière contradictoire à la fois par un esprit de réforme aux effets positifs et par l'hérésie, dont l'un des visages est le catharisme, largement répandu à Uzès. La croisade contre les Albigeois, encouragée par l'Eglise, attise la violence. À Uzès, les Albigeois détruisent la Cathédrale en 1177 ainsi que les églises Saint Pierre et Saint Paul, Saint Jean et Saint Ferréol. Mais on sait qu'à la faveur de la répression conduite par Simon IV de Montfort et par Louis VIII, le Languedoc et, avec lui, le comté d'Uzès sont alors annexés par la royauté. La soumission de l'hérésie à Uzès par Simon IV de Montfort, l'entrée de Louis VIII dans la ville en 1226, marquent un tournant dans l'histoire locale ; et le traité de Paris en 1229 sanctionne le rattachement à la Couronne du Comté d'Uzès.

Désormais trois pouvoirs s'exercent sur la ville : à ceux du seigneur et de l'évêque s'ajoute le pouvoir royal représenté par le sénéchal à Beaucaire et, sur place, par la viguerie royale. Leurs domaines s'enchevêtrent.

Les querelles de suzeraineté entre les grands, les conflits de juridiction entre les diverses justices, remplissent pendant des siècles la chronique et profitent à la basoche (notaires, greffiers, officiers).

En 1346, la seigneurie d'Uzès devient vicomté. Par-là, le roi Philippe VI de Valois entend honorer Robert 1er en récompense de son aide vaillante avec une troupe d'Uzétiens sur le champ de bataille de Cassel.

Au XIVe siècle, Uzès bénéficie, pour son commerce, de la proximité de la papauté installée en Avignon. Mais c'est l'époque de la guerre de Cent Ans. L'essor du Moyen Âge est soudain rompu par de graves fléaux. En 1348, une terrible peste s'abat sur la ville et la décime par familles entières. La campagne se vide. D'autres épidémies assaillent encore le pays en 1361, 1378, 1450. La misère est renforcée par les pillages ou les ravages des compagnies de Routiers, mercenaires sans emploi qui parcourent le pays. Les consuls renforcent les fortifications et protègent ainsi les citoyens, mais les routiers viennent se battre aux portes de la ville et brûlent même l'église et le couvent des Cordeliers en 1362.

C'est le duc d'Anjou, frère de Charles V, chargé de la province du Languedoc (il réside quelques jours à Uzès) qui, par une forte rançon, met fin à ce fléau national en 1374.

Les levées nombreuses d'argent et d'hommes suscitent des révoltes de paysans. En 1380, les Tuchins brûlent et pillent les châteaux aux alentours de la ville. On voit même une partie du clergé. à deux reprises, en 1314 et en 1470, se révolter collectivement contre l'évêque et refuser de payer des taxes jugées trop lourdes.

À côté de ces dures réalités, de la dévastation et de la misère continuelles, les évènements officiels même célèbres paraissent bien dérisoires : ainsi vers 1390, la prétention de l'évêque Martial d'ouvrir une porte dans les remparts pour se rendre de sa demeure à sa vigne. Dans le procès qui l'oppose aux consuls, ceux-ci, qui représentent la sécurité des citoyens, obtiennent aisément gain de cause auprès du sénéchal Enguerrand de Handru.

Les foires souvent liées aux pèlerinages continuent d'attirer foules et commerçants. Uzès est sur l'une des voies qui conduisent les pèlerins de l'Allemagne vers Compostelle. La foire de la Saint-Firmin cependant est réduite de douze jours à trois jours par lettres patentes de 1358.

À la fin du XVe siècle, un mariage devait ouvrir à la Maison d'Uzès une destinée brillante. Symone, dernière héritière de la vicomté, épouse Jacques Loys de Crussol, d'une noble famille du Vivarais. Ils unissent leurs domaines. Les Crussol d'Uzès s'illustreront désormais dans les hautes fonctions qui vont leur être confiées par la royauté.

C'est ainsi que dès 1504 Jacques de Crussol d'Uzès est nommé par Louis  XII Sénéchal de Beaucaire. Il se distingue dans ses fonctions par une sage administration. Plus tard, il participe aux campagnes d'Italie. Il combat à Ravenne, est blessé mortellement à Fornoue.

Le XVIe siècle à Uzès a été marqué plus profondément par les effets de la Réforme que par ceux de la Renaissance. Uzès est alors la cinquième ville protestante du royaume. Très tôt les idées des réformateurs se sont répandues ici dans toutes les couches sociales, d'autant plus facilement que les notables, les premiers, donnent l'exemple et ne cachent pas leur sympathie pour la religion nouvelle. Ainsi Jeanne de Genouilhac, fille de Galiot de Genouillac, le grand maître de l'artillerie française sous François Ier, épouse de Charles de Crussol, et est amie de Marguerite de Valois.

Les assemblées clandestines se multiplient aux abords de la ville, à Saint-Ferréol, à Servezannes, à Arpaillargues, ou dans les maisons des particuliers.

Des prédicants comme Faret et Mauget les animent. La diffusion de la Réforme est rapide. Elle s'accomplit grâce à l'indulgence, parfois avec la complicité, des consuls.

En 1543 l'évêque, le duc et le viguier adhèrent secrètement à la Réforme, suivis bientôt par la bourgeoisie et le petit peuple. En 1546, Mgr Jean II de Saint-Gelais se déclare ouvertement, entraînant dans l'apostasie une bonne partie du clergé et des fidèles avec la plus grande partie du chapitre. Il sera bientôt déposé par le pape. De Crussol adopte une attitude plus ambiguë ou diplomatique qui lui permet de sauver des galères plus d'un sectaire.

Après la diffusion de la Réforme commencent les premières alarmes, quand la répression se fait sentir. Le temple d'Uzès sera détruit lors des guerres de religion.  

Il n'est pas possible d'entrer ici dans le détail de cette véritable guerre civile qui sème jusqu'à la fin du siècle la violence, les occupations d'églises, les marchandages, les meurtres, les expéditions punitives ou vengeresses.

Les catholiques sont mis en minorité. Les réformés démolissent la Cathédrale en 1563, rasent le faubourg et l'église Saint-Firmin en 1578.

On assiste à des volte-face inattendues où l'on voit bien que la conscience religieuse a moins de place dans les motivations que les ambitions politiques ou les intérêts personnels. Des situations paradoxales aussi : par exemple un de Crussol, calviniste, marchant à la tête des Catholiques contre Damville, un catholique qui commande l'armée huguenote! Un demi-siècle de guérillas, de dénonciations, de pendaisons, de crimes, ne pouvait pas ne pas marquer profondément et pour de nombreuses années la mentalité.

Premier duché de France 

C'est au cours de cette tragédie que Charles IX élève le comte Antoine de Crussol à la dignité de duc (1565) et peu après de pair de France (1572).

Par-là, le souverain veut honorer « l'ancienneté et la grandeur de la Maison de Crussol qui est l'une des meilleures de notre pays de Languedoc ». Mais il s'agit, dans une visée plus politique, de s'assurer le loyalisme de son « très cher et très aimé cousin ».

Au duc d'Uzès fut donnée aussitôt la sénéchaussée de Beaucaire et, peu après, Catherine de Médicis lui confia le commandement du Languedoc (1574) et la fonction de lieutenant général.

Dès lors, par l'importance de leur position, par de fréquents retours dans leur fief, les Crussol d'Uzès se sont conciliés dans la ville une grande popularité qui s'est manifestée dans tous les événements heureux ou malheureux de la famille ducale.

La vie quotidienne à Uzès au XVIe siècle vue par un témoin étranger 

Un étudiant suisse, Thomas Platter, venu de Bâle pour étudier la médecine à Montpellier, a séjourné à Uzés six mois en 1597-1598. Son témoignage joint à d'autres documents anciens nous permet de nous faire une idée assez précise de la vie quotidienne des Uzétiens du XVIe siècle mais aussi du Moyen Âge, étant donné la permanence relative des mœurs et coutumes. La ville, nous dit-il, compte alors 500 feux. Les bourgeois y sont riches. La paix est revenue. Beaucoup de gens vivent du tissage et de la teinture. Il s'y fabrique « la meilleure serge, qui se vend dans beaucoup de pays ». Chaque famille file la laine chez elle. Les pauvres filent le chanvre. Il y a, sur l'Alzon, de nombreux moulins. Les moulins « bladiers » (à blé) permettent de fabriquer à Uzès le meilleur pain du Languedoc. On cultive, outre le blé, les oliviers, la vigne et les figues. La foire de la Saint-Firmin est fort fréquentée et il s'y fait un grand commerce de serge, mais aussi de châtaignes. L'état sanitaire est médiocre. La maladie des « Écrouelles » est fréquente : elle nuit « à l'établissement (au mariage) des garçons et des filles ». Aussi, les huit pharmaciens font-ils leurs affaires, tandis que végètent les barbiers (chargés aussi des saignées). Processions, pèlerinages, exorcismes : la foi populaire est souvent associée au spectacle, à la fête, mais aussi à la superstition et même à la sorcellerie, pourtant sévèrement punies. Thomas Platter évoque la pratique de « l'aiguillette » qui consiste, pendant une cérémonie de mariage, à prononcer une formule maléfique et à nouer un lacet en jetant une pièce de monnaie : l'effet recherché est de rendre le mariage stérile et de favoriser l'adultère. Certaines coutumes de Noël comme celle du « Cachofio » se sont longtemps maintenues en Provence et en Languedoc.

Platter relate aussi les cérémonies. On aime la pompe des défilés solennels à travers la ville, minutieusement réglés dans leur protocole, pour l'entrée du Duc ou de l'Évêque. Les escortes à cheval, les figurations, les mascarades, les costumes, les couleurs, les discours ou compliments, les pièces de théâtre, dans les rues décorées de tapisseries et de feuillages. À ces notations d'un voyageur curieux, il faudrait ajouter ce que révèlent maints autres documents sur les nombreuses querelles pour des questions de préséance (dans les processions, les cortèges et à l'église) ; sur le rôle et la variété des corporations avec leurs costumes distinctifs, leurs enseignes et leurs « rois » ; sur les marchés : ceux-ci ont lieu sur la Place mais aussi dans les divers quartiers de la ville à jours fixes : marché aux œufs, à la viande, aux herbes, etc. Enfin c'est aux jours de grand marché que l'on expose au « costel », c'est-à-dire au pilori, ceux que l'on veut marquer d'infamie pour des vols ou des infractions diverses aux règles de la vie communautaire.


La paix du règne d’Henri IV inaugure une reprise de l'activité économique et une remontée démographique. Uzès va connaître un dynamisme constant au cours du XVIIe siècle jusque vers 1675. Il se traduit par le progrès du luxe, du confort.

La Contre-Réforme triomphe progressivement de la Réforme mais ce n'est pas sans soubresauts ni violences. Le premier tiers du siècle est agité par le duel des grands chefs des deux partis opposés : Henri de Rohan, gendre de Sully, qui a été nommé à Uzès même généralissime des églises réformées de France en 1627, et le duc de Montmorency. Tous deux viennent tour à tour dans les murs de la ville. Escarmouches ou batailles sont continuelles.

Mais la détermination de Richelieu et les moyens qu’il déploie lui permettent de faire capituler La Rochelle et Privas. Rohan et les protestants, découragés et épuisés, doivent se soumettre.

C'est alors que Louis  XIII, le 10 juillet 1629, fait son entrée dans Uzès par une brèche pratiquée dans le mur du Portalet. Date importante puisque, par la « grâce d'Alais » rédigée avec Richelieu à Uzès, s'achève l'unification du Royaume. Le monarque qui avait été accueilli, selon ses propos, à Marseille comme un roi et à Aix-en-Provence comme un dieu, entrait à Uzès et dans son château en maître sévère, jaloux de son autorité et pour recevoir la soumission d'une cité rebelle. Aussi ordonne-t-il la démolition des remparts et des défenses extérieures de la ville.

Avant Antoine de Crussol, Montmorency avait été fait duc en 1560. Celui-ci était donc chronologiquement comme en importance, le premier duc. Lorsque le duc de Montmorency se révolta en 1632 contre Louis  XIII, il fut décapité à Toulouse. Il mourait sans postérité. C'est alors que Crussol hérita du titre et des prérogatives de « premier duc et pair de France » qui lui donnaient à la Cour et dans le royaume une place enviée, et lui valaient les charges les plus importantes.

L'expression de « premier duché de France » appliquée à Uzès s'appuie historiquement sur cette promotion.

La prospérité matérielle est propice à la reconstruction des édifices religieux par une église rajeunie, zélée et enrichie. Monseigneur Nicolas II de Grillet (choisi par Louis  XIII lui-même, et qui devait prononcer l'oraison funèbre du roi) décide, dès son intronisation, de relever la Cathédrale et l'Évêché. Les travaux, commencés en 1644, sont terminés seulement par son successeur, Monseigneur Jacques II Adhémar de Monteil de Grignan, le 22 avril 1663 ; et celui-ci commence en 1671 la construction du Palais épiscopal.

L'industrie des serges, cadis, cordelats est alors fort active. Laveurs, pareurs, foulonniers, exercent leurs travaux aux bords de l'Alzon. Le « label » d'Uzès pour la serge est fort prisé, et jalousement préservé au point que des imitateurs déloyaux (à Tarascon) encourent une condamnation du Conseil d'État. C'est dans ce siècle également que naît l'industrie de la soie qui atteindra son apogée au  XVIIIe siècle.

On ne peut parler du XVIIe siècle à Uzès, sans nommer l’un des plus grands poètes français : Jean Racine. Il fait ici un séjour de dix-huit mois à partir de novembre 1661 chez son oncle maternel, le chanoine Sconin, dans l’espérance d’un bénéfice ecclésiastique, à défaut duquel il s’initie à la vie méridionale, lit et annote Homère et les grands tragiques grecs, plus que saint Thomas et les Pères de l’église. La ville s’enorgueillit aujourd’hui, à juste titre, de cette illustre présence et revendique quelque mérite dans la germination de génie racinien en cet instant privilégie où s’éveillent l’intelligence et la sensibilité d’une riche nature.

Mais il est aussi un témoin : ses Lettres d'Uzès aux Parisiens contiennent une foule de détails précieux sur la vie uzétienne au grand siècle vus par un esprit curieux, enjoué, cultivé, qui nous rapporte les mœurs, les costumes et les coutumes, mais aussi les intrigues politiques et religieuses. Elles sont en outre un document sur la personnalité et le talent naissant du futur auteur d’Andromaque et de Phèdre. Rien ne permet cependant d'affirmer comme on l'a dit qu'il ait composé ici ses deux premières tragédies : La Thébaïde et Alexandre le Grand.Le XVIIe siècle se termine à Uzès sur une note plus sombre. Louis XIV signe le 18 octobre 1685 la Révocation de l'Édit de Nantes. Depuis quelques années déjà une Église triomphaliste pratiquait une sorte de chantage à la conversion des adeptes de la « RPR » (religion prétendue réformée). L'intendant Basville terrorise le Languedoc. On se convertit alors massivement et les « N.C. » (nouveaux convertis) doivent obligatoirement assister aux offices.

On sait les effets désastreux de la Révocation. Les protestants réfractaires n'ont d'autre solution que de fuir à l'étranger. Leurs biens sont réunis au « domaine du roi ». Les protestants uzétiens se convertissent ou choisissent de s'expatrier dans toute l'Europe.On abat les temples protestants. Nous connaissons la soixantaine de noms des Uzétiens qui, au risque des galères, prennent le chemin de l'exil : ce sont des bourgeois, des artisans (fabricants de chapeaux, de serges, cardeurs, pareurs) ou des commerçants dont le départ appauvrit la ville.

Cependant, on assiste à quelques reconstructions dues à l'impulsion d'un évêque très actif, Mgr Michel Poncet de la Rivière, dont l'épiscopat est un des plus longs de l'histoire de la ville (1677-1728). Cultivé, libéral, bâtisseur, il relève églises et presbytères de son diocèse et fait construire un séminaire en 1715.

Les effets de la Révocation se font sentir pendant une cinquantaine d'années. Les consuls jettent en 1718 un cri d'alarme : « La ville déchoit, disent-ils, à un point des plus fâcheux de sorte qu'elle ne peut plus se soutenir s'il n'est pourvu au besoin de rétablir le commerce sans lequel elle ne saurait subsister : celui des serges ». La frénésie religieuse resurgit au début du  XVIIIe siècle avec la guerre des Camisards, qui s'accompagne de bien des révoltes contre la misère ou l'autoritarisme monarchique. C'est tout près d'Uzès que sont tués Abraham Mazel, prophète et chef camisard, et Pierre Coste, homme de lettres engagé dans la lutte.

Il faut arriver vers 1740 pour voir reprendre l'activité économique. Les cultures s'étendent (vigne et mûrier), le commerce reprend. La population s'accroît de nouveau. C'est la grande époque de l'industrie de la soie et de la fabrique du bas. La corporation des « débassaïres » est sans doute la plus importante de la ville et fait sa richesse. La paix et la prospérité revenues se traduisent dans des constructions ou des embellissements : les maisons sont aménagées ou agrandies ; en 1725, les Consuls font combler les anciens fossés de la ville, devenus peu salubres, pour faire une agréable promenade plantée d'ormeaux. Vers 1765, les six tours des remparts sont détruites, et l'on construit, sur les plans de l'architecte avignonnais Boudon, l'actuelle Mairie, près du duché, et l'actuelle église Saint-Étienne. Les casernes sont transférées de la Bourgade à l'emplacement du LEP et de la robinetterie d'aujourd'hui. L'essor économique favorise les échanges culturels. La vie sociale se développe. Quelques-uns des hôtels du centre de la ville réunissent les beaux esprits. Uzès, comme Paris, a ses salons philosophiques. Sans doute y manque-t-il des Uzétiens célèbres comme Firmin Abauzit (devenu bibliothécaire de la ville de Genève) célèbre inspirateur et ami de Jean-Jacques Rousseau, ou Pierre Coste traducteur de John Locke, que la Révocation a contraints de s'exiler.

Uzès n'a pas été un foyer révolutionnaire. Mais elle a été d'autant plus vite gagnée par la contagion de la violence qu'on en avait ici une longue pratique depuis le xvie siècle. D'ailleurs, l'action révolutionnaire est fortement teintée de l'atmosphère des guerres religieuses dont elle semble parfois être un prolongement.

On pille alors les richesses de la Cathédrale (au début du siècle, Mgr Michel Poncet de la Rivière disait qu'elle était la plus belle du midi de la France) : on brûle les archives, les titres de noblesse. On multiple les expéditions destructrices. Le baron de Castille voit sa maison dévastée, son domaine d'Argilliers envahi et pillé. Troubles, perquisitions, fuites, bagarres, actes de banditisme : c’est le pain quotidien. Bien des prêtres réfractaires sont emprisonnés. Des notables comme Goirand de la Baume, arrêtés, sont pendus à Nîmes. En 1790, l'évêché est supprimé par la Constitution et le sera canoniquement par le Concordat en 1801. Le dernier évêque, Mgr de Béthizy, poursuivi, s'exile en Angleterre. Et pendant la Terreur c'est à l'Évêché que l'on emprisonne les suspects.

Les événements survenus à Uzés pendant la Révolution sont à l'origine de réactions un peu plus au nord, en Ardèche: les camps de Jalès.

D'autre part la Terreur blanche de 1815 a été particulièrement sévère dans la région.

Arrêtons momentanément ce panorama de l'histoire pour considérer la cité concrète. Son plan a été modelé empiriquement. Mais c'est la structure médiévale qui domine, et qui commande la configuration générale. Au centre, la forteresse seigneuriale primitive est le centre défensif, avec ses trois tours importantes qui, depuis le Moyen Âge symbolisent les trois pouvoirs : Tour ducale (ou Bermonde), Tour de l'Évêque (avec son horloge), Tour du Roi avec ses curieux mâchicoulis. La ceinture extérieure des remparts et des fossés, avec les quatre portes (Porte Condamine, Porte Saint-Julien, Porte de Saint-Étienne, Porte de la Barrière) impose le tracé du réseau des voies urbaines, apparemment désordonné, plus empirique que rationnel, et où la ligne droite est rare. À l'intérieur, un tissu complexe, un entassement de maisons, avec des rues étroites, des « calades », des « passages ». Il reste peu de façades typiquement médiévales, mais seulement quelques portes et fenêtres surtout du XVe siècle, quelques arcades gothiques (Place Dampmartin). La voirie s'est développée surtout aux XVIIe et  XVIIIe siècles.

À côté du bastion seigneurial, il y a deux autres foyers urbains : le quartier épiscopal (sur l'emplacement de l'Hôtel du Baron de Castille), avec ses dépendances et ses services, et la « Juiverie » toute proche ; d'autre part, la place publique qui est le lieu des rassemblements, des fêtes, des marchés, des proclamations solennelles. Elle a porté plusieurs noms : Place des anges du Costel – Place Royale - Place de la Révolution - Place de la République - Place aux Herbes.

Cette physionomie n'a pas été altérée de façon importante par les destructions dues aux guerres. Et il y a une remarquable continuité entre le Moyen Âge et les siècles ultérieurs. Si l'on peut parler d'urbanisme dans le sens d'une action plus concertée, c'est au XVIIe et surtout au  XVIIIe siècle, où l'on introduit plus d'aération, des constructions plus spacieuses, des jardins et des cours.

C'est au  XVIIIe siècle aussi que disparaissent les éléments défensifs qui nuisent désormais à la circulation et à la salubrité.

Dès lors, la ville semble se tourner vers l'extérieur et vers les boulevards construits sur les fossés qui deviennent des promenades ombragées, tandis que les maisons y restent adossées ou encastrées dans les anciennes murailles.

Le visiteur est étonné de trouver sur une superficie relativement réduite une telle profusion de riches et élégantes demeures, de riches hôtels auxquels la récente restauration a restitué leur éclat. D'une part seigneurs et gentilshommes de la contrée ont cherché refuge dans la ville aux heures sombres. Inversement les bourgeois enrichis par le commerce et les industries locales ont pu acquérir à l'extérieur terres et châteaux : ce double mouvement explique souvent le nom de ces hôtels qui correspond à des seigneuries ou domaines nobles (Hôtels d'Aigaliers, d'Entraigues, de la Rochette, de Flaux, de Trinquelague, etc.). D'autre part nobles et notables ont constitué une société choisie qui a aimé, par mondanité ou intérêt, se regrouper autour des grands : du Duc, proche du Roi en sa qualité de 1er Duc et pair de France ; de l'Évêque, membre des États du Languedoc.

On trouve aussi les noms de célébrités diverses : viguiers royaux, sénéchaux, consuls, maires, marchands, apothicaires (comme ce Moyse Charas, illustre auteur de la Pharmacopée royale), professeurs ou hommes de lettres, comme l'exégète hébraïsant Jean Mercier. On lira avec profit sur ce point l'excellent livre sur Uzès de Gaston Chauvet.

Dans les demeures comme dans l'urbanisme, la continuité est manifeste entre le Moyen Âge et la grande époque uzétienne des XVIIe et  XVIIIe siècles.

Dans chacune il y a cependant une dominante : elle est médiévale dans la vaste maison à arcades ogivales, ornées de clés armoriées des du Roure (place Dampmartin) ; plus fréquemment elle est « Renaissance », avec cet art si particulier d'utiliser les espaces, de les orner de frises raffinées, avec des fenêtres à meneaux (Hôtel Dampmartin, Hôtel de Trinquelague, Hôtel de Massargues, etc.). Plus nombreux sont encore les hôtels à dominante classique du XVIIe ou du  XVIIIe siècle (Hôtel de la Rochette par exemple, sur la Place aux Herbes, où se remarquent les transformations de l'architecture de trois siècles consécutifs).

Il y a eu chez les riches propriétaires un désir d'ostentation manifeste et une sorte d'émulation dans le luxe.

Partout ce ne sont qu'escaliers à vis, tours hexagonales ou rondes, souvent en saillie, quelquefois flanquées d'une tour adjacente ; vastes salles ornées de cheminées historiées, de plafonds à la française. Beaucoup de demeures sont situées entre cour et jardin ; celui-ci peut être « suspendu » comme à l'Hôtel de Flaux ; refuge inattendu, calme et fleuri, au pied de la sévère tour du Roi.

Il faut entrer dans les cours pavées où se trouvent souvent le puits privé et un type d'escaliers qu'on a parfois appelés escaliers d'Uzès, bordés de balustres sculptés, comportant piliers, arc rampant associé au plein cintre ; coupoles appareillées en assises concentriques. Fait particulier à Uzès aussi : la pierre a été en mainte maison extraite sur place, du sol même : d'où ces caves profondes, voûtées, dont certaines s'avancent sous les rues.

Que dire des rampes, ferronneries diverses, que l'on trouve à foison dans les escaliers, aux balcons, aux fenêtres, de ces portes sculptées, de ces corniches, frises, moulures, heurtoirs anciens ?

On peut lire fréquemment les étapes de la construction dans sa continuité à travers les siècles : le xvie siècle côtoie le Moyen Âge, le XVIIe se superpose sans discordance au XVIe. La fusion partout a été réussie, dans l'harmonie, grâce au talent des artisans et à la permanence des techniques.

La Cathédrale 

Quelques bâtiments importants retiendront spécialement notre attention. Et tout d'abord la Cathédrale, si fréquemment visitée. Elle est située sur une promenade autrefois plantée d'ormeaux, aujourd'hui de marronniers, terminée par cette terrasse d'où l'on découvre la vallée et la garrigue et, de l'autre côté, le panorama de la ville. La Cathédrale a été précédée d'autres édifices dont le dernier, celui du Moyen Âge a été en majeure partie détruit en 1563 au cours des guerres de religion. La façade plaquée en 1871 apparaît comme un anachronisme et une faute de goût à côté de l'élégante Tour Fenestrelle, de pur style roman. Les vitraux du XIXe siècle ont remplacé un vitrage plus clair dans la manière classique : ils empêchent d'apprécier le caractère original de cet édifice bien proportionné qui fut consacré par Mgr de Grignan en 1663 à l'aurore du gouvernement personnel de Louis XIV. Par suite du pillage des révolutionnaires, on ne peut malheureusement qu'imaginer la richesse intérieure du monument au xviie siècle, la grille en fer forgé qui séparait le chœur de la nef, les tapisseries, le mobilier gris et or, les peintures répandues à profusion, les stalles des chanoines, le trône épiscopal. On peut encore admirer le style classique des balustres des grandes tribunes, et les ferronneries ciselées offertes par le chanoine Sandrier en 1685, et bordant les tribunes basses.

L'orgue seul a été épargné : il reste le joyau de l'édifice, avec son double buffet à volets, gris et or, sa belle ornementation, ses ciselures, moulures, pots de fleurs. Il est, par ses sonorités et sa mécanique, un témoin précieux de la facture classique française, surtout depuis sa restauration par A. Kern, de Strasbourg, en 1963-1964. Contemporain des Couperin, des Grigny, des d'Aquin, il permet d'interpréter les œuvres de ces compositeurs de la fin du XVIIe siècle et du  XVIIIe siècle, avec la plus authentique fidélité. D'où sa juste et large réputation qui attire à Uzès organistes et mélomanes.

Quatre sacristies spacieuses lambrissées de noyer attestent la richesse de la Cathédrale du temps des évêques.

Le palais épiscopal

Le palais épiscopal jouxte la Cathédrale au Nord. Il rappelle, lui aussi, les fastueux épiscopats de Mgr de Grignan (oncle du gendre de Madame de Sévigné), et de Mgr Michel Poncet de la Rivière qui y organisa de riches réceptions.

La vaste cour donne accès à une remarquable façade dans le style classique d'influence italienne, qui aligne son ordonnance équilibrée, ses fenêtres à frontons, son balcon soutenu par des atlantes. Un escalier d'honneur orné de statues donnait accès à de nombreuses pièces d'amples proportions, largement ajourées et plafonnées à la française, décorées de moulures, de gypseries, de cheminées monumentales et de tapisseries. Malheureusement un accident est survenu il y a quelques années : l'effondrement de la partie centrale à l'intérieur des murs de l'édifice. On souhaite une très prompte réfection qui permettrait d'utiliser dignement cette vaste et belle demeure. Actuellement la partie sud, restaurée, sert de local aux archives municipales et au musée de la ville.

Le Duché

Uzès possède en son centre, le seul château en France qui ait, comme on l'a dit, l'honneur de porter le nom de Duché. L'origine de cet important ensemble architectural remonte très haut : centre du « castrum » gallo-romain, puis forteresse seigneuriale au xie siècle, le Duché traduit visiblement l'ascension historique de la Maison d'Uzès. La partie la plus ancienne est la Vicomté, bâtiment et tour, ainsi que la Tour Bermonde. Le couronnement de celle-ci a été démoli à la Révolution et reconstruit au XIXe siècle (1839).

L'entrée ancienne était plus près du couchant et de la Tour de la Vigie. La partie centrale, visible seulement de la cour, correspond à l'époque où le Vicomte de Crussol d'Uzès obtint de Charles IX les titres de Duc et Pair. La façade Renaissance attribuée au crayon de Philibert Delorme est intacte : elle présente un des premiers exemples de superposition classique des trois ordres d'architecture : dorique, ionique et corinthien. Elle témoigne de la volonté du nouveau Duc d'affirmer sa nouvelle dignité et d'une époque où l'on est plus préoccupé d'art que de stratégie défensive. La chapelle du xve siècle avec ses tuiles vernissées aux armes des Ducs a été plusieurs fois restaurée. La devise de la maison d'Uzès se lit au-dessus d'une porte du bâtiment central, au pied du bel escalier d'honneur : « Ferro non auro » (Par le fer, non par l'or) proclamant un idéal de bravoure, mais peut-être aussi, du moins l'a-t-on supposé, une situation financière médiocre.

Le duché se visite. On peut accéder à la Tour Bermonde d'où la vue embrasse la vieille ville et ses toitures de tuiles romanes, et se porte jusqu'à l'horizon de la garrigue environnante.

L'ensemble du bâtiment vu du parvis sud de la mairie a fière allure. La Marquise de Crussol d'Uzès habitait le château. Aujourd'hui c'est le duc Jacques de Crussol d'Uzès qui y séjourne et veille à son entretien.

Le XIXe siècle


La léthargie provinciale 

La Révolution a été fatale aux deux pouvoirs dont les fastes et les querelles avaient rempli l'Ancien Régime : le Duché et l'Évêché. Désormais, au XIXe siècle, l'histoire d'Uzès se démocratise, s'embourgeoise, se provincialise. La lutte pour la vie prend le pas sur les « événements ». Le siècle est fertile en alternances politiques : Uzès les accueille avec un mélange de passion et de docilité, ou d'opportunisme. Les antagonismes religieux du passé y sont relayés par les orageuses oppositions entre royalistes et républicains. Quelques fusillades ou bagarres, l'assassinat du Vicomte de Dampmartin maire de la ville, en 1852, ne sont ici que les échos affaiblis de l'histoire nationale.

Mais c'est la préoccupation économique qui tient une place prépondérante. La première moitié du siècle est prospère. Une population active bénéficie de l'extension progressive de la vigne en Uzège, de l'utilisation de nouvelles techniques agricoles, mais surtout d'une industrie spécifique : la fabrication de la soie qui occupe, vers 1830, près de deux mille personnes. Mais une économie qui se fonde sur une seule activité est fragile. On le voit bien lorsque surviennent, presque à la fois, la concurrence du coton, dans les années 1840, et les maladies du ver à soie. À partir des années 1850, les épidémies d'oïdium puis de phylloxera déclenchent le mouvement de l'exode rural et de la dépopulation. L'appauvrissement ne va pas cesser de s'accentuer jusqu'au milieu du siècle suivant. L'Uzège se survit en s'isolant, comme beaucoup de communes rurales dans le même temps, en une sorte de système autarcique.

De la phase prospère datent quelques embellissements apportés à la ville : en 1836, on a aménagé la Promenade des marronniers ; on construit la terrasse en 1854. Le maire de Robernier, sous la Restauration, rachète le Duché pour le restituer au duc revenu d'exil. Le Collège secondaire, fondé par trois notables de la ville après la Révolution, est logé dans les bâtiments de l'actuel lycée, construits en 1837. En 1853, on installe dans la ville les fontaines. Mais en 1866, les édiles refusent la subvention nécessaire pour construire une gare de chemin de fer prévue au lieu-dit « La Croix des Palmiers ».

L'isolement de la cité est désormais renforcé par son éloignement des grands axes routiers ou ferroviaires.

Trois hommes célèbres 

Parmi les personnalités marquantes du siècle, il faut citer les peintres Xavier Sigalon, mort à Rome en 1834, et Ferdinand Roybet ; l'Amiral de Brueys, rival malheureux de Nelson et en l'honneur de qui Uzès avait érigé une statue à l'entrée des « Marronniers ».

Un grand économiste 

Une autre brillante célébrité a, à la fin du XIXe siècle et au début du xxe siècle, contribué à la renommée de la ville d'Uzès : c'est Charles Gide, le grand économiste, professeur au Collège de France, qui fut l'apôtre du pacifisme, de l'idée coopérative, et le promoteur, à l'encontre du capitalisme libéral, du marxisme et de l'anarchisme, d'une sorte de socialisme réformiste et chrétien. Ses œuvres ont été traduites en toutes les langues.

Une grande duchesse

La duchesse douairière, née Anne de Rochechouart-Mortemart, à la mort de son mari, Emmanuel de Crussol d'Uzès, décida de personnifier, en plein régime républicain, le Premier pair de France dont elle prenait la place. On connaît son influence, ses relations, sa notoriété, son dynamisme, ses qualités artistiques, son féminisme, ses chasses à courre. Elle fut enterrée en 1933 au Carmel auprès des Crussol d'Uzès.

Le xxe siècle


Réveil et restauration

Au début du xxe siècle, le déclin s'accentue. La ville sombre dans une sorte de léthargie. Il sera courant plus tard d'évoquer Uzès comme une sorte de Belle au bois dormant.

La chute de la population est symptomatique. On est passé de 10,000 habitants au  XVIIIe siècle à 3500. La pauvreté s'est accrue faute de solutions de rechange aux activités traditionnelles ou de capacités de reconversion. Du moins cette misère a-t-elle contribué à sauvegarder le patrimoine architectural en interdisant les destructions qu'aurait pu entraîner un urbanisme modernisateur, comme le cas s'en est présenté un peu partout. Mais les immeubles se délabrent, les toitures ne sont pas refaites, les infiltrations ruinent les demeures de la vieille ville dont certaines s'effondrent.

Qui a pu voir Uzès vers 1950, après les deux guerres mondiales, dans cet état d'abandon et de ruine et le voit aujourd'hui, peut mesurer l'immense chemin parcouru grâce à quelques paris décisifs de la ville pour enrayer le processus de dépérissement.

Le passé retrouvé et exalté

On pouvait se contenter de détruire les immeubles insalubres. Hardiment le choix des édiles s'est porté vers la restauration de la veille ville, autorisée et facilitée par la publication de la loi de 1962, dite « loi Malraux », créant les secteurs sauvegardés. Il est vrai que la reprise de quelques activités économiques est accompagnée alors d'une légère augmentation de la population et de la création de quelques emplois. L'usine de réglisse Zan est célèbre en France : elle utilise aujourd'hui environ 350 employés. Il existait aussi une robinetterie, une fabrique de produits réfractaires, un atelier de confection de sous-vêtements rattaché à la maison Eminence. Tout cela justifiait la politique ambitieuse qui a été choisie.

Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de l'opération. Mais il suffit de traverser la Place aux Herbes et de parcourir les rues avoisinantes pour mesurer la portée de l'effort entrepris par les pouvoirs publics et par les propriétaires, subventionnés par l'État, ainsi que le goût qui a présidé aux réalisations.

Cité artistique et culturelle

Les effets de la restauration ne se sont pas fait attendre. Plus accueillante, la ville a attiré une nouvelle population (on prévoit environ 9000 habitants au prochain recensement) ; a modifié et amélioré son standing économique, suscité l'expansion du commerce, du bâtiment, de l'artisanat et du tourisme, développé l'esprit d'initiative. Comme le Moyen Âge avait poussé des faubourgs à l'extérieur de ses remparts, la ville s'est étendue au Nord pour ne pas nuire à l'esthétique du centre. De plus la restauration fait « tache d'huile ». Les petits propriétaires remettent en état les vieilles maisons, ravalent les façades, respectent l'environnement. Uzès s'est vu attribuer dans le même temps un hôpital psychiatrique départemental qui occupe 500 employés et, plus récemment, les Haras nationaux, installés dans la plaine des Tailles. Cette relance s'accompagne d'un essor artistique et culturel qui est perçu comme une vocation de la ville historique : concerts d'orgue, « Nuits d'Uzès », semaine musicale, expositions de peinture ou d'artisanats, multiplication des associations de caractère culturel. Enfin, le rayonnement d'Uzès, son intérêt historique et architectural, ses manifestations diverses ont fait faire un bond considérable au tourisme.

En raison de l'effort accompli sur tous ces plans, la ville a obtenu en 1974 le « Prix National du développement harmonieux des petites villes ». Dans le même temps cependant, le lycée d'Uzès était menacé de suppression par une administration planificatrice. Cette mesure pouvait porter un grave coup à l'économie et aux familles d'Uzès et de l'Uzège. Pendant près de sept ans, dans une solidarité remarquable, la population et les élus locaux ont lutté contre cette fatalité et, par des initiatives ingénieuses et originales qui ont donné à leur défense un retentissement national, ont obtenu le maintien de l'établissement du second cycle et même son développement, comme l'attestent les panneaux de victoire que l'on peut lire en ville. Ce qui était en jeu, c'était l'économie tout entière d'une petite région dont Uzès est comme la capitale, la possibilité de « vivre au pays », et une « qualité de vie » qui est ici une réalité bien plus qu'un programme.

Depuis, Uzès continue à s'embellir : pavage des rues, mise en discrétion des fils électriques, restauration immobilière de 12 hectares en 1965, ce sont aujourd'hui 41 hectares de la ville qui sont classés selon les modalités de la loi Malraux. Depuis le début des années cinquante, le développement économique a repris grâce au tourisme mais aussi à l'installation de grands établissements tels que le centre hospitalier psychiatrique départemental et le nouvel Hôpital Local, l'entreprise Haribo, le Haras National et de nombreuses PME. Classée "Ville d'art et d'histoire" depuis novembre 2008, Uzès bénéficie d'une renommée internationale et l'on se déplace des quatre coins de la planète pour arpenter ses rues et admirer son patrimoine.


Sources: 

- Wikipedia ici et

- Site Uzès d'hier à aujourd'hui

- Site Duché d'Uzès


Crédit Photos

- Jimre (2014)



Posté le 25-05-2014 21:26 par Jimre

Allegre

Le Château d’Allègre est l’un des symboles de la commune : « Allègre », ou plutôt, « les Allègre », est l’une des familles seigneuriales détentrices du château. Le manque de source ne nous dit pas si cette famille donna son nom à la commune ou si cette famille prit le nom du village… Toujours est-il que le château, même s’il est en ruine aujourd’hui, est bel et bien présent dans le paysage et les coeurs, puisqu’ils continuent à vivre à travers les différentes actions de sauvegarde, de valorisation et d’animations du site menée par l’Association pour la sauvegarde du château d’Allègre.

Classé à l’Inventaire Supplémentaires des Monuments Historiques, le Château d’Allègre a été fouillé par des associations locales (l’Association pour la sauvegarde du Château d’Allègre - GARA, Groupe alésien de recherches archéologiques – CREA Cercle de recherches et d’études archéologiques) et l’équipe de Sophie Aspord-Mercier, archéologue lors de fouilles programmées entre 1997 et 2001.

Quelques-unes de ses particularités:

Situé à 275 m d'altitude, le site offre un large panorama sur les Cévennes et le Mont Bouquet.

Le  Château d’Allègre, inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, ce "village de Chevaliers", reconnu dès le XIIème siècle est riche de son histoire et de ses vestiges. Il fut ruiné lors de la Révolte des Tuchins.

Il est l’une des coseigneuries les plus importantes de l’Uzège. Au XIIème siècle, le Languedoc oriental comptait de nombreuses tours dont les profils élancés se détachaient des habitations urbaines ou castrales. A travers le logis, chaque seigneur entend affirmer symboliquement sa présence et son pouvoir au sein de la coseigneurie*

Il s’agit d’un castrum, c’est-à-dire d’un château et d’un village fortifiés d’époque médiévale. La mention la plus ancienne date de 1163.

Habité, administré, défendu et partagé par plusieurs coseigneurs, il compte diverses grandes familles du Languedoc, telles que les Pelet d’Alès, les seigneurs Bermond de Sauve et d’Anduze ainsi que la famille Chantonneuf de Randon sous l’égide du Prêlat d’Uzès et du comte de Toulouse. Sous le contrôle du suzerain supérieur, plusieurs vassaux ont le droit de percevoir des revenus et d’édifier un logis à condition de bons et loyaux services rendus aux grandes familles seigneuriales détentrices du domaine.

De nouvelles recherches et l’implantation de treize tours seigneuriales attestent qu’ils devaient être plus nombreux.

L’ensemble palatial

Situé à pic d’une falaise, il est l’édifice et le symbole du pouvoir majeur du Château d’Allègre. A la fois, espace résidentiel et défensif, il comporte aussi une huilerie découverte sous 40 tonnes de remblai lors des fouilles programmées. Contrairement à d’autres édifices de ce type, l’ensemble palatial rassemble une fonction artisanale et économique.

En tant que lieu d’habitation, il revêt des aménagements luxueux pour l’époque : escaliers en pierres de taille, latrine, évier, réseau d’évacuation des eaux.

L’huilerie

Comme aujourd’hui encore, le Château d’Allègre était entouré de champs d’oliviers. Les études archéologiques ont révélé que les olives étaient directement acheminées dans la pièce de stockage de l’huilerie. Macérées, broyées, puis pressées, le précieux liquide était transvasé dans deux bassins de décantation aujourd’hui recouverts pour leur protection. Les droits de propriété et d’exploitation attestent de l’intérêt que cette culture revêtait. Elle représentait une part importante de l’activité de la coseigneurie.

Les armes d'Allègre-les-Fumades se blasonnent ainsi :

D'azur à la bande losangée d'or et de sinople


Sources:

- Dossier de presse de l'exposition "Le Château d'Allègre, un village de chevaliers", aimablement transmis par Laetitia Bernard, auteur du dossier en tant que Chargée de valorisation de patrimoine, qui s'est appuyée sur les recherches de Jean-Marc de BETHUNE (l'historien de l'association pour la sauvegarde du Château d'Allègre) et de Sophie ASPORD-MERCIER, Archéologue, responsable des fouilles sur le site. Cette exposition a débuté le 9 Juin 2013 et se terminera le 15 Mai 2015. Aussi, nous joignons le dossier complet.

- Site Tourisme Allègre Les Fumades

- Wikipedia


*Notes de Rhône médiéval:

Vous pourrez trouver une explication sur la naissance des coseigneuries dans l'article sur l'Isle sur la Sorgue, dans le Vaucluse. Cette forme de gouvernement est partie d'Italie pour se répendre dans le sud de la France, sous l'impulsion des comtes de Toulouse.

Nos nombreuses visites nous ont permis de trouver ailleurs ce genre de constructions, avec des tours nombreuses, en France, avec notamment un bel exemple de château en coseigneurie, Commarque, château situé non loin de Sarlat, dans le Périgord,Les tours de Commarque

où les différentes familles nobles qui possédaient le château ont construit des tours, symboles de leur puissance, que l'on peut encore admirer de nos jours.

En Italie, dans la région de Sienne et Florence, on a pu admirer San Gemignano,

Tours de San Gemignano 

qui a compté jusqu'à 75 maisons-tours, symboles de l'opposition des familles qui gouvernaient la ville comme celle des Ardinghelli (guelfes) et celle des Salvucci (gibelins).

Posté le 06-10-2013 11:47 par Jimre

Madieres


Sur la route de retour de nos vacances 2012, nous avons eu le plaisir (Embouteillages du mois d'Août obligent...) de prendre les chemins de traverse empruntés dans le temps et de traverser l'arrière pays de l'Hérault et du Gard. Sur la route de Lodève à Ganges, nous sommes passés par un village dont la rivière, la Vis, assure la délimitation administrative entre le Gard et l'Hérault. Comme vous pourrez le voir dans la retranscription d'un article paru sur le site Madieres.com, elle assurait déjà il y a longtemps la frontière entre le royaume des Wisigoths et celui des Francs.

On trouve coté Gard un château des XIV-XVIe siècles et coté Hérault de superbes ruines des XII-XIIIe siècles qui paraissent inaccessibles!!

L'article et les photos seront donc reconduits dans la base de l'Hérault.

Bonne lecture et bon surf 8;-))


"Un peu d'histoire...

Le nom du village vient du latin "Materias" qui avait pour sens "bois (matériaux) de construction" et désignait probablement un lieu très boisé à l'époque romaine, le village s'est construit au franchissement de la Vis par la voie romaine secondaire reliant Le Vigan à Lodève, il est probable que les premiers moulins à eau aient été introduits à cette époque.

Au VIème siècle la rivière qui traverse le village marque la frontière entre les royaumes Wisigoths et Francs. (inspection des places fortes frontalières, par le roi wisigoth Wamba).

Les premières citations, conservées à l'abbaye de Gellonne (Saint Guilhem le désert), remontent au IXème siècle et annoncent l'évolution du nom : Materias - villa madierii. Grâce à un testament enregistré à l'abbaye on sait que le village possédait à cette époque au moins deux moulins (dont le meilleur était la propriété du seigneur).

Du Xème siècle date la "Gleisa vielha" (église pré-romane avec des  fresques présentant des chevaliers en tournoi, aujourd'hui perdues) qui resta en service jusqu'au XIXème siècle, c'est le seul bâtiment encore couvert de lauzes, autrefois très communes et aujourd'hui remplacées par des tuiles sur tous les toits des maisons.

Aux XII-XIIIème siècles, Madières est  une des portes d'entrée du Lodévois.

Un château fort (le Castellas)

Construit en hauteur, il contrôle l'accès au Larzac, par l'ancienne voie romaine qui traverse son enceinte.

Le village au bord de la rivière côté Hérault est fortifié, il reste trois tours (une est très visible, les autres sont intégrée dans des maisons plus récentes) une partie du chemin de ronde est encore utilisée et mène aux piles de l'ancien pont romain, sous le pont actuel.

Les seigneurs "de Madières" sont alors des vassaux des comtes évêques de Lodève et le resteront jusqu'en 1217 date à laquelle le château féodal sera détruit , en pleine croisade des albigeois, par des troupes venues de Montpellier.

Le Castellas est resté à l'abandon depuis, on distingue encore le donjon avec sa chapelle (Sta Maria de la Peira), et l'enceinte très dégradée avec plusieurs tours.

A partir de 1224 une nouvelle famille féodale s'installe, les "de Ginestous", cités lors de la croisade des albigeois comme des vassaux mineurs des comtes Bermont d' Anduze.  Cette famille restera dominante jusqu'à la révolution française et perdurera jusqu'au début du XXème siècle.

Le château actuel de Madières (XIVe - XVIe siècles)

Au XIVème siècle un nouveau château est construit sur l'autre rive (côté Gard), et sera remanié aux XV-XVIème siècles.

La partie gardoise du village se développe alors (sans fortifications visibles) sous ce château.

Les guerres de religion n'épargnent pas le village, situé au contact des zones catholiques et protestantes et le laissent pratiquement ruiné.

En 1678 un nouveau pont monumental et très hors crues est construit, en aval du pont romain disparu.Le chemin de ronde et une des tours (l'oustalet).

La construction de ce pont à 20 m au dessus de l'eau répondait très probablement à un objectif militaire en garantissant l'accès des troupes royales aux Cévennes protestantes toutes proches (et mal soumises depuis la paix d'Alès en 1629).

Aux XVIII- XIXème siècle l'élevage du ver à soie devient une activité importante pour le village qui reste un lieu de passage fréquenté, dont témoigne la présence de plusieurs restaurants et hôtels.

Les cultures de l'olivier et de la vigne ainsi de nombreux potagers en bordure de la Vis, complètent la culture des céréales, les flancs de la vallée sont cultivés en terrasses jusqu'aux falaises des causses, la végétation, aujourd'hui omniprésente, est à l'époque rare et le bois très recherché...

En 1830 un troisième moulin à blé vient s'ajouter aux deux moulins à blé et au moulin à huile préexistants.

 Au début du XXème siècle une centrale hydroélectrique est construite à la sortie du village, elle est toujours en service."


Sources:

Site Madieres.com


Photos:

Jimre (2012)


Posté le 27-01-2013 16:09 par Jimre

Montclus


Le site de Montclus se situe à l'entrée de l’extrémité orientale des gorges de la Cèze. Il constitue, de par sa situation dans un méandre, un endroit protégé permettant la sécurisation et le contrôle de cette voie de circulation entre Barjac et Bagnols sur Cèze.

Lieu admirable, de belles maisons rurales et d’étroites ruelles donnent en plus à ce village un cachet exceptionnel.

Le lieu est cité pour la première fois en 1165. Pourtant, les ruines conservées plaident en faveur d’une construction beaucoup plus précoce de l’édifice. Des fouilles archéologiques, à proximité de Montclus, datant de 1957 ont permis de mettre en évidence la présence de l'homme à Montclus depuis des temps immémoriaux : découverte d'une stratification allant de 8000 à 2000 avant J-C. Présence de tribus de pêcheurs sédentaires.

Il est impossible de déterminer le rôle qu’il a joué en 1247 lors des conflits opposant le comte de Sabran et le Roi de France.

En 1263 fut fondée à Montclus une abbaye au nom de Mons Serratus. Il reste les vestiges d'un ancien monastère bénédictin troglodytique (vaste salle creusée dans le roc) au lieu-dit « Les Beaumes » qui servit plus tard de chapelle aux Templiers (XII et XIIIème siècles).

En 1275 fut construit un château dont il ne reste que le donjon carré d’une grande hauteur.

Le village médiéval existait avant le XIIIème siècle. Castrum Montecluso, telle est la forme latine contenue dans un document de 1275. Sa position sur une colline entourée de montagnes lui a valu son nom. 

Il est certain que château fort et localité appartenaient au 13e siècle tardif aux comtes de Sabran, et étaient situés dans la partie septentrionale de leur territoire. Parallèlement aux comtes d’Anduze et de Barjac, les comtes de Sabran faisaient partie, depuis la fin du 11e siècle, des « milites majores », les partisans les plus importants du comte de Toulouse.

Plus tard a été construit le Pont du Moulin enjambant la Cèze qui dit-on roulait des paillettes d’or.

En plus de leur château fort attitré de Sabran, ils possédaient les châteaux de Montclus, de Tresques, de Saint-Victor-la-Coste, certaines parties du château fort de Bouquet, et, par périodes, le château fort de Saint-Laurent-des-Arbres.

Leur domaine était limité au Nord-Ouest par celui des comtes de Barjac, qui non seulement possédaient leur château attitré de Barjac, mais dont des membres de la famille ou des vassaux règnaient sur de nombreux autres châteaux forts, ainsi par exemple sur celui de Féreyrolles, proche de Montclus.

Ce dernier servait aussi bien à la protection des moulins installés dans le profond canyon de la Cèze, qu’à la sécurité de la partie difficilement praticable de la voie de communication reliant la vallée du Rhône aux Cévennes, dans la région de collines à végétation drue (garrigue) (en français dans le texte) entre Montclus et Barjac.

Il n’est pas certain qu’il ait effectivement été endommagé par les tuchins au cours du 14e siècle.

Au 15e siècle, les frères Philippe et Cathelin de Combes entrent en possession du comté de Sabran. Après une partition en l’an 1510, Tresques et Montclus échoient à Philippe.

Par le mariage de sa fille, le château fort de Montclus passe à la famille Montcalm. Au 17e siècle, il passe à la famille Vivet et en 1750, par mariage, à la famille Vogüé, à laquelle il appartient encore aujourd’hui.

La tour du château fort a, certes, été sécurisée en 1977, mais aucune étude approfondie n’a été réalisée durant ces travaux.

Le château : L’Association Culturelle Montclusienne  en assure l’animation festive tout au long de l’année.


Sources

- Le site Le Gard Provençal

- Le site VillageMontclus.free.fr

- Le site Chateau-Montclus.fr


Photos

Jimre (2012)


Posté le 10-11-2012 18:44 par Jimre

Roquemaure

La plus ancienne mention que nous ayons de ce château date de 1209. Or à cette époque, le Comte de Toulouse, Raymond VI était accusé par l’église de Rome de complaisance à l’égard de l’hérésie cathare qui se développait sur ses terres. En signe de soumission, il dut céder des châteaux à l’église, dont ceux de Mornas, Oppède, Fourques, Montferran, Beaumes de Venise et Roquemaure (castrum de Roccamaura). Immédiatement et pour le temps de la croisade contre les albigeois, Roquemaure est remis à l’évêque d’Avignon

En 1229, à la suite du traité de Meaux-Paris, le roi de France, saint Louis, reçoit toutes les terres du comte de Toulouse situées le long du Rhône gardois. Roquemaure devient un site royal dans la toute nouvelle sénéchaussée de Beaucaire et Nîmes.

La forteresse de Roquemaure se dresse au-dessus des passages, port et péage, à hauteur d’un verrou du Rhône (entre Roquemaure et le château de l’Hers) et prend une importance considérable jusqu’à ce que les rois s’emparent de la Provence.

La garnison relativement importante et le passage des hôtes de qualité, rois et officiers royaux en témoignent. La forteresse est placée sous la responsabilité d’un châtelain dit aussi capitaine assisté d’hommes exerçant leurs fonctions au château soit au port au pied du rocher. Tous sont sous la responsabilité directe du roi et de son représentant local, le sénéchal de Beaucaire et Nîmes. Exerçant leur fonction de manière itinérante, les sénéchaux s’installent l’un après l’autre au château.

Aux XIVème et XV ème siècles, un pape, des rois et des ducs de France s’installent plus ou moins longtemps au château. Le pape Clément V, en route vers sa Gascogne natale s’y repose quelques jours et y meurt le 20 avril 1314. Le duc d’Anjou, lieutenant du roi en Languedoc, y fait des séjours répétés de 1367 à 1380 accompagné de son épouse, la duchesse Marie de Blois. Le 4 septembre 1376, il y vient avec Catherine de Sienne. Pour construire l'enceinte urbaine, le duc d'Anjou accepta de consacrer le montant des tailles pendant quatre ans et une taxe de quatre deniers par livre sur toutes les marchandises empruntant le Rhône.

Le 12 août 1385, le duc de Berry, lieutenant du Languedoc, convie au château une ambassade de Hongrie à laquelle il offre cadeaux et festins. Le roi Charles VI y fait étape le 30 octobre 1389 avec sa suite. Enfin, le dauphin Charles, futur roi Charles VII, s’arrête à Roquemaure au cours de son périple Languedocien. Toutes ces visites supposent un château de grandes dimensions avec salles de réceptions et chambres d’accueil. Jusqu’aux guerres de religion le site est régulièrement entretenu, mais à la fin du XVI ème siècle sa détérioration est amorcée et se poursuit en trois étapes échelonnées sur 2 siècles. En 1590-1591, un siège détruit sa façade méridionale ; en 1671, sur ordonnance royale, l’île du château est annexée à la ville et la forteresse perd sa signification première ; enfin de 1795 à 1850 le château et son rocher, sont vendus à titre de bien national et utilisés comme carrière de pierre et disparaissent.

Sources

Un article de Claude Nova édité sur le site de la mairie de Roquemaure où vous trouverez de nombreuses autres infos.

- Châteaux et forteresses du Midi de Domminique Dieltiens aux éditions Loubatières

Posté le 10-11-2012 14:18 par Jimre

Sabran

Le hameau de Sabran est construit sur une proéminence qui domine tout le territoire et la basse vallée de la Cèze. On peut apercevoir cette proéminence de très loin, notamment de Saint Victor Lacoste

Sabran possède un passé très ancien. Ses seigneurs furent alliés à de grandes familles de France, notamment les comtes de Toulouse. On retrouve la trace des Sabran sur les deux rives du Rhône, notamment dans la région d'Avignon comme l'Isle sur la Sorgue, Le Thor, Ansouis, etc....ou d'Uzès. Le lieu frontière, sur la route d'Apt, entre le marquisat de Provence appartenant aux comtes de Toulouse et le comté de Forcalquier porte même leur nom, la Tour de Sabran. Les Sabran seront d'ailleurs comtes de Forcalquier (voir la très belle généalogie provenant d'un autre site que nous avons mise en ligne sur la page de Forcalquier).

Le site éponyme de la famille ne garde comme trace historique que les ruines d'un château avec sa chapelle.

A voir également:

- La Chapelle des Templiers, est classée à l'inventaire des monuments historiques. Elle est située sur le domaine de Boussargues et est dédiée à St Symphorien.

- A Combe, la Chapelle de St Julien de Pistrin (12e siècle) est en cours de restauration.

- La Chapelle de Sabran (12e siècle) a été restaurée. Au total, l'on dénombre 6 églises à Sabran.


Sources

- Site Le Gard Provençal


A voir

- News d'Octobre 2008


Photos

 - Jimre(2008)


Posté le 10-11-2012 13:16 par Jimre

Saint Victor la Coste


Saint Victor la Coste est un exemple rare de patrimoine moyen âgeux. Il conserve les ruines impressionnantes d'un magnifique château-fort qui, posé au sommet d'une colline, domine la plaine du Rhône. Un long rempart cerne la colline depuis le château jusqu'au village protégé par une dernière grande muraille.

Il fut un fief important de la famille des Sabran, connétables des comtes de Toulouse. Ses fortifications et sa position lui donnèrent la réputation de forteresse imprenable.

Si l'on peut retrouver dans les archives ses propriétaires, nul ne sait qui l'a bâti, nul ne peut dire les hommes qui pierre à pierre, en firent cette forteresse dont les murs résistent encore à l'usure du temps.

Château fort médiéval, le castellas de Saint Victor la Coste est souvent comparé aux châteaux cathares.

Sources

- Site le Gard Provençal


Posté le 10-11-2012 10:31 par Jimre

Chusclan-Gicon


Le site de Gicon, point culminant de la commune de Chusclan, servait selon toute probabilité, de plate-forme à signaux permettant de communiquer avec les autres points hauts de la région : Sabran, le Camp de César à Laudun, le castellas de St-Victor-la-Coste, et d'autres. De l'autre côté du Rhône, on peut apercevoir Mornas. Un fortin domine le chemin qui mène droit au Rhône, accès principal à Gicon, que St-Louis emprunta. L'occupation de Gicon est probablement préhistorique (siège d'une des sept tours à feu Celtes). Gicon domine le passage antique du gué de Carmignan. L'oriflamme (rouge bordé de bleu) reconstitué en 1992, serait une référence à l'existence d'une tour à signaux à feu plus ancienne. Les murailles Nord-Est, Nord et Ouest formant support à une terrasse peuvent être d'origine Celte avant de traduire une occupation Romaine.

Un plan de restauration, mis en place par les Amis de Gicon, permit de sauvegarder trois bâtiments paraissant moins abîmés, de dégager l'accès du Château et de prévoir des mesures de sécurité nécessaires pour les promeneurs qu'on y rencontre.

La porte d'entrée est à l'Est ; la calade intérieure d'époque romaine a été retrouvée intacte sous les décombres. A droite de l'entrée, un grand bâtiment : la domum fortem ou maison forte construite au début du 14e siècle en 1312  par Guillaume de Saint Just avec la permission de Philippe le Bel sous condition qu'ele soit rendable à toute réquisition.

Le déblaiement de la citerne a permis de découvrir une pierre tombale romaine du 2e siècle. Dans l'épaisseur du mur Nord, un escalier menant à l'étage qui devait être le Tribunal et les bureaux.

La Tour Ouest domine la grotte. La construction du Donjon est située entre 1200 et 1260, d'après les fondations retrouvées. Le bâtiment sud accolé au donjon est de construction plus récente. La tour de garde Est comportait au moins deux étages. Les bâtiments seigneuriaux Est font l'objet d'un 2e plan de restauration ainsi que la reconstruction du mur d'enceinte et la Fermeture de la grotte.

Sur les lieux, une multitude de panneaux ont été mis en place (à la demande de la Cave Coopérative, propriétaire) afin de guider au mieux les visiteurs.

Au pied du Château, une antique chapelle dédiée à Ste-Madeleine, qui existait depuis longtemps et qui a été plusieurs fois restaurée au cours des temps. De nos jours, dégagée, au milieu d'un enclos qui la met en valeur, elle est toujours lieu d'un pèlerinage qui se déroule le 3e dimanche de Juin. Après une messe, dite en provençal, les pèlerins se retrouvent autour d'un repas, dans une ambiance chaleureuse et conviviale.


Sources

- Site Gard Provençal

- Châteaux et forteresses du midi de Domminique Dieltens, éditions Loubatières.

Photos

- Jimre (2008)

Posté le 10-11-2012 10:27 par Jimre

Tour Philippe le Bel

Histoire:

En 1185, les Avignonnais élèvent une première tour après la construction du pont Saint-Bénézet enjambant le Rhône. Cette première tour fut démolie par les Avignonnais eux-mêmes en 1226 lors du siège de leur ville par Louis VIII.

Le traité de pariage entre le roi de France Philippe le Bel et l'abbé de Saint-André ordonne en 1292 la construction d'une forteresse autour du bourg et de l'abbaye de Saint-André (le fort Saint-André) et d'une seconde près du vieux port à l'emplacement de la première tour. Pour contrôler le trafic important qui passait par le pont Saint Bénézet et profiter du péage, Philippe le Bel fait donc construire en terre de France et en face des états du Pape une tour châtelet, édifiée entre 1293 et 1307.

C'est l'architecte du roi Randolphe de Mornel qui est chargé de la conduite des travaux et le premier étage de la tour est terminé en 1303. Une fortification nommée châtelet du pont est également élevée au pied de la tour à l'extrémité du pont Saint-Bénezet, mais aujourd'hui démolie.

La tour est surélevée sous le règne de Jean le Bon vers 1360, au cours d'une réparation nécessitée par le besoin de tenir en respect les routiers. La tour est ainsi rehaussée d'un étage dans le style gothique.

Tour carrée munie de bossages à sa base, elle est un parfait exemple, avec la forteresse d'Aigues Mortes, de la diffusion de l'architecture moderne de défense en vigueur dans le nord de la France.

 La situation change lorsque Villeneuve, considérée comme "plus saine" qu'Avignon, devient le lieu de résidence des Papes, des Cardinaux et des Prélats de la cour Pontificale qui y édifient des « Livrées » (palais fortifiés), des couvents et des églises. En 1333, le Cardinal Arnaud de Via institue la Collégiale Notre Dame (église paroissiale) où se trouve la copie de la fameuse Pietà. En 1356, le Cardinal Etienne Aubert, devenu Pape sous le nom d’Innocent VI, fonde la Chartreuse du Val de Bénédiction.

Auhourd'hui la tour se visite et offre un magnifique panorama depuis son toit en terrasse sur Avignon, le Palais des Papes, la vallée du Rhône et Villeneuve lez Avignon.

Dans cette news ,vous trouverez une superbe reconstitution 3D du Pont Saint Bénézet qui offre donc une superbe vue 3D de la tour.


Sources

- Wikipédia

- Châteaux de Provence de Serge Panarotto - Edisud

- Villeneuve lez Avignon Tourisme

Posté le 11-04-2012 11:20 par Jimre

Histoire du fort Saint André

Pour affirmer la puissance royale face aux terres d'Empire, la "Ville Neuve" fut construite par Philippe le Bel en 1292 au pied du Mont Andeon après accord passé avec l'Abbaye de Saint André, datant elle des Xe-XIe siècles.

Le Fort englobait à l'origine l'Abbaye et le village dans une enceinte puissament fortifiée. Du village originel, il ne reste plus que l'ancienne église Notre Dame de Belvezet. et des traces des deux églises Saint Martin et Saint André, détruites à la Révolution.

Les travaux du fort que nous pouvons voir débutèrent quant à eux en 1362 pour se terminer en 1368 sous le règne de Jean le Bon. Comme la tour Philippe le Bel, construite au débouché du pont Saint Bénézet ce fort avait toujours la même fonction, à savoir surveiller Avignon, sur l'autre rive du Rhône, devenue siège de la Papauté.

En effet, en 1309, Bertrand de Got, élu Pape à Lyon en 1305 sous le nom de Clémént V,fuyant Rome, fait halte en Provence et plus particulièrement en Avignon.

Depuis 1290, la ville, "en France, mais hors de France", appartenait à un vassal du Saint-Siège, Charles d’Anjou, roi de Naples. L’Eglise romaine s’était vu attribuer le Comtat Venaissin par le traité de Paris de 1229, et en plénitude comme état temporel, en 1274. Le Comtat était bien pourvu en places fortes : les papes s’y retrouvaient donc chez eux et en sécurité. 

Le fort Saint-André est constitué d'une enceinte fortifiée, flanquée de tours de guet et d'une porte monumentale encadrée par deux tours jumelles par laquelle on entre dans le fort. Dans les étages supérieurs se trouvent des pièces d'utiité domestique telles la salle de machinerie de la herse ou la boulangerie. Une fois entrés, on peut admirer des jardins intérieurs et les ruines du monastère.

Les bâtiments visibles aujourd'hui dans son enceinte, datent des XVIIe et XVIIIe siècles, époque ou des travaux de restauration furent réalisés par les réformistes de Saint Maur, comme à Montmajour.


Posté le 17-03-2012 11:32 par Jimre

Siège de Beaucaire en 1216

Alors que la Croisade contre les Cathares dure depuis déjà sept années et que le comte de Toulouse ainsi que tous ses vassaux ont subi de graves revers et perdu beaucoup de terres, Raymond VI et son fils Raymond le Jeune (VII) débarquent à Marseille.

Quelques jours plus tard, les consuls d'Avignon viennent leur rendre hommage et leur font part de la fidélité et du soutien de leurs sujets et vassaux provençaux car les comtes de Toulouse sont aussi marquis de Provence (voir article sur l'Isle sur la sorgue).

Les Comte de Toulouse appelés aussi les Saint Gilles de part l'origine de leur dynastie comprennent que tout n'est pas perdu et le lendemain se rendent en Avignon.

C'est une population avignonnaise en liesse qui reçoit Raymond VI et son fils. Le Comte part ensuite pour Salon où Guy de Cavaillon l'attend à la tête d'une troupe armée. Ils reviennent ensemble en Avignon. Là, de nombreux seigneurs se rallient à la banderole toulousaine: Adhemar de Poitiers, Dragonet de Mondragon, Guiraud-Adhemar de Montélimar, Pons de Saint-Just, seigneur de Pierrelatte.

Le seigneur des Baux, quant à lui, s'engage à respecter une stricte neutralité.

De nombreux faydits, seigneurs qui ont été spoliés de leur terres durant la Croisade, se sont réfugiés en Provence et viennent ainsi grossir les rangs de l'Ost du Comte avec notamment parmi eux Guillaume de Minerve qui devait se morfondre dans sa commanderie hospitalière. Raymond VI nomme Guy de Cavaillon sénéchal du Venaissin avant de partir chercher du soutien en Catalogne et en Aragon.

Les habitants de Beaucaire livrent la ville à Raymond le Jeune et la garnison française, conduite par Lambert de Thury, se réfugie dans le château.

Simon de Monfort, le chef militaire de la Croisade, qui était parti rendre hommage à Philippe Auguste pour les terres qu'il a conquises, revient dans le sud par la vallée du Rhône. C'est en chemin qu' il apprend que son frère Guy, à qui il avait confié la garde de ses nouvelles terres, a quitté précipitamment Toulouse pour Nîmes, la Provence s'étant soulevée. Lorsque Montfort arrive à Nîmes, Guy est déjà parti porter secours à la garnison de Beaucaire. Simon rejoint son frère le 6 Juin. 

La cavalerie provençale sort et se place devant les murs de la ville. Les Français chargent. L'affrontement est violent et chacun regagne ses positions.

Montfort se voit alors contraint d'entreprendre un siège. Mais l'affaire se présente mal, car les Provençaux assiégés reçoivent par le Rhône, armes, vivres et renforts alors que les français ont du mal à assurer leur ravitaillement dans ce pays hostile et que la situation de Lambert de Thury et de ses compagnons est de plus en plus précaire.

Monfort a beau faire construire une catapulte, une chatte et une tour roulante, ses tentatives d'assaut dont la dernière, la plus féroce, le 15 Août, échouent.

Il envoie un messager à Dragonet de Mondragon pour qu'il serve de médiateur entre lui et Raymond le Jeune. Un accord est ainsi trouvé et le 24 Août, le siège est levé et Lambert de Thury et ses compagnons peuvent quitter le château sains et saufs.

Article largement inspiré par le livre "Les Cathares"- In Situ Thèmes- MSM.

Posté le 11-01-2009 11:32 par Jimre

Beaucaire

La ville de Beaucaire(30) est surtout célèbre par sa foire, qui fut jusqu'à une époque rapprochée une des plus fréquentées d'Europe.

Le château, date, pour l'essentiel du XIIIe siècle, époque à laquelle il a été reconstruit pour devenir une place forte royale face aux terres du comte de Provence.

Il a été construit sur un plateau rocheux dominant le Rhône et la ville.

Il est composé par un donjon à deux étages, et une enceinte à laquelle est accolée une chapelle romane restaurée au XIXe siècle.

Il a été démantelé par Richelieu en 1632.

Posté le 07-01-2009 21:36 par Jimre

St Victor la Coste


ST. VICTOR LA COSTE présente une large pyramide rocheuse de profil triangulaire dominant, au delà des demières garrigues gardoises, la vaste plaine du Bas-Rhône et du Comtat. Son sommet est couronné par un Vieux Castellas constitué d’une enceinte polygonale irregulière longue d’une cinquantaine de metres et d’un donjon rectangulaire. Vers le sud-est, les hauteurs voisines se rattachent au mamelon fortifié par un ensellement qui pouvait favoriser un assaut. Aussi, l’enceinte se termine-t-elle par un angle aigü, en éperon face à cette faiblesse naturelle.

Sur le versant nord de la butte s’est établi un village qui recut à son tour une enceinte. En grande partie abandonné, il a a été remplacé aux temps modernes par un autre village largement étalé dans la plaine.

Mais St. Victor la Coste, situé trop à l’écart du trafic rhodanien pour en tirer parti, n’a jamais pu atteindre en conséquence une réelle importance.


Posté le 23-11-2008 17:29 par Jimre